ENFIN, UNE VRAIE RELANCE…
Le
budget 2003 est enfin bouclé. Les arbitrages sont rendus. On discutera
dans les médias de telle ou telle mesure symbolique, de la victoire d’un
ministre plus dépensier sur un autre, moins dépensier que lui, ou de l’évolution
infinitésimale – à la baisse – de tel impôt, largement compensée par une
hausse de telle ou telle taxe…Tout cela est vain si l’on n’a pas d’abord
une vue d’ensemble du budget, ainsi
que des intentions gouvernementales profondes.
Jusqu’à
ces dernières semaines, on pouvait se méprendre sur celles-ci. Ne parlait-on
pas de baisse d’impôts, de maîtrise des dépenses, ou de contenir le déficit ?
Tout cela n’est pas mauvais en soi. Mais les dernières déclarations du
Premier ministre ont un son bien différent et ont de quoi inquiéter tous
ceux qui ont un peu de bon sens en économie.
LA RELANCE PAR LA CONSOMMATION
Le
cadre général est simple : « la clef de tous les arbitrages
a été l’emploi » (selon une dépêche de l’AFP du 20 septembre rapportant
les propos de M. RAFFARIN).Jusque là rien de choquant, et l’on peut veiller
à l’emploi en réduisant massivement les dépenses publiques et les impôts,
par exemple. L’emploi devient une « priorité nationale », marquant,
ce qui est à noter, un changement
de cap ou du moins de boussole, comme le soulignent les Echos du 23 septembre.
Mais
le premier ministre va plus loin « Le gouvernement a fait le choix
du soutien du pouvoir d’achat, de la consommation, avec prés de 4 milliards
d’euros qui vont être injectés dans les semaines à venir dans notre économie
grâce à l’allégement des impôts, à la prime pour l’emploi, tout en soutenant
les entreprises ». Au cas où ce ne serait pas assez clair, J.P.RAFFARIN précise « Quand
le carburant ne vient pas de l’international, il faut le stimuler dans
notre économie, soutenir la consommation ». De toutes façons, si
cela ne suffit pas, le soutien du pouvoir d’achat, ajoute le gouvernement,
aura lieu grâce à l’uniformisation des SMIC (à la hausse, bien sûr). Bref
ce budget réputé infaisable n’est pas subi, mais voulu, et il y a un refus
de mener une politique de rigueur « qui n’aurait fait qu’aggraver
la situation».C’est un choix pour la croissance (estimée à 2,4% seulement,
en dépit de ces choix budgétaires…).
Comment
n’y avions-nous pas pensé plus tôt ? La mauvaise situation de l’économie
française, la récession et le chômage viennent d’un manque de carburant,
et plus précisément de la consommation. Il faut combler ce manque et c’est
l’Etat qui le fera en relançant la consommation.
Il
y a un économiste qui avait fort bien préconisé cela. C’était, dans l’entre
deux guerres, un certain John Maynard KEYNES. Sa politique de relance
avait eu un grand succès politique, car elle plaît beaucoup aux politiciens :
elle en fait des sauveurs de l’économie et elle leur permet de relancer
la croissance et l’emploi uniquement en dépensant plus qu’il n’y a
de recettes, c’est à dire sans que cela ne coûte - en apparence
– à personne. Un véritable rêve pour les gouvernants. Bien entendu, cette
politique a été employée presque sans interruption en France et ailleurs
depuis la crise de 1929, du New deal ou autres relances du Front Populaire
et d’ailleurs, jusqu’à son apothéose en 1981 avec la fameuse relance du
début du premier septennat de François MITTERRAND, appliquée de main de
maître par Pierre MAUROY et Jacques DELORS. Mais voilà 20 ans que l’on
n’y pensait plus, du moins dans les rangs libéraux.
KEYNES SEUL CONTRE TOUS
Il
est vrai que certains économistes chagrins- et de seconde zone- par exemple
la quasi-totalité des prix Nobel d’économie, HAYEK et FRIEDMAN en tête,
avaient cru bon de déclarer que la relance keynésienne était toujours
vouée à l’échec. Ils prétendaient même le démontrer.
Certains
expliquaient que les dépenses publiques, financées par l’impôt ou par
le déficit (donc par l’emprunt) provoquaient un « effet d’éviction »
en réduisant d’autant l’activité dans le secteur privé, faute de financement.
Si l’on dépense de l’argent public, il reste moins d’argent pour le privé.
D’autres affirmaient que toute politique conjoncturelle était vouée à
l’échec parce qu’un effet éventuel- et provisoire- n’intervenait qu’avec
retard ( un an au moins) et qu’entre temps la conjoncture avait le mauvais
goût de changer, la relance intervenant au moment où l’économie était
retombée en surchauffe. D’autres encore avaient le mauvais goût d’expliquer
que si la relance de 1981 en France avait eu un effet, c’était d’avoir
relancé l’économie allemande, qui, elle, avait les capacités d’offre pour
répondre. Enfin les plus extrémistes racontaient que ce qui comptait ce
n’était pas la demande, mais les capacités d’offre, l’investissement des
entreprises, les incitations à entreprendre et à travailler, voire même
la flexibilité et que tout cela viendrait d’un recul de l’Etat et en particulier
d’une baisse de la pression fiscale et des dépenses publiques.
RETOUR A 1981
Après
les chocs pétroliers de 1973-1975, la plupart des pays avaient donc abandonné
les politiques keynésiennes au profit d’une économie de l’offre (« supply side ») qui a eu le
mauvais effet de réduire le chômage et de relancer la croissance. La France
elle-même se convertissait aux nouvelles idées : Raymond BARRE donnait
la priorité à la stabilité monétaire alors que les keynésiens voulaient
continuer à sacrifier la monnaie sur l’autel d’un « plein emploi »
grâce aux illusions de l’inflation. Puis vint 1981. puis vinrent les socialistes.
Puis viennent maintenant J.CHIRAC et J-P
RAFFARIN. Alors que la France est au bord du gouffre, ils ressortent les
vieilles recettes keynésiennes, la relance par la consommation et les
dépenses publiques, ainsi que les bons vieux déficits budgétaires. Nous
allons donc, seuls au monde, en tirer tous les bénéfices dès que l’admirable
budget 2003 sera appliqué.
On peut, bien sûr, ne pas nous croire et nous accuser
de faire un procès d’intention au gouvernement. Mais comment qualifier
un budget dans lequel les dépenses publiques progressent (les effectifs
budgétaires vont diminuer de 0,05% !), le déficit s’envole(44,6 milliards
d’euros de déficit, alors qu’on en était encore à 29 milliards en 2000
et 32 en 2001 à l’époque de JOSPIN : c’est tout dire !) ainsi
que la dette publique, et les impôts sont à peine réduits (sans que l’on
touche vraiment à la progressivité) : c’est ce que l’on appelle un
budget keynésien. Nous revoici sur le chemin de1981…
Le
2 octobre 2002
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