ALLEMAGNE : LE GOUVERNEMENT COMPROMET LA REPRISE


L'économie allemande est en reprise. Reprendre c'est bien, mais reprendre durablement c'est mieux. Il ne suffit pas de voir les indicateurs macro-économiques au vert, il faut savoir s'ils ne vont pas repasser au rouge. Ce qui se passe en Allemagne pourrait donner à réfléchir à nos autorités qui ne cessent de publier des bulletins de victoire. Car quelques embellies statistiques sont sans lendemain si la politique s'en mêle, et si le gouvernement ne poursuit pas dans le bon sens. Or, c'est exactement ce qui se passe en Allemagne aujourd'hui : le chômage diminue, la croissance repart, mais sur fond de politique fiscale suicidaire. Et les experts s'inquiètent…

 

Le chômage diminue

 

L'Allemagne était, avec la France, l'homme malade de l'Europe. Le poids de la fiscalité et de l'Etat providence, celui des syndicats et de la cogestion, mais aussi, il faut le reconnaître, le poids financier de la réunification, l'ancienne Allemagne de l'Est ayant été ruinée par quarante années de communisme, tout cela expliquait la mauvaise situation économique. Cependant, depuis quelque temps, les choses semblent aller mieux.

Cette amélioration vient d'abord de la croissance mondiale, américaine, chinoise ou autre, qui a fini par tirer du sommeil la vieille Europe. Ensuite, certaines réformes de l'ancien gouvernement social-démocrate de SCHROËDER, en particulier sur le marché du travail, ont été dans la bonne direction. Réduction des indemnités chômage, obligation d'accepter un emploi, sauf à voir ses prestations se réduire, tout cela a incité les chômeurs à reprendre du travail au plus tôt.

C'est ainsi que pour la première fois en quinze ans le chômage a chuté en Allemagne au mois de juillet (l'Allemagne publie des séries brutes, non corrigées des variations saisonnières) alors que depuis la réunification, juillet avait toujours été un mois catastrophique, en particulier en raison des sorties du système scolaire et donc des arrivées massives sur le marché du travail. Le taux de chômage lui-même a chuté, passant de 11,7% pendant l'été 2005 à 10,5% cet été et cela en comptant le taux exceptionnellement élevé de l'Allemagne de l'Est, sinistrée. Pour la seule Allemagne de l'Ouest, le taux est désormais inférieur à celui de la France.

Les autres indicateurs vont aussi dans la bonne direction. La production industrielle a augmenté de 1,5% au printemps, taux le plus rapide depuis un an. Les carnets de commande des entreprises ont progressé de 17,3% en un an, plus forte reprise depuis l'an 2000. Certains commentateurs avancent aussi l'impact positif de la coupe du monde de football, aussi bien sur le tourisme que sur certains achats. En fait, c'est l'économie entière qui semblait redémarrer.

 

Le PIB en hausse

Ces améliorations se résument dans un taux de croissance du PIB qui sera sans doute autour de 2% cette année (+ 0,9% pour le seul second trimestre), un progrès sensible par rapport au rythme antérieur (moins de 1%). Un autre motif de satisfaction est le dynamisme extraordinaire du commerce extérieur : celui-ci bat des records d'excédents et les exportations progressent rapidement. Pourtant la forte appréciation de l'euro sur le marché des changes pouvait représenter un handicap pour les exportateurs, et une incitation à importer. Il n'en a rien été, et seul le gouvernement français continue à soutenir que nos déficits viennent de l'euro fort.

Les déficits publics eux-mêmes paraissent maîtrisés cette année, et le budget obéit aux règles de Maastricht, avec un déficit qui devrait repasser en dessous de la barre des 3% du PIB. En conclusion, tout cela a permis à Angela MERKEL de déclarer " la situation économique s'est sensiblement améliorée et l'Allemagne n'est plus considérée comme l'homme malade de l'Europe ". Pourtant, tous les experts sont d'accord pour affirmer que cette reprise n'aura qu'un temps et que la situation va devenir catastrophique en 2007.

Pourquoi ? L'explication est simple. L'économie allemande, comme l'économie française, est malade de la politique. La coalition CDU-SPD s'est mise d'accord sur un programme, qui repose sur un compromis clairement social-démocrate. C'est le SPD qui a donné le ton. Certes, lors du Congrès de la CDU consacré au programme, l'aile libérale a protesté contre cette dérive vers la gauche de la coalition. Angela MERKEL a certes rappelé que son parti restait fidèle à " l'économie sociale de marché ", formule qui a une bonne part d'ambiguïté, mais certains leaders de l'aile gauche ont contesté que les baisses d'impôts (accordées aux entreprises) puissent conduire à plus d'investissements et d'emplois.

Le reprise est menacée par la hausse des impôts

Or ce sont eux qui l'avaient emporté au niveau gouvernemental. La décision la plus grave consiste à augmenter de trois points le taux de la TVA (passant de 16 à 19%). C'est considérable. Sans parler des hausses annoncées des cotisations sociales (assurance-maladie) et de quelques surtaxations " des plus riches ". Tout cela sera dramatique pour l'économie et va briser net le début de reprise. Et on verra même les finances publiques se dégrader car chacun sait qu'une hausse des prélèvements obligatoires finit par rapporter moins à l'Etat.

Les experts viennent de tirer le signal d'alarme. C'est ainsi que l'indice ZEW regroupe les analyses de 350 spécialistes de l'économie et de la finance. En quatre mois, l'indice a chuté de 66 points et en août il a reculé de 20 points, atteignant son plus faible niveau depuis juin 2001 : tous anticipent un ralentissement de la croissance dès le début 2007, et cela uniquement en raison de la hausse des impôts. Le président du ZEW précise " les nuages s'accumulent à l'horizon 2007 ". Le Figaro résume très bien la situation : " la hausse attendue de la fiscalité menace l'économie allemande ". Certains envisagent même une récession et un taux de croissance négatif au premier trimestre 2007.

Refus de poursuivre les vraies réformes, hausse spectaculaire de la fiscalité, voilà la recette la plus sûre pour briser net toute reprise de la croissance et de l'emploi. Voilà, une nouvelle fois, qui rapproche l'Allemagne et la France. Quand l'économie est malade, c'est de la politique. Sans recul de l'Etat, il n'y a pas de solution aux difficultés économiques allemandes ou françaises. Il faut faire comprendre que l'Etat n'est pas la solution, mais que c'est le problème.


 

 


 

 

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