LA BATAILLE DU POUVOIR D’ACHAT


Beaucoup de bruit autour du pouvoir d’achat. La rentrée scolaire est toujours coûteuse, les familles ont cassé la tirelire pendant les vacances, le carburant est de plus en plus cher. Un sondage réalisé au début de la semaine fait apparaître que 36 % des Français estiment que leur pouvoir d’achat a augmenté en un an, mais 32 % pensent qu’il a baissé ; les autres sont incertains…

Le pouvoir d’achat alimente aussi les diatribes politiques. Le premier ministre en fait son nouveau cheval de bataille, la gauche et les syndicats protestent contre un saupoudrage destiné à masquer un recul spectaculaire du niveau de vie des gens en bas de l’échelle.
Alors, où en est-on exactement ? Que penser de l’opportunité d’une grande politique de « relance du pouvoir d’achat » ?

 Le Premier Ministre a un ticket

 En réalité, quel que soit le mode de calcul retenu, le pouvoir d’achat n’a guère progressé en France. On peut toujours argumenter sur le pouvoir d’achat du salaire horaire, mais ce qui compte c’est l’ensemble des revenus, diminués des prélèvements. Or, notamment en raison des 35 heures, de la faiblesse de la productivité et de la croissance, le revenu n’augmente pas très vite. Et les prélèvements progressent et attaquent le pouvoir d’achat. La preuve, c’est que pour pouvoir consommer plus, les Français sont obligés de réduire leur épargne : c’est bien la preuve que le pouvoir d’achat n‘a guère augmenté. C’est bien normal : on ne peut pas travailler moins et gagner plus.

Après son succès (éphémère sinon imaginaire) sur le front de l’emploi Dominique de VILLEPIN s’est donc fixé un nouvel objectif: il veut placer son action sous le signe « de la justice sociale et du pouvoir d’achat ». Il propose pour cela plusieurs mesures. La mesure phare, c’est le « ticket transport », promis depuis plus d’un an aux salariés. Il parait qu’il s’agit de compenser la hausse du prix de l’essence (notons qu’une mesure plus simple pour réduire ce prix aurait été de diminuer la taxe intérieure sur les produits pétroliers, car l’essentiel du prix de l’essence, c’est les impôts). Ce chèque transport est créé sur le principe du chèque restaurant. Certes, il est présenté comme facultatif, mais les chefs d’entreprise que nous avons entendus au cours de l’université d’été d’Aix nous ont expliqué comment le facultatif, sous la pression syndicale, avait toutes les chances de devenir obligatoire, à moins que ce soit le gouvernement lui-même qui, dans quelques mois, le rende obligatoire. Bonne nouvelle : la mesure sera ensuite étendue aux fonctionnaires.

Pour l’instant, l’Etat a annoncé qu’il prendrait en charge la moitié de ces charges nouvelles mais où trouver l’argent ? Il faut s’attendre à une hausse équivalente des prélèvements. Résultat, plus de prélèvements pour les entreprises et pour les ménages !

 Des transferts où tout le monde perd

  A ce ticket s’ajoutent diverses mesurettes, comme la prime de rentrée pour les étudiants : là encore, il faudra bien que certains paient. Le Premier Ministre parle de redistribution « sociale ». Mais où est la hausse du pouvoir d’achat ? Il s’agit d’une simple opération de redistribution : on prend aux uns pour donner aux autres et le pouvoir d‘achat moyen n’augmentera pas d’un millimètre. Il pourra même sûrement diminuer car « faire payer les riches » et imposer en moyenne plus de 50 % de prélèvements « sociaux » c’est une façon immanquable de démotiver l’entreprise, l’épargne et le travail : c’est du chômage supplémentaire.

La PPE est un bon exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Cette prime pour l’emploi est accordée à ceux qui ont un travail faiblement rémunéré. L’intention peut sembler louable, puisqu’il s’agit d’encourager le travail par rapport au non travail. Certains la comparent à l’impôt négatif de FRIEDMAN. Mais comment a-t-elle été appliquée chez nous ? Dans sa hâte de soutenir le pouvoir d’achat l’Etat a augmenté la PPE, puis l’an dernier a même décidé de verser la manne étatique par anticipation. Ainsi ont reçu la PPE des personnes qui aujourd’hui n’y ont plus droit., parce qu’elles sont définitivement sorties d’affaire ou, plus souvent, parce qu’elles sont retournées au chômage. Voici donc Bercy leur réclamer une rétrocession. On n’a pas fini d’en parler …

Au passage on mesure la complexité et l’insanité d’une redistribution faite à partir d’allègements, de primes,. Ne serait-il pas préférable d’accroître le revenu de tous les salariés en leur versant un salaire complet et en les autorisant à choisir leur protection sociale ?

 Une grande conférence sur les revenus

 Une dernière mesure est peut-être la plus inquiétante : le premier ministre annonce une grande conférence sur les revenus et l’emploi, avec tous les syndicats et partenaires sociaux. Chacun sait que ce sont les conférences qui vont progresser le pouvoir d’achat ! Cette réunion se fera sur la base d’un rapport du Conseil supérieur pour l’emploi et les revenus, présidé par…Jacques DELORS ! Sur quoi cela peut-il déboucher ? Au mieux, sur du vent. Au pire sur une politique des revenus, c'est-à-dire sur la fixation autoritaire des revenus par l’Etat. Cela n’a jamais créé un euro de revenu, mais cela permet à l’Etat de jouer au meccano social, là encore en redistribuant : prendre aux uns pour donner aux autres. Et comme on prend aux plus entreprenants, cela débouche sur une récession, du chômage et une baisse du pouvoir d‘achat pour tous.

Le premier ministre se trompe donc totalement sur les moyens. Si l’on veut réellement augmenter le pouvoir d’achat, plusieurs pistes sont possibles. La première consiste à diminuer les prélèvements, qui, effectivement, grèvent le pouvoir d’achat. Pour cela, il faut réduire le poids de l’Etat, diminuer les dépenses publiques, privatiser les services publics et la protection sociale.

Deuxième piste : permettre aux Français de gagner plus en produisant plus et en travaillant plus. On ne dira jamais assez le mal qu’a produit dans l’économie, mais aussi dans les esprits, la loi sur les 35 heures. Les socialistes ont fait croire que l’on pouvait travailler moins et gagner plus. En outre, la limitation légale des heures complémentaires a empêché ceux qui voulaient gagner plus de le faire. Il faut faire sauter tous ces verrous et on verra le pouvoir d’achat progresser.

Enfin, troisième piste, le pouvoir d’achat dépend de la croissance et de la productivité. Laurence PARISOT a rappelé que cela passait par une amélioration de la compétitivité. Pour cela, il faut libérer l’économie, la rendre plus flexible, privatiser le secteur public, ouvrir les services publics à la concurrence, baisser les impôts, faire reculer l’Etat. Moins d’Etat, c’est plus de pouvoir d’achat.


 

 


 

 

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