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HAUSSE DU SMIC DE 5,8%
Les derniers chiffres de l’INSEE sont
présentés comme un bulletin de victoire de la politique économique :
la croissance est là, avec 2,3% de hausse prévisible du PNB (on s’attendait
à 2,7) l’inflation n’est que de 1,7%. Bravo Sarko. En fait ces résultats sont simplement
dus à l’importance de la reprise mondiale, qui tire quelques uns de nos
secteurs. Mais comme aucun changement structurel n’est intervenu depuis
des années, cette embellie conjoncturelle reste et très fragile et très
incertaine dans les mois à venir. Surtout, l’INSEE n’a pas pu masquer
l’aggravation du chômage qui, en termes officiels, est maintenant à 10%.
C’est dans ce contexte que l’on annonce une augmentation du SMIC de 5,8%. Le gouvernement est fier ; les
syndicats sont ravis : au 1er juillet l’augmentation sera
de 2,1% à 5,8% suivant les cas. Il semble donc que ce soit une bonne nouvelle,
en particulier pour les salariés. C’est en fait une très mauvaise nouvelle
pour les salariés, car cela menace l’emploi ; c’est une mauvaise
nouvelle pour les entreprises, dont les charges augmentent encore ;
et c’est une mauvaise nouvelle pour les contribuables, puisque l’Etat
compense en partie cette hausse des charges. Au total, c’est une mauvaise
nouvelle pour toute l’économie. Le SMIC horaire à 7,61 euros (50 Francs) Comme chaque année, le salaire minimum
interprofessionnel de croissance -le SMIC- va être revalorisé au 1er
juillet. Le système est devenu très complexe, en raison du passage aux
35 heures à des dates différentes et de la volonté de diminuer la durée
du travail « sans diminution de salaire », ainsi que d’harmoniser
à terme les différents SMIC. La hausse est donc variable suivant la situation
de chacun. C’est ainsi que le SMIC horaire augmente
de 5,8%, passant à 7,61 euros. Il était encore à 6,13 en 1998, 6,41 en
2000, 6,67 en 2001, 6,83 en 2002 et 7,15 en 2003 : on mesure le chemin
parcouru et la hausse faramineuse en quelques années. La hausse sera de
3,7% pour les accords de RTT passés avant le 30/6/1999, de 3,3% pour les
accords passés entre le 1/7/1999 et le 30/6/2000 et ainsi de suite, jusqu’à
la hausse la plus faible pour les RTT décidées après le 1/7/2002. Du coup,
le SMIC mensuel variera suivant les cas entre 1 178 euros et 1 197 :
ce n’est pas encore la totale harmonisation. La hausse s’explique en partie par
l’évolution des prix. Ceux-ci ont augmenté de 0,4% en un mois (en mai,
dernier indice connu) et de 2,6% en un an ; mais la hausse des prix
prise en compte -par exemple avec un indice sans tabac- est finalement
de 2,1%. La clause de garantie du pouvoir d’achat n’est pas le seul facteur
explicatif de la hausse du SMIC. D’autres éléments sont pris en compte,
comme l’évolution du salaire moyen, de façon à resserrer l’échelle des
salaires. Et surtout il y a la volonté de faire converger l’ensemble des
SMIC au 1er juillet 2005, d’où ces hausses différentes suivant
les cas, ce que l’on avait déjà observé l’an dernier. En effet, la loi de réduction du temps
de travail (AUBRY 2) avait garanti aux salariés payés au SMIC le maintien
du salaire, (les 35 heures payées 39), une décision purement politique
du gouvernement JOSPIN, que le gouvernement actuel n’a pas remise en cause. Une véritable usine à gaz Ensuite, une loi de janvier 2003, donc
sous le gouvernement RAFFARIN, a programmé la convergence de tous les
différents SMIC (différents suivant la date de passage aux 35 heures)
en trois ans, grâce à des coups de pouce différenciés de 0 à 3,7%, s’ajoutant
à la clause de maintien du pouvoir d’achat. Le SMIC horaire -celui qui augmente
de 5,8%- concerne 1,09 million de salariés, à savoir essentiellement ceux
qui travaillent encore 39 heures par semaine. La rémunération augmente
moins pour les passages les plus récents aux 35 heures, car le SMIC mensuel
était déjà plus élevé que ceux qui sont passés plus tôt : d’où ces
progressions différenciées pour parvenir à terme au même SMIC mensuel
pour tous ceux qui sont aux 35 heures. Tout cela montre l’extraordinaire
complexité du système, véritable usine à gaz montée autour du passage
aux 35 heures : on nage en plein délire technocratique et bureaucratique. Un facteur de chômage massif Le gouvernement n’a pas manqué -il l’avait déjà fait l’an dernier- de se féliciter
de cette mesure sociale et de la porter à son actif ; les syndicats
eux aussi se réjouissent. Les uns et les autres font preuve d’une belle
hypocrisie, car chacun sait qu’en soi un salaire minimum, fixé par définition
au dessus de ce qu’aurait donné le libre marché, est facteur de chômage.
L’offre de travail des salariés augmente, la demande de travail des entreprises
diminue et il apparaît, comme à chaque fois qu’il y a un prix bloqué au
dessus du niveau d’équilibre, une « surproduction », un excès
de l’offre sur la demande, en l’occurrence ici du chômage. Le SMIC, toutes
les études le montrent, y compris par exemple celles de l’OCDE, est facteur
du chômage. C’est encore plus vrai quand le SMIC
augmente si rapidement et donc s’éloigne encore plus du niveau qu’aurait
donné le marché : cela provoquera un surcroît de chômage. En outre,
en France, les charges sociales (patronales et salariales) représentent
près de 80% du salaire net, ce qui s’ajoute au coût total pour l’entreprise.
Pour la plupart des salariés payés au SMIC, leur productivité est inférieure
à ce coût, charges comprises, d’où le chômage des travailleurs non qualifiés.
Y a-t-il de quoi se vanter ? Bien entendu, comme tout le monde sait
cela, les pouvoirs publics ont cherché, non à supprimer le SMIC ou à moins
le revaloriser, mais à compenser pour l’entreprise une partie des charges
nouvellement créées par cette hausse. (Mais il essaie de revenir en partie
sur cette baisse des charges). Evidemment, si la charge est allégée -partiellement-
pour l’entreprise, c’est que quelqu’un d’autre paie, en l’occurrence l’Etat. Mais l’Etat ne tire ses ressources
que des entreprises ou des ménages, par les cotisations et les impôts.
Cela représente par an près de 15 milliards d’euros, soit 100 milliards
de francs, pour compenser le surcoût des 35 heures. De quoi provoquer
un bel effet d’éviction qui, à son tour, se traduit indirectement par
du chômage. Le SMIC et la revalorisation du SMIC
représentent des mesures anti-sociales. C’est pourtant la réalité.
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