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LE CHASSE CROISE PETROLE - DOLLAR En une semaine le prix du baril de
pétrole est passé en dessous de 100 dollars, puis il est remonté de
20%, tandis que le dollar s’est apprécié au cours d’un euro pour 1,40
dollar, puis s’est déprécié au cours de 1,50. Les bons calculateurs pourraient en
déduire que ceci explique cela : si le dollar hausse, le prix du
pétrole exprimé en dollar baisse, et inversement, de sorte que le prix
réel du pétrole a été inchangé. Si la monnaie américaine perd de sa
valeur, il faut plus de monnaie pour se procurer la même quantité de
pétrole. Mais cette analyse est un peu courte,
parce qu’elle laisse dans l’ombre deux questions : quel est le
vrai prix du pétrole ? Quel est le vrai prix du dollar ? Pour
des produits ordinaires, le prix dépend de l’offre et de la demande ?
Quelles sont les variations d’offre et de demande qui peuvent expliquer
ce chassé-croisé ? Le pétrole de 3 à 160 dollars Parlons d’abord du pétrole. C’est un
produit comme un autre, une source d’énergie alternative aux autres
sources d’énergie. Ce prix a longtemps été libre, sur un marché concurrentiel,
jusqu’au début des années 70. C’était le temps d’un pétrole à 3 dollars
le baril. A ce prix là, le développement d’autres sources d’énergie
n’était guère intéressant. La constitution de l’OPEP, qui est un cartel
de producteurs de pétrole, un cartel étatique, le pire de tous, a changé
la donne. Représentant la grande majorité des
exportations de pétrole, l’OPEP a profité d’événements internationaux
(1973, 1979) pour multiplier les prix par quatre, puis encore par trois.
C’était un faux prix, celui d‘un quasi-monopole. Mais le marché reprend
toujours ses droits : à 40 dollars le baril,
il devenait intéressant de développer
les recherches pétrolières, par exemple sous la mer, ainsi que les énergies
alternatives. Résultat : la position de l’OPEP n’a cessé de se
réduire, la concurrence est en partie revenue et le prix a baissé :
contre-choc pétrolier. L’OPEP a voulu reprendre la main par
une politique des quotas, consistant à réduire artificiellement la quantité
produite, ce que seul un cartel étatique peut faire, par une discipline
de fer : moins d’offre, donc des prix plus élevés, artificiels.
Mais les mêmes causes ayant les mêmes effets, plus le prix monte, plus
le pétrole hors OPEP et les autres sources d’énergie se développent,
réduisant la demande de pétrole OPEP. Cependant deux autres phénomènes
ont joué dans le sens de la hausse : la croissance mondiale, notamment
des pays émergents, faisant exploser la demande et les anticipations
à long terme des marchés : un jour, (quand ?), il n’y aura
plus de pétrole, et la hausse des cours a ici une utilité : favoriser
la transition vers d’autres énergies, stimulées par le prix élevé. On
est allé jusqu’à 160 dollars le baril. Retour au vrai prix ? Depuis quelque temps, le marché est
reparti en sens inverse et le baril est tombé de sa hauteur. Pourquoi ?
En partie à cause de la récession dans les pays développés : moins
de croissance nécessite moins de demande de pétrole. La baisse véritable
du prix en raison de l’évolution de la demande est économiquement utile :
avec une énergie moins chère, la croissance peut être favorisée. Mais
voilà que l’OPEP s’en mêle à nouveau, car elle n’accepte pas les baisses
de prix. Elle réduit à nouveau sa production pour maintenir le prix
si possible au dessus des 100 dollars : on revient à un faux prix. Il faut en finir avec ces manipulations,
car un faux prix entraîne de mauvaises décisions. Ce n’est pas le pétrole
cher en soi qui pose problème, ni le pétrole bon marché : le prix,
s’il est un vrai prix, permet de bonnes décisions et l’économie finit
par s’adapter. Mais l’OPEP empêche le régulateur de jouer et la manipulation
des prix perturbe l’économie mondiale. Le dollar et l’euro Quel est le vrai prix du dollar ?
Question plus difficile, car un prix s’exprime en une unité de valeur.
Et le prix d’une monnaie se mesure en une autre monnaie. Laquelle ?
L’euro, la livre sterling, le franc suisse, le yen ? Il n’y a pas
d’étalon universel et fiable depuis l’abandon de l’or et la valeur de
chaque monnaie définie par son poids en or (encore ce poids variait-il
au gré des autorités monétaires exerçant leur « droit régalien »).
Pour simplifier l’analyse, restons-en
au rapport dollar-euro (les deux monnaies assurent 80% des transactions
dans le monde). La demande mondiale de dollars est toujours très forte,
mais l’offre de dollars a augmenté encore plus vite, notamment avec la
politique de faible taux d’intérêt de la FED : si les liquidités
fabriquées par la banque centrale sont bon marché autant aller s’abreuver
à la source et demander à Papa Greenspan de faire tourner plus vite la
planche à billets verts. Quand la rotative s’emballe, c’est que le volume
des crédits qui font la contre-partie du billet vert se gonfle, au mépris
de la qualité. La chute de la valeur du dollar est
donc légitime et serait encore plus prononcée si les Chinois et autres
banques de la Zone Pacifique n’avaient pas autant de créances stipulées
en dollars et ne craignaient pas de perdre une grande part de leur capital
en les revendant. Par comparaison l’euro paraît « fort »,
parce que la masse des liquidités créées par la BCE a été moins immodérée
– mais immodérée quand même ! En conclusion producteurs et consommateurs
du monde entier travaillent avec des monnaies surévaluées, ce qui se
traduit tôt ou tard par une inflation ouverte – une perte du pouvoir
d’achat et un chômage croissant. Une banque centrale ne peut aller durablement
contre le marché ; laissons fluctuer les monnaies et les marchés
s’adapteront peu à peu au nouveau prix. Et demain ? Personne ne sait rien,
ni sur l’évolution des monnaies, ni sur celle du pétrole. Les théologiens
du Moyen-âge disaient que les éléments agissant sur les prix étaient
si complexes que seul Dieu pouvait calculer le juste prix ; donc,
pour eux, le juste prix, c’est le prix du marché de concurrence, qui
seul synthétise toutes les informations nécessaires. La seule chose
qui doit nous inquiéter, ce sont les faux prix, dus aux manipulations
étatiques.
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