USA : LEHMAN BIG BROTHER ?


Fannie et Freddie d'une part, Lehman Brothers de l'autre : ces noms ont fait l'affiche de l'actualité économique américaine depuis une semaine. Dans les deux cas, on se demande sérieusement si les Etats-Unis sont en train de revenir au New Deal et de se doter d’une économie dirigiste dans laquelle l'Etat ("big brother") serait omniprésent. On se demande aussi si la formidable machine capitaliste n'est pas en train de s'essouffler.

Un élément de réponse se trouve certainement dans l'état de la conjoncture américaine : de ce point de vue on peut être inquiet. Mais un autre élément est à rechercher dans les programmes économiques des deux candidats, dont le contour se précise à l'issue de leurs conventions respectives. Globalement, la situation nous semble appeler à la vigilance, mais la seule issue dramatique serait l'application du programme de Barak Obama (ce faisant nous déplairons à 80% des Français qui ont fait le choix du candidat démocrate !)

 

De l'inflation à la stagflation ?

Faut-il croire Ben BERNANKE, le Président de la Réserve Fédérale, lorsqu’il déclare que le contexte économique est l’un des « plus difficiles jamais vu »? Il est d'autan plus crédible que c'est la FED qui est largement responsable de la dégradation de la conjoncture américaine, faite d'inflation excessive, pouvant à son tour conduire à la stagnation : réapparaîtrait alors la fameuse "stagflation" que l'on croyait définitivement exclue.

Les Etats-Unis, comme la plupart des pays, ont un problème d’inflation. Avec 5% de hausse des prix, l’inflation a atteint son plus haut niveau depuis 1991. Les « experts » mettent en avant la hausse du prix du pétrole et celle de l’alimentation sur les marchés mondiaux. Cela n’explique rien (on explique la hausse des prix par des hausses de prix) et dans une économie qui fonctionne normalement, la hausse de plusieurs prix s’accompagne de la baisse d’autres prix, le niveau général des prix restant stable. Si ce n’est pas le cas, c’est que quelque chose s’est dégradé dans le système monétaire.

 

La politique de la Fed est directement en cause : à force de vouloir baisser les taux d’intérêt pour relancer l’économie, dans une vision keynésienne, on a inondé l’économie de liquidités. Comme prévu, l'inflation ne relance rien et perturbe tout. La hausse du niveau général des prix provoque des dégâts dans l’investissement, la croissance, l’emploi, le pouvoir d’achat. Ces dégâts sont minimes quand l’inflation est rampante (1 ou 2%), mais à 5%, on est déjà dans une inflation ouverte, grosse de menaces pour la croissance.

Le FMI vient de réviser ses prévisions de croissance. Au niveau mondial, elle sera encore de 3,7% en 2009 : ce n’est pas l’effondrement  annoncé. Les Etats-Unis seraient à 1,3% en 2008 et 0,7% seulement en 2009. Mais il faut nuancer, car au second trimestre, la croissance a été de 3,3%, démentant toutes les prévisions et l’OCDE vient de relever sa prévision 2008 de 1,2% à 1,8%. Au même moment, la France est en recul de 0,3% et la zone euro aura 0,9% seulement en 2009. Tout est donc loin d’être négatif aux USA. Mais il est vrai qu’alors que le chômage était tombé à moins de 4,5% fin 1996, le voici qui a grimpé en août 2008 à 6,1%.

 

L'Etat est appelé au secours

 

Les erreurs de la FED et la faiblesse du dollar ont été largement provoquées par les débordements de l'Etat fédéral, et par l'importance de la dette du Trésor américain. Mais c'est pourtant vers l'Etat qu'on se tourne maintenant, principalement pour dénouer la crise financière. Fannie Mae et Freddie Mac sont parmi les plus grandes agences de refinancement du monde. Ayant pour métier de réassurer les banques et autres investisseurs qui connaîtraient des déboires, elles ont subi de plein fouet la crise des subprimes –qu'elles avaient d'ailleurs contribué à provoquer. Qu'à cela ne tienne : on les nationalise, et le Trésor américain les sauve de la faillite – au prix évident de nouveaux déficits et de nouveaux prélèvements. Cela rappelle en 1936 la faillite de la Banque du Commerce et de l'Industrie en France, devenue la BNCI (nationalisée en même temps que les chemins de fer avec la création de la SNCF). Le scénario va-t-il se reproduire avec la banque Lehman Brothers, l'une des grandes banques d'affaires américaine, qui a elle aussi été imprudente dans l'affaire des subprimes ? Il semblerait qu'ici ce soit le marché financier qui se charge de rétablir la situation, s'il y a des investisseurs disposés à racheter les dettes de la banque (en même temps que ses actifs). Il y a donc comme un parfum de New Deal et de Roosevelt qui flotte de l'autre côté de l'Atlantique (heureusement nous en sommes protégés !)

 

Revenir à la Reaganomics

 

Il est certainement possible pour les Américains d'éviter le pire. D'abord, les structures des entreprises sont solides : flexibilité, innovation. La concurrence est active et le secteur public, à l’inverse de l'Europe, a un faible poids  La crise est financière, boursière, elle n'a pas atteint les fondamentaux de l'économie américaine. Ensuite, la FED semble maintenant décidée à ramener l'inflation à un niveau "raisonnable" : "c'est une taxe" dit Ben BERNANKE, en écho de ce que Milton FRIEDMAN appelait jadis "l'impôt d'inflation". Enfin, c'est le prochain président qui donnera le ton : l'Etat fédéral va-t-il continuer à jouer les saint-bernards, au risque de provoquer une véritable crise du système américain lui-même? Va-t-il au contraire revenir à une politique de désengagement de l'Etat, de réduction des impôts, de la dette et de la réglementation ?

Sur ces points, McCAIN est plus clair qu’OBAMA, qui veut empêcher les faillites. L’élection pourrait se jouer largement sur ces thèmes : ce serait un remake de l’élection de 1992, où BUSH père avait misé sur la politique étrangère, tandis que CLINTON avait joué sur les promesses économiques. Pour l'instant, OBAMA est à contrecourant de ce qu’il faut faire, en proposant un keynésianisme obsolète, mais McCAIN doit encore approfondir son programme.

L'orientation du président sera tout aussi déterminante pour le commerce mondial, qui a besoin de liberté, les démons protectionnistes de Doha doivent  être exorcisés. McCAIN est plus favorable à une économie ouverte, tandis que les pressions protectionnistes sont fortes chez les démocrates.

Pour rétablir la conjoncture, mais surtout pour éviter une crise mondiale, espérons que les Américains comprennent qu’ils doivent revenir aux recettes de l’époque REAGAN. Il leur reste moins de deux mois pour faire le bon choix.


Le 16 septembre 2008
 

 
   


 

 

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