LE SMIC, FACTEUR DE CHOMAGE
Le SMIC créé du chômage, dans les emplois
non qualifiés et chez les jeunes : c’est ce que rappelle Jacques
GARELLO dans son article « Contrat Libre Entreprise ». Et cela
a été démontré dans une foule de recherches scientifiques.
Mais, pour la première fois, un rapport français officiel, commandé par
le gouvernement, le confirme. Le directeur des relations du travail est
formel : la hausse du Smic est porteuse de chômage. Nous ne sommes
pas d’accord avec certains points de son analyse, mais l’essentiel y est :
le SMIC est une machine à exclure du marché du travail. Cette vérité va-t-elle
changer quelque chose à la politique du gouvernement ? Par peur des
syndicats, va-t-il continuer à revaloriser sans cesse le SMIC ?
18% de hausse en trois ans
L’OCDE l’a montré empiriquement plusieurs
fois et les économistes l’ont démontré sans peine : le SMIC
est un facteur de chômage. C’est un « faux prix », comme disait
Jacques RUEFF, et tout faux prix est créateur d’un vrai déséquilibre :
ici le déséquilibre s’appelle du chômage. Mais c’est la première fois
qu’un rapport officiel, commandé par le gouvernement français, l’affirme.
Il s’agit du rapport commandé au directeur des relations du travail, Jean-Denis
COMBREXELLE.
Le SMIC n’est pas un phénomène mineur :
il concerne directement 2,4 millions de salariés, soit 15,5% du total
des salariés des entreprises. De plus, une revalorisation du SMIC profite
indirectement à tous les salaires jusqu’à 1,3 ou 1,5 fois le SMIC. Selon
la direction des relations du travail, une hausse de 1% du SMIC contribue
à augmenter de 0,1% la moyenne des salaires. Au total ce sont 35% des salariés qui sont concernés par une hausse du
SMIC.
En raison des 35 heures, et des multiples
SMIC qui en résultaient (pour avoir 35 heures payées 39), le salaire minimum
a été revalorisé de 18% en trois ans, ce qui est considérable et représente,
comme le disent Les Echos, l’équivalent d’un mois et demi de salaire en
plus ! Même la gauche l’avait indirectement compris, puisqu’elle
avait instauré une compensation partielle de cette hausse du SMIC par
une baisse des charges : il en coûte près de 15 milliards d’euros
par an à la Sécurité Sociale. Ce seul facteur est créateur de chômage,
puisqu’il faut bien prendre cet argent quelque part, par des prélèvements
supplémentaires.
Les effets positifs sont surestimés
Le directeur des relations du travail
considère que le SMIC a plusieurs effets, certains positifs, d’autres
négatifs. Nous sommes d’accord avec lui sur les effets négatifs, mais
pas sur les effets positifs, et sa présentation semble ainsi minimiser
les effets dévastateurs du SMIC. En effet, côté positif, il considère
que la hausse du SMIC provoque une hausse du pouvoir d’achat des salariés.
C’est vrai bien sûr pour les bas salaires. Mais comme il faut bien prendre
l’argent quelque part, cela implique soit une baisse des hauts salaires,
soit une baisse des profits : le revenu global ne change pas. Il
s’agit d’un simple transfert.
Croire que cette hausse du pouvoir
d’achat a un effet positif sur la croissance et l’emploi, comme le pense
Jean-Denis COMBREXELLE, c’est accepter
la vulgate keynésienne. Celle-ci s’appuie sur les différences de propension
à consommer entre les « riches » et les « pauvres » :
augmenter le revenu des pauvres, qui ont une plus forte propension à consommer,
et diminuer celui des riches, qui ont une plus faible propension à consommer,
cela provoquerait une relance (plus de consommation et moins d’épargne).
Or c’est faux, car rien n’est prouvé pour les propensions à consommer
et surtout il est faux de penser que l’épargne est facteur de récession :
elle n’est pas stérilisée, thésaurisée, mais recyclée et utilisée par
d’autres, elle aboutit ainsi à des investissements et des dépenses.
Si le rapport en question surestime
ainsi les effets positifs du SMIC, en revanche il en a bien mesuré les
effets négatifs. C’est ainsi que la direction des relations du travail
pense que le niveau du SMIC est un « facteur de rigidité ».
Cela permet de mettre « en évidence un effet d’éviction de
l’emploi pour les travailleurs les moins qualifiés et les jeunes ».
Ils ont calculé qu’un relèvement de 1% du SMIC produirait une baisse de
l’emploi des jeunes de 0,1%. Une autre étude de la DRT estime qu’une hausse
de 1% du SMIC entraîne à moyen terme la suppression de 4.000 à 20.000
emplois peu qualifiés.
Le SMIC, machine à exclure du marché du travail
En réalité, l’analyse que l’on peut
faire est fort simple : le salaire est un prix, celui du travail
sur un marché. Sur ce marché, il y a une offre de travail de la part des
salariés et une demande de travail de la part des entreprises. Un niveau
artificiellement élevé du SMIC équivaut à un prix bloqué : ce niveau
élevé du prix décourage la demande et donc les entreprises embauchent
moins de salariés. Parallèlement il encourage l’offre de travail,
ce qui attire de nouveau salariés sur le marché du travail. Résultat :
il y a un écart croissant entre offre et demande de travail, un excès
de l’offre sur la demande, c'est-à-dire du chômage.
Le SMIC agit alors comme une machine
à exclure : sont exclus en premier les moins qualifiés et les plus
jeunes (peu qualifiés ou sans expérience). C’est donc
le principal facteur de chômage dans ces catégories. La DRT avance d’autres
arguments complémentaires. L’augmentation du coût du travail oblige l’entreprise
à réduire ses marges et à augmenter ses prix de vente, d’où un recul de
la quantité demandée et donc de la production et
de l’emploi. La hausse des coûts pénalise aussi les entreprises
et les incite à réduire leurs investissements, avec des conséquences néfastes
sur l’inflation et la compétitivité. A long terme, l’effet négatif sur
l’emploi est maximum.
Ce rapport brise un tabou français.
Mais quelles conséquences le gouvernement va-t-il en tirer? Si l’on
excepte les Echos, la presse n’a pas prêté grande attention à ce rapport.
Quant au ministère du travail il s’est empressé de laisser entendre que
cela ne changerait rien à la politique régulière de revalorisation du
SMIC : priorité aux bas salaires reste le mot d’ordre. Résultat :
nous doutons que la politique change. Si la politique ne change pas, le
SMIC continuera, comme par le passé, à accroître le chômage. Les hommes
politiques n’en seront guère émus, et le grand public ne comprendra pas
ce qui s’est passé. La seule différence, c’est que désormais les hommes
politiques ne pourront plus dire « nous ne savions pas ».
Ils ont été prévenus.
Le 24 janvier 2006
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