Cette recommandation semble paradoxale :
libérer les prix, n’est-ce pas permettre leur envolée ? Et, de fait, une
longue tradition de politique monétaire, depuis le Code d’Hammourabi jusqu’à la
loi sur le Maximum (Robespierre), en passant par l’édit de Dioclétien, nous a
conduits jusqu’à l’ordonnance du 30 juin 1945 et a rejoint le sentiment commun,
à savoir que les pouvoirs publics ont une arme absolue pour lutter contre l’inflation
et soulager le panier de la ménagère : contrôler les prix. Le dernier fleuron
de cette tradition aura été la loi GALLAND, concernant les prix pratiqués par
la grande distribution.
Aujourd’hui, une tendance inverse s’observe
dans la plupart des pays, car le mécanisme des prix est mieux compris, et la liberté
semble bien préférable au contrôle. Le gouvernement en semble maintenant convaincu :
ira-t-on jusqu’à abroger la loi GALLAND ?
La loi GALLAND a empêché la baisse des prix
Nous sommes ici assez libres vis-à-vis
de la politique SARKOZY pour nous permettre de saluer une déclaration quand elle
va dans la bonne direction et d’en souligner les insuffisances. En visite dans
un hypermarché Leclerc, Nicolas SARKOZY a déclaré vouloir favoriser la baisse
des prix en grande surface en réformant la loi GALLAND et le système des marges
arrière. Cela donnera aux grandes surfaces une plus grande liberté de fixation
des prix, et la concurrence fera le reste. Du point de vue économique, le raisonnement
est correct.
De quoi s’agit-il ? Normalement,
depuis l’ordonnance BALLADUR du 1er décembre 1986, les prix sont libres
en France. Mais ce n’est pas tout à fait vrai dans le domaine de la distribution.
Les distributeurs négocient chaque année avec leurs fournisseurs les prix auxquels
ils vont leur acheter leurs produits. Ce sont les
« prix tarifs ». Puis ils
pratiquent une « coopération
commerciale », consistant à organiser des opérations de promotion,
à mieux placer leurs produits dans les rayons, etc. Le distributeur se fait ainsi
rémunérer par son fournisseur pour ce service et obtient une ristourne, allant
parfois jusqu’à 30%, appelée « marge arrière ».
A priori, cela devrait se traduire
par une baisse de prix pour le client. Mais cela n’est pas le cas, car la loi
GALLAND interdit de vendre à perte, non par rapport au coût réel (prix tarif moins
marge arrière), mais par rapport au seul prix tarif. Autrement dit, c’est la loi
qui interdit aux grandes surfaces de baisser les prix en dessous du prix tarif
et cela dans la volonté démagogique de protéger les petits commerces. Le client
est lésé, mais, comme avec le protectionnisme, l’Etat n’a que faire du client ;
il préfère protéger le petit producteur et retarder les adaptations nécessaires
des marchés.
« Laissez-moi faire
mon métier de commerçant »
Ce système avait été un peu modifié
par SARKOZY, lorsqu’il était ministre de l’économie,
en autorisant les grandes surfaces à répercuter une partie des ristournes
sur le prix de vente au client (lorsque les marges arrière dépassent le seuil
de 20%). La nouvelle proposition SARKOZY consisterait à permettre désormais de
répercuter toute la marge arrière. C’est un premier pas et cela redonnerait un
peu plus de liberté aux distributeurs.
Mais cela nous semble, comme toujours
avec le gouvernement, bien timide et insuffisant. En effet, la ristourne devrait
toujours correspondre à un service de coopération commerciale. Il aurait été beaucoup
plus simple de supprimer la loi GALLAND et de rendre une totale liberté des prix
aux uns et aux autres, la concurrence poussant alors évidemment les prix beaucoup
plus loin dans le sens de la baisse. Comme le disait dans Le Figaro Economie le
Président du directoire de Carrefour « Si je pouvais demander une chose au
gouvernement, c’est : laissez-moi faire mon métier de commerçant, négocier
avec mes fournisseurs et fixer mes prix. Si le gouvernement veut réformer la loi
GALLAND, qu’il aille jusqu’au bout ». « Laissez-moi faire », c’est
beau comme du LEGENDRE face à COLBERT ou comme du Vincent de GOURNAY.
Et Michel-Edouard LECLERC d’enfoncer
le clou : « La France est le seul pays en Europe où les tarifs ne sont
pas négociables ». Et Serge PAPIN, PDG de System U, d’ajouter, cette fois
dans Le Monde : « L’économie administrée n’est pas l’alliée du pouvoir
d’achat. Est-ce qu’on ne peut pas, une fois pour toutes, laisser le jeu de la
concurrence s’établir ? ». Puisque Nicolas SARKOZY a affirmé devant
le MEDEF aimer les entrepreneurs et vouloir les écouter, qu’il les écoute vraiment
au lieu de prendre des demi-mesures.
Libérer tous les prix
Mais il faut élargir le débat, qui
ne concerne pas seulement les grandes surfaces et appliquer vraiment l’ordonnance
BALLADUR sur la liberté des prix à tous les secteurs. Cela permettrait à la concurrence
de jouer et aux prix de baisser. Pourquoi continuer à contrôler les prix dans
l’industrie pharmaceutique, ce qui enlève toute liberté aux laboratoires et les
rend dépendant du bon vouloir du ministère ? Pourquoi maintenir des prix
administrés dans toutes les professions réglementées, des chauffeurs de taxi aux
professions juridiques en passant par la plupart des professions médicales?
Il faut, comme l’avait déjà dit le rapport RUEFF-ARMAND en 1959, ouvrir ces professions
fermées à la concurrence et établir la liberté des prix. On doute que la commission
ATTALI arrive à la même conclusion.
Mais il y a aussi le marché du travail
et le marché des capitaux : salaires et intérêts sont des prix. Il faut donc
les libérer. Le SMIC n’est rien d’autre qu’un prix bloqué et son niveau élevé
cré du chômage, tandis que la fixation de certains taux d’intérêt par l’Etat (par
exemple le livret A) n’est que du contrôle des prix.
Dans une économie de marché, comme
l’on montré tous les économistes, d’Adam SMITH à HAYEK ou RUEFF, le prix est un
vecteur d’information ; le fixer administrativement, c’est fournir, avec
ce « faux prix » de fausses informations ; le prix est un élément
de la décision des clients comme des entreprises : fixer de faux prix, c’est
prendre de mauvaises décisions. C’est provoquer pénurie ou excédents artificiels.
Il n’y a pas d’autre régulateur que le prix en économie de marché. Il n’y a donc
pas de véritable économie de marché sans prix totalement libres. Et la seule façon
de faire baisser les prix en faveur des clients, c’est de les libérer. Voilà ce
que Nicolas SARKOZY doit comprendre, au lieu de s’arrêter au début du chemin.
Encore, un effort, Monsieur le Président. La liberté ne se divise pas.
Le 18 septembre 2007