MIRACLE IRLANDAIS ?
L’Irlande est à la mode et intrigue
nos confrères de tous horizons : Valeurs Actuelles y consacre son
éditorial et Le Monde une page entière (« L’Irlande, meilleur élève
de l’économie européenne »). Y aurait-il un « miracle irlandais » ?
Nous ne le croyons pas. Non que l’économie irlandaise se porte mal, au
contraire, c’est bien le meilleur élève de l’Europe. Nos confrères ont
raison. Mais parce que nous n’y voyons aucun miracle, seulement l’application
rigoureuse des enseignements de la science économique. S’il y a un miracle
irlandais, c’est le miracle du libéralisme qui, partout, crée richesse
et prospérité.
Le second PIB par habitant de toute l’Europe
On se souvient que l’Irlande a adhéré
à l’Union européenne en 1973. Elle était alors
un pays, comme le dit Valeurs Actuelles « pauvre et rural »
qui « payait encore les effets de sa politique protectionniste ».
C’était d’ailleurs, depuis toujours, une terre d’émigration. Mais l’adhésion
à l’Union européenne n’a pas suffi à déclancher une vraie dynamique,
ni même, dit notre confrère, à « la faire sortir de son sous-développement.
Pendant quinze ans, l’Irlande est resté un pays pauvre, inflationniste
et déficitaire ».
Quel contraste avec la situation actuelle !
Dès 1995, les Irlandais dépassent la Grande-Bretagne, pourtant en plein
essor, pour le produit intérieur brut par habitant. En 2005, la croissance
atteint 4,8% ; davantage qu’aux Etats-Unis et trois fois plus qu’en
France… Alors que l’Irlande était encore en queue de peloton il y a quinze
ans, elle se classe aujourd’hui en seconde position en Europe, juste après
le Luxembourg, évidemment imbattable.
Que dire de l’emploi, cet indicateur
si sensible pour les Français ? Le taux de chômage est de 4,3%, le
plus bas de toute l’Union européenne, inférieur
même à celui des Etats-Unis, comparable à celui du Japon. Cet effondrement
du chômage ne s’est pas fait dans un climat malthusien ou dirigiste :
pas question de traitement statistique ou social du chômage. Ce sont de
vrais emplois qui sont créés, et la population active a dépassé les 2
millions de personnes, soit deux fois plus qu’il y a quinze ans. Les Irlandais
veulent travailler, de plus en plus !
Immigration massive et équilibre financier
Mais il n’y a pas que les Irlandais
qui veuillent travailler : l’Irlande est devenue une terre d’immigration,
soit un renversement historique de situation. Selon Roger FOX, directeur
à l’autorité irlandaise pour la formation et l’emploi, cité par Le Monde,
« sans les immigrés, le pays manquerait de cerveaux et de bras ».
Il faut dire qu’un tiers des actifs sont des immigrants et il y a désormais
400 000 habitants non Irlandais, ce qui est beaucoup à l’échelle
du pays. 200 nationalités sont représentées : c’est dire que l’Irlande
attire des travailleurs du monde entier. Et bien entendu, cela ne pèse
en rien sur le chômage, tant l’économie est dynamique. Beaucoup viennent
des nouveaux membres de l’Union, (Pologne et
Pays Baltes) : il faut dire que l’accès au marché du travail est
libre. Chacun y gagne et ces étrangers trouvent des salaires cinq fois
plus élevés que chez eux.
Cela se fait-il au détriment des équilibres
financiers ? Pas du tout. Le budget 2006 est en équilibre, comme
l’était celui de 2005. La dette publique est seulement de 29% et s’est
beaucoup réduite, pour devenir la seconde
plus faible de la zone euro (la France est à plus de 65% du PIB). L’inflation elle-même reste raisonnable avec
2,7% de hausse des prix en 2005. Quant au commerce extérieur, signe de
compétitivité, il est excédentaire, alors que chez nous il atteint un
déficit historique.
Pas de miracle, mais simplement une politique libérale
Alors, miracle ? Évidemment pas.
Le gouvernement irlandais, après quinze années de stagnation, a su réunir
patronat, syndicats et partis politiques pour examiner la situation objectivement
et tous ont opté, comme le dit Valeurs Actuelles, pour « la méthode
REAGAN-THATCHER ». Non pas un miracle, mais tout simplement une politique
franchement libérale. « Déréglementation, baisses massives des impôts,
réduction des dépenses publiques, stabilisation des salaires », ouverture
internationale.
Il y a eu une baisse massive des charges
patronales, qui représentent 12% des salaires contre 50% en France !
Baisse massive également du taux d’impôt sur les sociétés, qui est tombé
à 12,5%, l’un des plus bas d’Europe, trois fois moindre qu’en France.
Au total les prélèvements obligatoires sont parmi les plus faibles d’Europe.
Il y a aussi une totale flexibilité
du marché du travail, avec des licenciements faciles, donc des embauches
faciles. Dans un climat de mutations rapides et de concurrence exigeante,
une entreprise n’embauche que si elle a la certitude de pouvoir licencier
en cas de retournement de situation. La flexibilité conduit
au vrai plein emploi, c’est ce que n’ont pas compris les ennemis des CNE
et des CPE, en attendant le CLE (Contrat Libre Embauche proposé par Jacques
Garello). Le gouvernement n’intervient pas dans les négociations
entre syndicats et patronat et ce sont des accords contractuels qui règlent
les salaires.
Enfin, c’est aussi en jouant sur l’ouverture
internationale que l’Irlande a
progressé : libre entrée des capitaux et des investissements étrangers.
Voilà un pays où l’on ignore le « patriotisme économique » et
où le gouvernement ne fait pas une crise nerveuse quand une entreprise
fait l’objet d’une OPA. Le Monde, pourtant très dirigiste, doit le reconnaître :
« La performance irlandaise repose sur un pilier central : l’investissement
étranger. L’Irlande a voulu devenir un paradis pour les investisseurs
et a su le rester. Elle a pour principal atout un régime fiscal attractif ».
Encore un miracle de la concurrence fiscale. 1 022 entreprises étrangères
se sont ainsi installées en Irlande, dont 120 françaises.
Il n’y a donc pas de miracle irlandais,
mais l’application rigoureuse des principes du libre marché. La classe
politique française, longtemps fascinée par les modèles étrangers (de
préférence socialistes), qu’ils soient chinois, yougoslave, soviétique
ou suédois, aurait tout intérêt à se tourner vers les expériences qui
marchent. Il n’en manque pas : Irlande, Danemark, Pays Bas, etc…Ce
qui marche, c’est ce qui est libéral. Ce qui ne marche pas, c’est ce qui
est étatique. Elémentaire, mon cher Breton.
Le 14 Février 2006
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