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DETTE PUBLIQUE : 15 000 EUROS PAR FRANÇAIS A partir de cette année, tout nouveau-né en France trouvera dans son berceau une dette de 15 000 euros (soit environ 100 000 Francs) : cadeau de nos hommes politiques, cadeau de ses parents qui les ont mis en place. Dans le débat sur les finances publiques, il y a ce que l’on voit –comme le déficit budgétaire- et ce que l’on ne voit pas et qu’on oublie : la dette publique qui résulte des déficits accumulés au fil des années. Ce qui contrarie sans doute nos partenaires européens, mais ce qui lèse encore davantage les Français d’aujourd’hui et de demain. Ce n’est pas un problème de respect des indicateurs européens du traité de Maastricht ; c’est un problème de survie économique. Un déficit de 4% du PIBLa semaine dernière, Jean-Pierre RAFFARIN a été à Bruxelles,
officiellement d’abord pour négocier quelques subventions pour nos forêts
brûlées, en réalité pour demander un délai avant d’appliquer les critères
de convergence prévus dans le traité de Maastricht, en matière de finances
publiques. Le premier critère concerne, on le sait, le déficit budgétaire ;
il ne doit pas dépasser 3% du PIB. Or, pour l’année 2003 on en est déjà
officiellement à 4%. Jean Pierre RAFFARIN a plaidé que nous rentrerons
dans les clous à partir de 2006, mais Romano PRODI s’est montré intraitable,
comme le veut sa fonction. Une procédure a déjà été engagée contre la
France et elle devrait aboutir à nous condamner à payer de lourdes amendes. Mais ce que l’on ne mesure pas, c’est que ce déficit budgétaire
doit être financé. Il n’est plus question, comme autrefois, de « faire
tourner la planche à billets » et d’avoir un financement monétaire.
C’est évidemment inflationniste et de toutes façons interdit par la Banque
Centrale Européenne. Il ne reste donc qu’une solution pour financer un
déficit budgétaire : recourir à l’emprunt. L’Etat s’endette sur les
marchés financiers. L’effet d’évictionCette politique présente de nombreux inconvénients. D’abord,
elle revient à reporter le financement sur la génération suivante. Un
emprunt doit être remboursé et cela se fera quinze ou vingt ans plus tard.
Ce sont les enfants d’aujourd’hui -les actifs de demain- qui paieront.
Bel exemple de solidarité des générations ! Il faudra alors accroître
les impôts pour assurer le seul remboursement de la dette. La génération
future est ainsi sacrifiée, comme elle l’est déjà par l’absurdité du système
de retraite par répartition. Certes, on explique que l’on peut reporter
le financement dans l’avenir s’il s’agit d’investissements, d’équipements
collectifs dont la durée de vie est supérieure à celle de l’emprunt. C’est
discutable, mais de toutes façons ce n’est pas le cas en France puisque
le déficit budgétaire dépassera 50 milliards d’euros, alors que les équipements
civils et militaires atteindront à peine 27 milliards. Autrement dit,
on emprunte pour financer des dépenses de fonctionnement courant, pour
payer les fonctionnaires ou autres. Imaginons un ménage qui ferait pareil
et emprunterait pour payer sa femme de ménage… A titre de comparaison,
dans un pays comme l’Angleterre, cela serait impossible car le déficit
public ne peut dépasser le niveau de l’investissement public. Ensuite, ces emprunts publics provoquent ce que l’on appelle
un effet d’éviction : l’épargne ne peut pas servir à autre chose
et en particulier à financer les investissements productifs du secteur
privé. Les dépenses publiques viennent ainsi se substituer aux dépenses
privées que l’on n’arrive plus à financer en raison d’une épargne devenue
insuffisante : ce sont les investissements des entreprises qui s’en
ressentent. Mais on oublie aussi qu’un emprunt n’entraîne pas seulement
un remboursement en capital. Il
faut aussi payer, année après année, les intérêts de la dette. Cette année,
ceux-ci atteignent 38 milliards d’euros, qui partent ainsi en fumée. Cela
représente 3,2% du PIB, c’est à dire une grande part du déficit. 12% du
budget de l’Etat sert ainsi à payer les intérêts, soit autant que le budget
de la défense : c’est l’un des postes budgétaires les plus importants. La progression de la dette la plus forte d’EuropeLes déficits cumulés années après années viennent donc gonfler
la dette publique. Celle-ci s’élevait en 1980 à l’équivalent de 91 milliards
d’euros. En 1990, on en est à 355 milliards et en 2003 à 948 milliards.
Les 1 000 milliards d’euros seront dépassés l’an prochain. Cela représente
désormais 62% du PIB, alors que les textes européens nous demandent de
ne dépasser en aucun cas les 60%. Ramené par habitants, cela représente
15 000 euros par Français (bébés et vieillards compris) soit environ 100
000 francs. Pour une famille de deux enfants, cela signifie une dette
de 400 000 francs. On voit ce que chacun va devoir rembourser dans les
années à venir, puisque seul le contribuable peut le faire. Lorsqu’il
était président de la commission des finances du Sénat, Alain LAMBERT
voulait matérialiser le montant de cette dette supportée par les citoyens
sur un papier officiel. Devenu ministre du budget, il semble avoir oublié
sa promesse. Il est également intéressant de constater qu’entre 1991 et
2002, c’est en France que la dette par habitant a le plus augmenté :
+ 7 585 euros. Même en Allemagne, la progression est moindre (6 852 euros).
Notons que de nombreux pays d’Europe ont vu cette dette par habitant se
réduire, le champion étant l’Irlande avec un recul de la dette de 6 227
euros par personne, ce qui n’a pas empêché ce pays de baisser les impôts. Il y a donc urgence non seulement à réduire les déficits publics,
mais encore à réduire la dette publique, si l’on veut arrêter cette bombe
à retardement. Or il y a une autre urgence budgétaire, c’est la réduction
des impôts et plus précisément des taux d’imposition. Cela signifie que
le gouvernement peut inventer tous les plans du monde ; il ne pourra
s’en sortir qu’en réduisant drastiquement les dépenses publiques. Malheureusement,
comme nous l’avons montré la semaine dernière à propos du nombre de fonctionnaires,
il n’en prend pas le chemin.
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