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Le
projet d’emprunt d’Etat, lancé à grand renfort de publicité par Nicolas
Sarkozy, est typiquement socialiste. Il évoque la boutade de Churchill,
qui expliquait que Christophe Colomb était le premier socialiste de l’histoire
car « il ne savait pas où il allait, il ne savait pas où il était,
et il était financé avec l’argent des contribuables ». Avec le grand
emprunt annoncé, on est dans la même configuration, on ne sait pas à quoi
il ressemblera, ni à quoi il servira, mais ce qui est sûr, c’est qu’à
la fin de l’aventure on découvrira non pas l’Amérique, mais de
nouveaux impôts. Sur les traces de Pinay… L’affaire
de l’emprunt remonte au mois de juin. Devant le Congrès réuni à Versailles,
Nicolas Sarkozy avait annoncé solennellement.son intention de lancer un
grand emprunt national. Il marchait ainsi sur les traces de certains de
ses prédécesseurs : Antoine Pinay avait attaché son nom à deux emprunts (en 1952, puis en 1958), puis Edouard
Balladur en 1993 avait également eu « son » emprunt. Détail négligeable : aucun de ces emprunts
n’avait été lancé dans la même conjoncture que celle que nous connaissons
actuellement. En particulier, avec le premier emprunt Pinay il s’agissait
surtout d’éponger des liquidités excessives dans un contexte de forte
inflation. Rappelons aussi que « le » Pinay était indexé
sur l’or (qui a toujours fasciné les Français) et exonéré de droits de
succession. Allait-on relooker ces vieilles bonnes idées, et renouer avec
la sagesse financière du seul premier ministre libéral que la République
ait eu depuis 1945 ? Revenons
donc au mois de juin 2.009. A cette époque, pour financer la fameuse relance,
l’Etat avait déjà beaucoup emprunté. Maintenant, il fallait trouver de
quoi soutenir 1000 projets pour se lancer
dans des investissements d’avenir (ce qui laisse entendre que ceux
du plan de relance étaient des investissements du passé…). On n’avait
aucune idée du montant, certains avançant un chiffre de 80 ou 100 milliards
d’euros, ce qui est pour le moins considérable (à peine inférieur à l’actuel
déficit du budget, pourtant colossal). A priori c’était plutôt un emprunt
auprès du grand public, plus coûteux qu’auprès des investisseurs institutionnels,
mais qui avait en revanche le mérite politique de montrer que le la politique
du gouvernement a le soutien du public. Ce soutien n’a pas de prix, on
peut même accorder aux souscripteurs un peu de défiscalisation. On n’attrape
pas les mouches avec du vinaigre. Restait enfin à savoir de façon plus
précise ce qu’on allait faire avec cet argent : « financer l’avenir »,
c’est beau mais c’est vague. Une commission très « typée » En
septembre, les choses ont commencé à s’éclaircir miraculeusement. Tout
d’abord, comme on n’avait aucune idée de ce que l’on allait faire, on
a commencé par nommer une commission, technique bien française. La démarche
est intéressante : on décide d’emprunter (on ne sait ni combien,
ni comment, ni surtout pourquoi) mais on désigne des hommes qui, eux,
vont savoir. La commission s’annonce de « haut niveau » puisqu’elle
est co-présidée par deux anciens premier ministres, Alain Juppé (dont
la politique économique a laissé un souvenir ébloui aux électeurs français)
et Michel Rocard, puisque l’essentiel est de recycler les socialistes,
surtout ceux qui sont les plus imprévisibles. Evidemment,
deux premiers ministres, cela ne suffit pas et le président a installé
une commission de 24 experts (mais il semblerait que la liste ne soit
pas close), réunissant les compétences voulues. On y trouve des personnalités
assurément qualifiées, parmi lesquelles nous n’avons repéré qu’un seul
économiste (Christian de Boissieu), car la corporation des économistes
est peu qualifiée pour parler d’économie, mais en revanche voici plusieurs
inspecteurs des finances (dont le rapporteur général, pour s’assurer que
les hauts fonctionnaires gardent la main). On trouve aussi Olivier Ferrand,
président de Terra nova, association visant à « favoriser la rénovation
intellectuelle de la social démocratie » et, comme le titre Le Monde,
« l’homme qui monte au PS », un membre de la fondation Nicolas
Hulot (très bien pour prévoir l’avenir), l’inévitable Erik
Orsenna. L’enseignement et la recherche sont représentés par un
climatologue, une philosophe ou encore la titulaire de la chaire de développement
durable à sciences po : voilà de la recherche durable. Enfin six
« patrons » se retrouvent dans cet ensemble, à commencer par
Nicole Notat, qui avait plutôt laissé un souvenir comme présidente de
la CFDT que comme entrepreneur, même si elle travaille désormais dans
la finance éthique. Notre futur, c’est l’affaire des experts Tout
cela nous rassure totalement ; on sera dans le durable, dans l’écologie,
dans le public, dans la social-démocratie, le tout chapeauté par quelques
hauts fonctionnaires. Tout ce beau monde a deux mois pour faire des propositions,
que de toutes façons le président suivra ou ne suivra pas. Mais il a fixé
le cap : « Il s’agit de définir des priorités nationales,
je dis bien des priorités stratégiques ». Bref définir « ce
qui est essentiel pour l’avenir de notre pays ». Il faut réfléchir
« aux investissements les plus utiles dans une vision à long terme ». Il
faut être homme politique pour penser que les choses se passent ainsi,
que quelques hommes, myopes et irresponsables comme des hauts fonctionnaires
ou des politiciens, seront capables d’imaginer ce dont le pays aura besoin
dans vingt ou cinquante ans. Exit le marché, les investissements privés,
l’innovation, l’entrepreneur, le client : tout cela relève de processus
marchands démodés, et se réfère à des méthodes vulgaires, dépassées, non
durables et non éthiques. Notre futur, c’est l’affaire des « experts ».
HAYEK
a consacré le dernier de ses ouvrages à cette « présomption fatale »,
C’est le drame de ceux qui veulent bâtir la cité du futur, et débouchent
sur l’utopie collectiviste et totalitaire. C’est le constructivisme, c’est
la planification, en un mot : c’est le socialisme. De plus, la présomption
fatale se teinte aujourd’hui d’écologie, comme il se doit. La charge de l’emprunt : après nous le déluge Combien emprunter?
Question saugrenue, balayée d’un revers de main : la commission fixera
souverainement le montant de l’emprunt. Le Président a été clair :
« Je ne bornerai pas la liberté de votre réflexion à un cadre budgétaire
précis. Le montant de l’emprunt national dépendra des besoins que vous
allez identifier et de la capacité d’endettement que nous aurons ».
Si on part des besoins, ils sont par définition infinis. On
ne tiendra pas compte, évidemment, de la capacité de remboursement. Le
Président néglige ou ignore le fait que la dette publique (hors dette
sociale et retraites) est déjà de plus de 1 400 milliards d’euros
en 2009 et qu’elle va exploser avec des déficits du budget qui sont déjà
de 7, 8 ou 9% du PIB, sans tenir compte de ces « investissements
d‘avenir ». La capacité d’endettement du pays est nulle, puisque
le seul poids des intérêts va bientôt devenir le premier poste du budget
et que la dette publique va dépasser les 80% du PIB. Parmi
les décisions à prendre, la commission doit choisir entre un emprunt lancé
auprès du public et un emprunt placé sur les
marchés financiers. Le président était parti sur l’idée d’un « grand
emprunt populaire ». Mais qu’importent les modalités, l’essentiel
est de collecter les fonds nécessaires, sans se soucier de l’alourdissement
de la dette. Ainsi
voilà ce qui en est de ce grand emprunt destiné à préparer l’avenir :
une collection de projets artificiels, rapidement dépassés et probablement
inutiles : ce seront les « France » ou les « Concorde » de
demain, des produits intéressants dans l’abstrait, mais sans marché, sans
client, sans avenir, parce que sortis de l’imaginaire des technocrates,
non des réalités habituellement perçues par des entrepreneurs. Voilà
aussi un grand emprunt qui va ajouter de la dette à la dette, de « l’argent
public » à de « l’argent public » des « plans
d’irrigation pendant le déluge » comme disait jacques Rueff, des
dépenses publiques aux dépenses publiques. C’est la fuite en avant vers
le plus d’Etat, c’est précisément ce qui a provoqué la crise. Demain,
il restera à payer la facture, dans un pays sans avenir puisqu’on n‘aura
asséché l’épargne française, et on n’aura pas laissé se développer les
vrais projets, ceux de vrais entrepreneurs. L’ardoise ne pourra se régler
qu’en inflation monétaire (ce qui vole l’épargnant) ou en impôts (ce qui
achèvera de tuer l’économie du pays). Pour
conclure voilà un emprunt qui s’impose, qui en impose, et qui imposera
davantage les générations futures. Voilà une façon originale de préparer
l’avenir : « après nous le déluge », est une formule typiquement
socialiste, disait MISES. Jean-Yves Naudet
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