![]() |
||
|
FRANCE TELECOM :
LE CONTRIBUABLE PAIERA On pensait, en France, avoir tourné
la page des entreprises publiques. Les privatisations étaient derrière
nous, puisque l’on avait privatisé tout le secteur concurrentiel et cela
essentiellement lors des alternances politiques de 1986 et 1993. Or on
s’aperçoit aujourd’hui qu’il n’en est rien. DES PRIVATISATIONS TRES PARTIELLES Il reste encore des entreprises « concurrentielles » appartenant au moins partiellement à l’Etat (comme Renault, Air France ou le Crédit Lyonnais), mais, surtout, il reste les fameux « services publics » qui eux aussi sont désormais dans le secteur concurrentiel : l’absence de concurrence ne s’expliquait- ou ne s’explique encore dans certains cas- que par un artifice, l’Etat ayant verrouillé le marché et empêchant des entreprises autres que le monopole public de s’y installer… On avait, certes, expliqué que le gouvernement Jospin était celui qui avait le plus privatisé. On découvre aujourd’hui qu’il n’en est rien et qu’il n’avait fait que vendre une part – minoritaire - du capital des entreprises publiques, l’Etat conservant la majorité des actions, donc le contrôle de l’entreprise. Ce n’était donc pas une privatisation, mais une recherche de recettes fiscales, une « renationalisation » en quelque sorte. Si l’on ajoute que certaines entreprises demeurent totalement publiques (comme EDF, la SNCF ou la poste), ce que nous avons sous les yeux ce n’est pas une économie de marché concurrentielle, faite d’entreprises privées, c’est une économie mixte à la française. C’est elle qui est en cause aujourd’hui. Quant à l’ouverture à la concurrence, effective dans certains secteurs seulement, comme les télécommunications, elle représente une évolution sans le moindre régulateur de responsabilité, puisque les droits de propriété restent confisqués par l’Etat. Il ne faut donc pas s’étonner de
voir ces entreprises mixtes ou publiques, les unes après les autres, tomber
en ruine. Signe des temps : les PDG eux-mêmes sont sanctionnés, comme
si c’était une simple affaire de gestion : après avoir remplacé celui
de la RATP, on va changer celui de la Poste. 70 MILLIARDS D’EUROS DE DETTES Bien entendu, cette semaine, c’est
le cas de France Telecom qui a retenu l’attention
et qui constitue un véritable cas d’école. Il rappelle le cas tristement
célèbre du Crédit Lyonnais, autre gouffre financier public. Dans le cas
de France Telecom, les pertes annoncées pour le premier semestre 2002
sont de l’ordre de 12 milliards d’euros, tandis que l’endettement total
de l’entreprise atteint 70 milliards d’euros ( 460
milliards de francs), ce qui constitue le record du monde de l’entreprise
la plus endettée. Dans l’immédiat, France Telecom
a besoin à court terme de 15 milliards d’euros, avant même d’envisager
le remboursement de la dette. C’est donc l’irresponsabilité la
plus totale qui a guidé la politique de France Telecom.
On peut penser aux acquisitions irréfléchies, uniquement pour faire grandir
l’entreprise à l’étranger, sans souci de la rentabilité, comme à la décision,
imposée par l’Etat, d’acheter à un prix invraisemblable la licence UMTS. Bien entendu, on pourrait répondre qu’il arrive aussi
au secteur privé ( voir le cas de Vivendi) de
faire des erreurs de gestion ou d’acheter des entreprises non rentables
ou dépassant ses capacités financières. Mais d’abord ce n’est pas en général
le cas, car les dirigeants sont soucieux de leurs capitaux ou de ceux
des actionnaires. Mais si ça l’est, c’est l’actionnaire qui paiera la
facture. Voilà la différence essentielle avec une entreprise publique
comme France Telecom : dans ce cas, on
est sûr que quelqu’un paiera, malgré les plus grandes erreurs de gestion,
et c’est l’Etat, par des fonds publics comme on dit, c’est à dire par
l‘argent des contribuables : les fonds publics viennent toujours de poches privées, par l’impôt,
et finissent toujours dans d’autres poches privées. Dans le cas de France
Telecom, c’est donc le contribuable qui paiera
la facture. Bien entendu, le gouvernement a alors voulu sanctionner le
PDG, d’où le départ de Michel BON, comme si c’était un problème de qualité
des hommes ou de technique. UN PROBLEME DE DROITS DE PROPRIETE Or le problème est beaucoup plus
simple : c’est une question de droits de propriété. Dans une entreprise
privée, le PDG est responsable, soit parce qu’il gère son argent, soit
parce qu’il gère celui des actionnaires qui vont en permanence lui demander
des comptes. La valeur de l’action traduira aussitôt la qualité de la
gestion et oblige à ne prendre que les risques nécessaires :cela
rend le PDG responsable. SI ce n’est pas le cas, les titres vont baisser
(d’où la réaction des actionnaires qui peuvent comme chez Vivendi provoquer
le départ du PDG dont la politique ne leur plait pas ; la « corporate
governance » accentue ce phénomène de contrôle
des actionnaires, donc des propriétaires) et la baisse peut inciter une
autre entreprise à s’intéresser à celle-ci en provoquant une OPA (Offre
publique d’achat) qui fera passer la propriété des actions entre de nouvelles
mains et une nouvelle direction. C’est tout l’intérêt des droits de propriété.
Ils sont exclusifs, ce qui veut dire que les propriétaires subissent la
sanction de leurs décisions –ou de celles du PDG qu’il ont mis en place
- ce qui les incite à gérer au mieux de leurs capacités, et ils sont transférables,
ce qui permet une mobilité du capital lorsque les commettants des propriétaires
actuels gèrent mal : la propriété passera alors dans les mains de
ceux qui pensent pouvoir mieux gérer l’entreprise. Dans le cas de France Telecom, l’Etat possédant 54,6% du capital, ces mécanismes
ne peuvent jouer : personne n’est responsable et c’est la porte ouverte
à toutes les aventures et à tous les déficits. C’est le règne de l’irresponsabilité,
d’autant plus grande que l’Etat propriétaire –via le contribuable- paiera
en toutes circonstances… La crise de France Telecom n’est donc pas une crise de gestion ; c’est la
crise de l’économie mixte. Pour en sortir, il faut non seulement ouvrir
vraiment tous les « services publics » à la concurrence, mais
il faut surtout privatiser totalement les entreprises publiques C’est
la seule façon d’introduire la responsabilité, l’efficacité et la moralité
au cœur des entreprises.
|