LE MYSTERE DU CHOMAGE


Y a-t-il un mystère du chômage en France ? D’un côté, on nous annonce, mois après mois, un recul du chômage : les dernières statistiques indiquent 28 200 demandeurs d’emplois en moins en novembre et 160 000 personnes auraient retrouvé un emploi depuis avril ; mais, d’un autre côté, jamais les créations d’emplois dans le secteur privé n’ont été aussi basses : 1 000 nouveaux postes de travail créés au troisième trimestre. Comment concilier les deux informations ? Au delà des habiletés statistiques, il y a un phénomène plus profond : les emplois créés ne sont pas, pour l’instant de vrais emplois, mais des emplois aidés, donc publics. Et on sait qu’il faudra un jour ou l’autre en payer la facture… en termes d’emplois.

 

9,6% de chômeurs : bon ou mauvais ? Vrai ou faux ?

D’abord, les bonnes nouvelles, du moins apparentes. Le nombre de demandeurs d’emplois, selon les statistiques du ministère du travail, ne cesse de diminuer en France et cela pour le huitième mois consécutif. Les statistiques pour novembre, qui viennent de paraître, indiquent une diminution de 28 200 du nombre de chômeurs, soit 1,2% de moins, contre un recul de 0,9% en septembre et octobre. Le nombre de chômeurs s’élève désormais à 2 329 900.

Mieux encore, Jean-Louis BORLOO, Ministre de l’Emploi, parle d’une « baisse continue du chômage » qui « confirme une tendance positive et durable pour le marché de l’emploi ». Il semble avoir raison, puisque, depuis le mois d’avril, on compte près de 160 000 chômeurs de moins. Cette amélioration concerne toutes les catégories de chômeurs : les chômeurs de longue durée comme les jeunes. Résultat ; le taux de chômage se réduit et atteint désormais 9,6% de la population active ; il était à 10,2% en avril.

Le premier problème, c’est qu’il faut tempérer cet optimisme. Certes, 9,6% de chômeurs, c’est mieux que 10,2%. Mais c’est beaucoup moins bien que l’Espagne, qui vient pourtant de plus loin que nous, et compte désormais 8,4% de chômeurs. C’est moins bien que la moyenne de l’Union européenne (à 15), soit 7,9% et surtout que le moyenne de l’OCDE (6,5%). C’’est surtout beaucoup moins bien que les Etats-Unis (5%), le Japon (4,4%) ou la Grande-Bretagne (4,7%). Le taux de chômage est donc encore double de ce qu’il est dans ces pays.

Ensuite, il faut compter avec les « petits » aménagements statistiques. Il y a quelques années, on comptait dans la catégorie 1 (celle qui dénombre « les chômeurs » en France) les personnes ayant travaillé plus de 78 heures dans le mois. Désormais, ces personnes sont classées dans une catégorie à part, et ne sont plus comptées dans ces statistiques mensuelles : cela fait environ 450 000 chômeurs de moins, ce qui fait une différence appréciable ! De même, on ne tient pas compte dans ces statistiques des personnes qui cherchent un emploi à temps partiel ou encore un emploi à durée déterminée : tout cela vient réduire le nombre de chômeurs. Mais ce n’est que du traitement statistique du chômage.

 

L’issue démographique est-elle réaliste ?

Un autre élément inquiétant est la structure du chômage. En dépit de toutes les mesures spécifiques prises à leur égard, le taux de chômage s’établit à 22,8% pour les moins de 25 ans (et plus encore pour les jeunes filles), ce qui, on l’avouera, est bien décourageant pour la jeunesse et lui offre peu de perspectives. L’obsession du premier emploi ou de la stabilité de l’emploi empêche les jeunes de se lancer sur un marché du travail vide d’offre d’emploi à leur portée. On comprend dans ces conditions que nombre des plus entreprenants partent travailler à l’étranger. En effet, dans la plupart des pays, il n’y a pas de sur chômage des jeunes. Il est vrai qu’il n’y a pas non plus de SMIC artificiellement élevé, qui exclut du marché du travail les plus jeunes ou les moins bien formés.

Cependant certains experts soutiennent que cette situation dramatique pour la jeunesse n’est que transitoire. Ils soulignent qu’on assiste depuis peu à des départs à la retraite massifs, libérant des postes de travail. Pendant le même temps, les jeunes candidats à l’emploi sont moins nombreux à arriver sur le marché du travail à cause de la baisse de la natalité depuis 30 ans. Résultat : la population active augmente de moins en moins. Il y a quelques années, elle augmentait de 200 000 personnes par an ; cette année, le nombre d’actif est pratiquement stable et dès les années suivantes, il va diminuer. L’issue du chômage des jeunes se trouverait donc dans les perspectives démographiques.

Nous voici en présence du type même de calcul à court terme et malthusien, comme si l’emploi était un facteur rare à se partager. A long terme, c’est l’inverse qui joue : ce sont les pays dont la population active augmente qui créent des emplois et de la dynamique économique, et ce sont les pays dont la population active diminue dont l’activité et l’emploi finissent par se contracter. A nos yeux, ce facteur n’est pas une bonne nouvelle, au-delà des effets à court terme, et annonce une reprise future du chômage.

 

A peine 1000 emplois créés au troisième trimestre…

Le fond du problème est bien sûr ailleurs : on doit remarquer que cette « diminution du chômage » s’est produite pratiquement sans véritable création d’emplois : 12 100 nouveaux postes de travail créés dans le secteur privé marchand au premier trimestre, 21 000 au second et 1 000 seulement au troisième. L’économie française ne crée pour l’instant pratiquement pas d’emplois. Alors pourquoi « moins de chômeurs » ? Le Figaro titre à ce propos : « le mystère de la baisse du chômage s’épaissit », tandis que les Echos reprennent la même expression : « Le mystère de la baisse du chômage ».

En réalité, il n’y a rien de mystérieux. La baisse du chômage ne s’explique que par la multiplication d’emplois artificiels, d’emplois aidés, donc d’emplois publics ou quasi-publics. Dans certains cas (contrats destinés aux jeunes) la prise en charge par l’Etat atteint 90% ! On a donc créé 115 000 emplois CAE (contrat d’accompagnement dans l’emploi), 120 000 emplois Civis (contrat d’insertion dans la vie sociale), sans parler des autres catégories. Seuls les emplois CNE (contrat nouvelles embauches) pourraient être de vrais emplois, mais en fait ils ne font que remplacer des CDD ou intérim classiques, sans création nouvelle.

Or tous ces emplois parapublics sont à terme créateurs de nouveau chômage : en effet, ils sont financés par des prélèvements obligatoires, qui détruisent autant d’emplois, à terme, dans le secteur privé. Il n’y a donc pas de création nette d’emploi, mais simple substitution, suivant la formule de BASTIAT « ce qui se voit et ce qui ne se voit pas ». Ce qui ne se voit pas, c’est que ces emplois publics détruisent l’emploi privé, le seul à être durable et créateur. Le mystère de la baisse du chômage s’éclaircit : elle provient de la multiplication des emplois publics et aidés, ce qui, à terme, se traduira par une future hausse du chômage. Mais l’essentiel n’est-il pas d’avoir de bonnes statistiques d’ici le printemps 2007 ? Après, on verra.

Le 10 Janvier 2006
 

 


 

 

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