CROISSANCE RECORD POUR LE TIERS-MONDE


On est habitué à entendre parler du Tiers-Monde en termes catastrophiques, et la mondialisation dominée par le capitalisme est à coup sûr mise en accusation. Voici de quoi surprendre les malthusiens et altermondialistes : le dernier rapport de la CNUCED montre que, dans beaucoup de pays, un processus de développement a été durablement enclenché. En moyenne, la croissance dans les régions réputées pauvres atteint des niveaux records et dépasse largement celle des pays les plus développés. Ce n’est pas un hasard, mais le fruit de profondes réformes et surtout de l’ouverture de ces pays au commerce international.

 

Plus de 5% de croissance en moyenne

On a peu parlé du dernier rapport de la CNUCED (Conférence des nations unies sur le commerce et le développement), intitulé « Rapport sur le commerce et le développement 2005 » et paru il y a quelques jours. Il contient pourtant d’intéressantes informations. C’est ainsi que l’on apprend qu’en 2004 comme en 2005, la croissance aura atteint un niveau record dans les pays dits du tiers-monde. Pour l’année en cours, elle devrait être comprise entre 5% et 5,5%, ce qui est sensiblement plus qu’aux Etats-Unis, pourtant en pleine croissance (4%) et surtout qu’en Europe (entre 1 et 1,5% en France). Dans son rapport la CNUCED s’inquiète non de la faiblesse de la production dans les pays en développement, mais du fait que ce sont les pays riches qui freinent la croissance mondiale.

Si l’on entre dans le détail, c’est en Asie que la croissance est la plus rapide. Elle atteint en moyenne 6% et même 9% en Chine et 6,5% en Inde. Mais la croissance n’est pas négligeable, même si elle est plus faible, en Amérique latine (4,2%) et, phénomène plus surprenant, elle est même assez élevée au Afrique, continent que l’on croyait pourtant totalement sinistré, avec 4,9% en 2005, après avoir progressé de 4,5% en 2004.

Evidemment, il ne suffit pas d’une année de croissance pour rattraper des années de retard de développement, dû au choix souvent fait par ces pays, il y a quelques années, de la planification, de l’étatisme et pour tout dire du socialisme. Certes il y a une part d’illusion arithmétique dans les résultats enregistrés : un point de croissance en Chine n’a pas la même signification qu’aux Etats Unis. Mais, en même temps, le rapport de la CNUCED souligne que la croissance est durable, et non conjoncturelle : il y a déjà des années que de nombreux pays du tiers-monde progressent, même si cette année 2005 marque un record

 

Au sein du Tiers-Monde les pays émergents

Les bons résultats globaux masquent cependant des variations assez sensibles d’un continent à l’autre et surtout d’un pays à l’autre. Pour repérer les divergences, prenons pour repère la moyenne mondiale du PIB par habitant (en parité de pouvoir d’achat), qui est de 7 970 dollars (celle de l’Amérique du Nord est de 36 980 et celle de l’Europe, Est compris, de 18 550 – 27 640 en France). Quoi de commun entre les 2 170 dollars de l’Afrique (mais 9 600 dans l’Afrique Australe et 11 280 à l’île Maurice) et les 4 920 dollars de l’Asie (mais 28 680 à Hong Kong et 18 000 en Corée du Sud ou 24 180 à Singapour). Dans ces conditions il n’est plus raisonnable de parler d’un Tiers-Monde comme d’un tout homogène et sous-développé, mais de pays très différents, dont certains, dits « émergents » ont déjà des niveaux de vie comparables au nôtre.

Comme par hasard ces pays émergents sont toujours ceux qui ont accepté les disciplines du marché et de la liberté économique. De ce point de vue, c’est l’Asie qui fait le mieux. Selon une étude  de la Banque asiatique de développement (BAD), publiée presque en même temps que le rapport de la CNUCED, le nombre de personnes vivant dans un état d’extrême pauvreté (définie par moins de 1 dollar par jour) était de 621 millions en Asie en 2003, contre 688 millions en 2002 et 922 millions en 1990 : on voit nettement l’effet de la croissance, en particulier sur la hausse du niveau de vie.

Selon la même étude, si la croissance actuelle se poursuit dans ces pays d’Asie au même rythme qu’en 2004 et 2005, il n’y aura plus que 108 millions de pauvres en Asie (dont 85 millions seraient en Inde tandis qu’en Chine l’extrême pauvreté ne concernera plus que 2 millions de personnes.  Ainsi l’extrême pauvreté serait-elle éliminée dans ce pays et pratiquement vaincue dans l’ensemble du continent.

 

« Trade, not aid »

On se rappelle la fameuse dispute Cliton-Chirac sur les mérites respectifs du commerce et de l’aide publique. La réponse de la CNUCED est claire : le succès des pays émergents réside largement dans le rôle du commerce extérieur. Les pays qui se sont le plus ouvert aux échanges internationaux - c'est-à-dire la majorité des pays d’Asie- se sont développés le plus vite. La preuve est faite : le commerce est la meilleur forme d’aide. Au contraire, l’Afrique stagne, alors qu’elle reçoit beaucoup d’aide publique, mais participe moins aux échanges.

La CNUCED souligne un autre phénomène, qui est le fait que le commerce Nord-Sud (par exemple celui de l’Europe avec la Chine (pour l’industrie) ou avec l’Inde (pour le tertiaire) a entraîné par ricochet un développement spectaculaire du commerce Sud-Sud. La croissance en Chine ou en Inde a entraîné une demande forte de la part de ces pays, y compris en matières premières, qui a bénéficié aux producteurs du reste des pays en développement.

Bien entendu, si le commerce extérieur est essentiel pour aider au développement, il ne suffit pas. Une carte plus précise des rythmes de développement montrerait que la croissance est plus rapide là où l’on a privatisé, où les libertés économiques (et le droit de propriété) ont été renforcées et où l’on ne perd pas son énergie et ses revenus à des guerres locales. De ce point de vue, on peut être plus inquiet pour l’Afrique, qui peine à se réformer, et pour laquelle on n’est pas sûr que la croissance se poursuive au même rythme. En sens inverse, on peut être plus optimiste pour ceux des pays d’Amérique latine qui ont accepté de grandes réformes (par exemple dans le domaine de la protection sociale ou des retraites), tandis que ceux qui ont des tentations socialisantes (du Brésil de LULA au Venezuela de CHAVEZ) auront plus de mal à bénéficier de la croissance générale.

La CNUCED n’est certes pas un haut lieu du libéralisme, et le rapport contient beaucoup de points contestables. Mais la réalité est bien là : de nombreux pays s’en sortent. Tous  appliquent les recettes qui ont réussi ailleurs : libre échange et libre entreprise. Il n’y a pas deux sciences économiques, l’une pour les pays pauvres et l’autre pour les pays riches. Partout, la carte des libertés économiques coïncide avec celle du développement.

Le 20 septembre 2005

 
   


 

 

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