COMPÉTITIVITÉ : LES CRITÈRES DE DAVOS


Comme chaque année, le Forum économique mondial (Davos) publie son rapport, qui classe les pays selon leur compétitivité. Tout n’y est pas inintéressant, il y a beaucoup de critères pertinents, et un classement globalement acceptable. Cependant, à y voir de plus près, on peut se poser quelques questions.

Certes Davos est un lieu à la mode, très prisé des people, mais ce n’est pas pour autant un haut lieu de la science économique – tant s’en faut. Il y a des comparaisons internationales plus sérieuses et plus fiables, à commencer par les indices de liberté. C’est bien connu : à Davos, il y a à boire et à manger…

Les mêmes pays restent en tête

La rencontre annuelle de Davos  est un rendez-vous à ne pas manquer : il faut à tout prix s’y montrer, au milieu des grands ce monde.  Cela fait partie du jeu médiatique politiquement correct, qui consiste même à écouter poliment quelques leaders flirtant avec le terrorisme ou pratiquant le totalitarisme. Il y a un peu de tout, du bon et du mauvais, mais surtout du médiatique. Et puis il y a le rapport annuel que publie ce Forum économique mondial, dont l’élément intéressant est le classement de 133 pays selon leur degré de compétitivité. Quels en sont les enseignements ?

Tout d’abord, la crise n’a pas fondamentalement modifié le classement, sauf de façon marginale : les Etats-Unis, qui étaient premiers, deviennent second et la Suisse fait le chemin inverse. Parmi les autres pays bien classés, on trouve Singapour, la Suède, le Danemark, lla Finlande, l’Allemagne, le Japon, le Canada, les Pays-Bas,  Hong-Kong, Taïwan, le Royaume-Uni, etc. Or tous ces pays étaient déjà dans les premiers l’an dernier : la crise n’a donc pas bouleversé les choses et titrer comme le fait le Monde « La crise fait trébucher les Etats-Unis au profit de la Suisse » est quand même un peu exagéré : second, ce n’est pas dramatique. Mais surtout on remarquera que pratiquement tous ces pays ont entrepris ces dernières années, il y a dix, vingt ou trente ans, d’importantes réformes libérales. Certains, comme la Suède, étaient très socialisants ; maintenant qu’ils sont libéraux, les voilà en tête.

Il y a à l’inverse des pays qui reculent, comme la Russie, qui perd douze places : cela ne nous étonne guère, car ce pays s’enfonce dans le nationalisme et l’étatisme. Cela se paie, même dans le classement de Davos.

 

Certains critères sont très significatifs

Les critères retenus par le Forum économique mondial sont complexes et nombreux : 110 critères en tout. Certains sont très bien choisis, quantifiables, objectifs et pertinents. C’est le cas par exemple du marché du travail : plus il est rigide, englué dans les réglementations, plus la compétitivité est faible, et plus il est souple, libre, rendant les travailleurs mobiles, plus la note est bonne. Il en va de même pour les déficits publics, considérés négativement (c’est ce qui a fait chuter les Etats-Unis et encore le rapport est-il paru trop tôt pour prendre en compte tous les effets du plan Obama). La faiblesse du taux d’inflation est également un bon critère et la stabilité des prix est indiscutablement un facteur de compétitivité.

La qualité du système éducatif, primaire ou supérieur, est également un critère important et justifié, puisque l’investissement en capital humain est un élément essentiel de la compétitivité. La qualité des infrastructures de transport ou de communication est aussi un élément qui joue un grand rôle, et le secteur privé peut, suivant les pays, y contribuer largement (toute infrastructure n’est pas forcément « publique ». Ce qu’on appelle « l’environnement des affaires » a également son importance, de même que la « qualité des institutions », encore qu’on ne sache pas très bien ce que Davos met derrière ce mot. ; on peut penser qu’il s’agit de l’état de droit et du respect des droits de propriété et des contrats. Notons que la « sophistication des marchés financiers » est aussi l’un des critères retenus, au grand dam du Monde qui aurait voulu voir modifier les choses avec la crise.

Voilà donc les aspects positifs de l’exercice.

D’autres le sont moins

Alors, qu’est-ce qui nous gêne dans ce classement ?

Tout d’abord, il y a des critères qui manquent de précision. Qu’entendre par exemple de la « qualité des soins » ? Qu’est-ce qui est pris en compte ? Les résultats (comme l’espérance de vie) ce qui est en partie vrai ; ou le système de protection sociale et dans quel sens ? Le système de soins est-il considéré comme mauvais si tout le monde n’est pas assuré, comme aux USA ? Cela mériterait discussion.

Mais là n’est pas le plus inquiétant : on peut être surpris qu’une part importante de la note vienne d’un sondage mené auprès de 13 000 dirigeants (surtout des hommes d’affaires) de 133 pays. On est là dans la subjectivité la plus totale, et par définition cela n’a aucun caractère scientifique. En premier lieu le sondage concerne moins de 100 personnes par pays et la représentativité de l’échantillon est très improbable. Ensuite, l’opinion majoritaire, même (ou surtout) de dirigeants ne reflète pas obligatoirement la réalité ;  les hommes d’affaires eux-mêmes peuvent avoir des préjugés. Nous craignons que sur bien des sujets, comme l’éducation, la santé, voire l’innovation ou les institutions, la note soit essentiellement venue de l’opinion dominante dans ce milieu, qui est ce que l’on sait : politiquement correcte.

Il est regrettable que l’on puisse ainsi juxtaposer des critères objectifs et quantifiables et de simples opinions.

 

La France mérite-t-elle son classement ?

Le cas de la France est significatif. Nous sommes classés au 16° rang. Ce n’est pas très glorieux, mais le résultat est honorable si on le compare à ceux que notre pays obtient avec d’autres classements, comme celui des indices de liberté économique.

Si l’on détaille les notes, on voit que ce sont les critères objectifs qui nous plombent. Sont notamment en cause la rigidité du marché du travail et l’ampleur des déficits publics. Sans doute, certaines de nos bonnes notes ne sont-elles pas imméritées, comme la qualité des communications ou des systèmes de transports – qui fonctionnent très bien quand il n’y a pas de grève.

En revanche, nous pouvons difficilement comprendre comment notre moyenne remonte grâce à la qualité des systèmes de soin et d’éducation.  En dépit de la qualité de nos médecins, leur nombre est désormais insuffisant, et le financement de la médecine et de l’hospitalisation n’est plus assuré ; on ne cesse d’accroître les cotisations et de réduire les prestations. Enfin la qualité des hôpitaux est déclinante. Les patrons interrogés auraient-ils été simplement impressionnés par l’importance des fonds que nous consacrons à la santé ? Si le chiffre de 11,5 % du PIB est impressionnant, il est surtout inquiétant !

De même pour l’éducation ; il faut tout de même être bien ignorant du système français pour en vanter la qualité. Combien d’enfants sont-ils capables de lire et d’écrire ou de compter en entrant en sixième ? Quelle est la valeur du bac, qui ouvre en outre automatiquement la voie à l’université ? Que vaut notre enseignement supérieur, sinistré par de gros bataillons qui vont échouer en ayant fait deux ou trois premières années, refusant sélection et concurrence ? Que valent des diplômes délivrés dans des facultés qui ont fait quatre ou cinq mois de grève ? Que dire de la syndicalisation de l’enseignement et de la recherche ? Et du CNRS, dernier vestige de l’Armée Rouge ? Sans doute les personnes interrogées ont-elles dû songer à une ou deux grandes écoles, ou à quelques universités privilégiées (pour combien de temps ?) La France peut-elle vivre sur sa vieille réputation culturelle ?. Tout cela n’est pas très sérieux.

En conclusion, sans rejeter totalement le classement de Davos (il a malgré tout le mérite de nous alerter, puisqu’une 16ème place n’est pas enviable), nous préférons nous référer à des classements comme ceux d’Heritage, de Fraser Institute et du Wall Street Journal, bâtis sur .les critères plus proches de la réalité. Le fameux « indice de liberté économique », lancé à l’initiative de Milton Friedman, ne retient que des éléments très objectifs, comme la place du secteur public ou des dépenses publiques. Malheureusement, la France y est beaucoup plus mal classée, et perd pied : le niveau de liberté économique n’y cesse de diminuer. Comme il y a une spectaculaire corrélation entre liberté et croissance, nos dirigeants devraient comprendre que seuls les pays libres vont bénéficier de la reprise quand elle se produira.

Jean-Yves Naudet

Le 21 septembre 2009

         
 
  


 

 

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