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VERS UN PLAN DE RELANCE EUROPEEN ?
L’idée est dans l’air depuis des années, elle a été lancée
à l’origine par Jacques DELORS : pourquoi ne pas faire un grand plan
de relance en Europe pour faire repartir la croissance et réduire le chômage ?
De nombreux dirigeants européens la reprennent aujourd’hui à leur compte.
Il s’agirait, bien entendu, d’un plan dans la grande tradition keynésienne,
alors que l’on croyait cette idée abandonnée par les gouvernements depuis
plus de vingt ans et qu’aucun économiste sérieux n’ose la défendre. Mais
la tentation est trop forte pour les gouvernements : il faut « qu’ils
fassent quelque chose ». Est-ce une raison pour faire n’importe quoi ?
Une relance monétaire ?
Dans une relance keynésienne, deux voies sont possibles :
la relance monétaire et la relance budgétaire. La première consiste à
faire agir la Banque Centrale en lui demandant de créer de la monnaie
pour faire baisser le taux d’intérêt et encourager les investissements.
Cette solution échappe aujourd’hui très largement aux gouvernements puisque,
théoriquement, la Banque Centrale Européenne (les banques centrales nationales
ne jouant plus aucun rôle) est indépendante du pouvoir politique.
Cela n’empêche pas les gouvernements européens de faire pression
sur elle et nous avions noté déjà il y a quelques mois que la BCE était
sensible au chant des sirènes politiques et qu’elle sacrifiait son objectif
d’inflation nulle au profit d’une inflation plus forte (2% est le nouvel
objectif) et surtout d’une baisse répétée du taux d’intérêt. Aujourd’hui
de nouvelles pressions veulent l’amener plus
loin. Si cette politique de baisse des taux d’intérêt se poursuivait,
elle risquerait de produire de l’inflation, sans provoquer le moindre
effet de relance : l’exemple du Japon est là pour nous montrer qu’on
peut avoir un taux d’intérêt nul sans provoquer la moindre reprise. Mais
enfin, du moins officiellement, les gouvernements ne peuvent plus intervenir
dans la politique monétaire.
Reste alors la voie budgétaire. On pourrait faire remarquer
que dans plusieurs pays, et surtout en France et en Allemagne, on pratique
déjà une politique de relance keynésienne. Comment appeler autrement une
situation dans laquelle le déficit public représente 4% du produit intérieur
brut et près de 20% du montant du budget : cela nous rappelle
étrangement les politiques menées sans aucun succès dans les années d’après-guerre
par la majorité des pays occidentaux, France en tête. Il est paradoxal
qu’on lance l’idée d’un plan de relance européen, alors que la majorité
des pays d’Europe, du moins les plus importants d’entre eux, pratiquent
déjà cette relance avec leur propre budget, sans le moindre effet positif
sur l’économie, bien entendu.
Une relance budgétaire ?
Mais manifestement les leçons du passé ne suffisent pas. L’Allemagne
ne semble pas hostile à une initiative européenne de relance, alors qu’elle
cherche par ailleurs à libéraliser son économie sur le plan intérieur.
Mais c’est surtout -et c’est surprenant par rapport aux idées libérales
qu’il professe habituellement- l’Italie de BERLUSCONI qui, depuis qu’elle
préside l’Union Européenne, cherche à convaincre ses partenaires de la
nécessité d’une relance par les grands travaux, les équipements publics :
S. BERLUSCONI a même listé certains travaux qui pourraient concerner directement
l’Italie (des ponts par exemple).
Voilà que l’Angleterre de Tony BLAIR suit le même chemin, en
suggérant d’ajouter à ce programme d’infrastructure les domaines de la
recherche et des techniques de l’information comme autre secteur prioritaire.
Les Français, on s’en doute, sont également partisans de la « politique
des grands travaux ». J. P. RAFFARIN en a discuté lors de son voyage
en Italie et il vient de le faire en se rendant
en Angleterre, annonçant officiellement que les deux chefs de gouvernement « étaient
tombés d’accord sur l’idée d’un plan de relance européen ». Il devrait
ensuite présenter cette idée aux Allemands, en poursuivant sa tournée
européenne.
Mais comment financer les fameux « grands travaux »?
La hausse des impôts est peu probable et nos partenaires n‘en voudraient
pas, car ils semblent soucieux de surveiller leurs prélèvements obligatoires
jugés déjà excessifs. De plus des impôts supplémentaires créent toujours des effets d’éviction :
ce que les Etats prélèveraient en impôt supplémentaire, ménages et entreprises
ne le dépenseraient plus, ce qui contracterait d’autant l’activité.
Un grand emprunt européen
Reste l’hypothèse la plus probable, celle du lancement d’un
grand emprunt européen pour financer ce programme de grands travaux. Passons
là encore sur le fait que l’endettement a dépassé la mesure du raisonnable
dans certains pays, dont la France (comme nous l’avons expliqué il y a
quinze jours). Mais il est clair que cette épargne serait prise sur les
marchés financiers et réduirait d’autant le financement des investissements
productifs. Ce qui se voit (les nouveaux investissements publics) viendrait
une nouvelle fois masquer ce qui ne se voit pas (la chute des investissements
privés consécutive à la raréfaction de l’épargne). De plus, cela consiste
à transférer cette charge sur la génération suivante, qui est déjà peu
nombreuse et menacée par le poids des retraites.
Nous voilà donc revenus aux années trente et l’Europe copie
avec 70 ans de retard le programme de F. D. ROOSEVELT. Les mêmes erreurs
se répètent : la conception keynésienne de la relance est une conception
magique : il suffit de dépenser plus pour que l’offre progresse,
suivant mécaniquement la demande. Mais d’abord on ne dépense pas plus
(effet d’éviction) et ensuite l’offre ne suit pas. Ce qu’il faut faire
si l’on veut provoquer une reprise en Europe, c’est d’une part baisser
les impôts, pour augmenter les incitations à produire, travailler et investir
plus, c’est d’autre part rendre l’offre plus flexible et plus souple pour
que les entrepreneurs puissent créer des richesses nouvelles. Avec le
plan de relance envisagé, on prend le chemin inverse et on provoquera
des déséquilibres sans relancer quoi que ce soit.
Il reste à espérer que la majorité des gouvernements européens
ne suivra pas la France et ses alliés dans cette aventure. Mais le simple
fait qu’on en parle est en soi inquiétant : dans l’esprit des hommes
politiques, le keynésianisme n’est pas mort.
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