ESPAGNE : L’HERITAGE DE AZNAR


En Espagne, tous les indicateurs économiques sont au vert. Le chômage a été divisé par plus de deux en dix ans, et la croissance est l’une des plus élevées de la zone euro. Le gouvernement socialiste de M. ZAPATERO s’en félicite et s’en attribue évidemment tous les mérites. Les socialistes français brodent sur le même thème. Oui, mais voilà : une situation économique est le reflet d’une politique conjoncturelle menée un an ou un an et demi avant, mais aussi et surtout d’une politique structurelle menée des années plus tôt. Or, à cette époque, le premier ministre s’appelait AZNAR. C’est à lui que revient tout le mérite de la prospérité espagnole.

 

Un chômage divisé par plus de deux

En 1995, le taux de chômage en Espagne était le plus élevé des pays occidentaux membres de l’OCDE : 22,4% : presque un actif espagnol sur quatre. C’était sous le gouvernement du socialiste Felipe GONZALEZ. Et la France pouvait se glorifier de faire mieux que l’Espagne. Depuis dix ans, les choses ont bien changé et le taux de chômage a été divisé par plus de deux pour tomber à 9,3%. Pendant le même temps, la France a grimpé jusqu’au taux actuel de 9,9%. Et les prévisions espagnoles pour 2006 annoncent un taux de chômage de 8%.

Fait révélateur : alors que le mois de septembre a la réputation d’être mauvais pour les chiffres du chômage, parce que les emplois saisonniers de l’été ont disparu, il n’en a rien été en Espagne puisque le nombre de chômeurs vient de diminuer de plus de 5.000 personnes. Mais il faut surtout rappeler que c’est sous le gouvernement de José AZNAR (de 1996 à 2004), que l’essentiel de la chute du chômage avait eu lieu, celui-ci passant de 22,4% au début de son premier mandat à 10% à la fin de son second et dernier mandat. C’est donc dans la suite logique de la politique antérieure que la chute du chômage s’est poursuivie cette année.

En un an, ce sont 907 500 postes de travail qui ont été créés, ce qui, à l’échelle de l’Espagne, compte tenu de sa population, est considérable. Bien entendu, certains, à commencer par les syndicats espagnols, se sont empressés de faire remarquer que près des deux tiers des nouveaux emplois sont des contrats à durée déterminée. D’où le discours habituel sur la précarité de l’emploi : sous entendu, ce sont de faux emplois.

 

L’une des croissances les plus rapides d’Europe

Les syndicats Commissions ouvrières et UGT ont regretté « la mauvaise qualité » de l’emploi et réclamé des emplois stables. Et pourquoi pas des emplois de fonctionnaires ? Il est vrai que le fort taux de contrats à durée déterminée est l’une des caractéristiques du marché du travail espagnol actuel. Ce n’est pas un problème, mais une solution : c’est en introduisant de la flexibilité sur le marché du travail et des contrats non rigides que les Espagnols ont vaincu le chômage dans de telles proportions. Et il vaut mieux des emplois successifs à durée déterminée qu’un chômage durable, comme en France. Car en France les emplois sont à durée indéterminée, mais il n’y en a pas ou pas assez.

Si la baisse du chômage vient ainsi de la flexibilité retrouvée sur le marché du travail, elle vient également du retour de la croissance économique. Celle-ci ne cesse d’être révisée à la hausse, que ce soit par les autorités espagnoles ou par le FMI. Pour 2005, la croissance devrait être de 3,2% ou 3,3%. C’est certes moins qu’aux Etats-Unis, mais c’est beaucoup plus que dans la zone euro où la croissance est de 1,2% en 2005 et devrait être de 1,8% en 2006. Pour l’année prochaine, on sera en Espagne de toutes façons en dessus de 3%.

En outre, cette croissance est accompagnée d’une inflation modérée, qui est selon l’OCDE de 3,3% pour les douze derniers mois. C’est certes au dessus de la moyenne de la zone euro (2,1%), mais les prix sont sous contrôle  et le dérapage est acceptable.

Le gouvernement de José Louis Rodriguez ZAPATERO s’attribue, bien entendu, les mérites de cette bonne évolution économique. A-t-il raison ? Il est en place depuis les élections qui ont suivi le dramatique attentat de Madrid en mars 2004, c'est-à-dire il y a  dix huit mois. Mais c’est oublier que José Maria AZNAR tenait les rênes du pouvoir pendant les huit années précédentes. Or il y a déjà longtemps, en particulier depuis les travaux de Milton FRIEDMAN, que l’on sait qu’une politique conjoncturelle n’influence l’activité économique qu’après un délai long et variable, situé entre un et deux ans.

 

« Les vérités d’AZNAR »

Et maintenant on sait surtout que les politiques conjoncturelles n’ont pas beaucoup d’importance, sauf pour déstabiliser les économies. C’est pourquoi AZNAR avait, suivant la formule de FRIEDMAN, « stabilisé les politiques de stabilisation ». Mais si  la bonne santé de l’économie espagnole ne vient pas des politiques conjoncturelles, d’où peut-elle venir ? Elle vient évidemment des réformes de fond, des réformes de structures.

Or celles-ci n’agissent qu’avec un délai long, le temps de modifier en profondeur les comportements microéconomiques. C’est ainsi que la bonne situation économique sous les présidences CLINTON vient essentiellement des réformes de fond entreprises par REAGAN quatre années plus tôt et en particulier de la baisse des prélèvements obligatoires et d’une fiscalité moins progressive.  De même, les performances de l’économie britannique sous les mandats de BLAIR trouvent leur origine dans les réformes entreprises par Mme THATCHER, de la privatisation à l’effacement des syndicats en passant par la baisse des impôts.

Certes, lorsque les réformes se poursuivent ensuite (comme en Angleterre), il y a plus de chances pour que la situation s’améliore encore. En sens inverse, en dépit des réformes de fond, il peut suffire d’une mauvaise politique menée pendant quelques années pour perdre tout le bénéfice des réformes antérieures. Dans le cas de l’Espagne, c’est ce que l’on peut craindre. La bonne situation économique actuelle est l’héritage des réformes AZNAR (privatisations, baisse des impôts, flexibilité du marché du travail, ouverture des frontières, acceptation de la mondialisation, etc.) - que J. GARELLO, dans un éditorial il y a un an,  avait appelées « Les vérités d’AZNAR ». Mais si ZAPATERO change de cap et revient sur les réformes AZNAR, en particulier sous la pression syndicale, on peut craindre le pire. Pour l’instant, on reste sur la lancée antérieure. Et c’est hélas ZAPATERO qui en retire les fruits. La politique est souvent injuste avec les réformateurs.


Le 25 Octobre 2005
 

 


 

 

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