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| Nous n’avons cessé de critiquer les
politiques keynésiennes de relances budgétaires (explosion des dépenses publiques
et des déficits) et monétaires (baisse des taux d’intérêt) et nous nous sommes
demandés si la vraie menace, ce n’était pas l’inflation (4 avril). Cette analyse
est confirmée par les dernières évolutions de la politique monétaire avec des
politiques monétaires « non conventionnelles » : financer la dette
publique par création de monnaie et faire tourner, comme au bon vieux temps,
la planche à billets en soumettant les banques centrales au bon vouloir de la
classe politique : le plus court chemin vers l’inflation. Politique monétaire conjoncturelle ou automatique ? Tant qu’il existera des banques centrales,
ayant le monopole de la création de monnaie, il y aura le risque de politiques
monétaires non appropriées, et notamment d’une création excessive de monnaie conduisant
à l’inflation, puisque celle-ci « est toujours et partout un phénomène monétaire »
(Friedman). En attendant mieux (concurrence monétaire,
étalon or, etc.), un moindre mal consiste à retirer aux hommes politiques toute
influence sur la création de monnaie et à empêcher une politique monétaire conjoncturelle
(keynésienne, cherchant, en vain, à contrecarrer l’évolution économique) :
c’est ce que Friedman appelle la politique monétaire automatique : accroître
chaque année la quantité de monnaie d’un même pourcentage (règle du k%). « Remplacer
le gouverneur de la banque centrale par une exponentielle » : plus de
manipulation de monnaie. Le premier pas vers la sagesse avait
été franchi en rendant les banques centrales (notamment la Banque centrale européenne)
indépendante de tout pouvoir politique. La BCE s’était même un temps fixé un taux
de progression de la masse monétaire (et un objectif d’inflation limité à 2% par
an), mais avec la crise elle a rejoint les Américains en revenant à des manipulations
de taux d’intérêt. Aux USA, la FED était depuis longtemps championne de cette
politique et sa volonté de taux d’intérêt artificiellement bas, favorisant un
crédit irresponsable et bon marché, est largement à l’origine de la crise actuelle. Fausses créances ou vraies créances ? Comment font les banques centrales
pour créer cette monnaie ? Elles achètent des « papiers » représentatifs
de créances, c'est-à-dire de crédits accordés par les banques à l’économie ;
les banques se refinancent auprès de la banque centrale : en fait c’est elle
qui prend l’initiative en achetant ces « papiers », en les monétisant
(Open market). Dans ces conditions, comme Jacques Rueff le soulignait (« Rétablissez
l’ordre monétaire ou acceptez l’esclavage »), la qualité des créances est
fondamentale : si on monétise de « fausses créances », des crédits
peu fiables, n’aboutissant pas à des créations de richesses, on créé de la fausse
monnaie et de l’inflation. C’est vrai pour les créances du secteur privé; or,
les banques centrales achètent de plus en plus de créances douteuses. Mais cela pose la question des créances
sur l’Etat, car un déficit budgétaire financé par création de monnaie (la fameuse
« planche à billets » chère à notre IV° République) est par nature inflationniste,
puisque créant de la monnaie sans contrepartie de vraies richesses. Voilà pourquoi
cette piste avait été peu à peu abandonnée : plus les banques centrales devenaient
indépendantes des gouvernements, plus le risque que les gouvernements les obligent
à financer leurs déficits s’éloignait. Cela a volé en éclats avec la crise.
Les gouvernements, par leur relance budgétaire, ont fait exploser les déficits,
donc les emprunts. Les voilà qui s’affolent devant leur ampleur : la commission
européenne annonce une dette publique en France égale à 86% du PIB en 2010 ;
plusieurs Etats ont vu leur note, concernant la qualité de leur signature, dégradée ;
un nouvel emprunt d’Etat a été boudé en Angleterre ; le déficit américain
ou anglais (donc le financement nécessaire par emprunt) atteint 50% du budget !
L’épargne risque de ne pas suffire. Pourquoi ne pas recourir à la banque centrale,
à la création de monnaie ? Banques centrales et Grand Satan Il lui suffit de racheter massivement
des emprunts d’Etat, des bons du Trésor. C’est cela les politiques monétaires
« non conventionnelles ». C’est ce que viennent de faire le Japon, puis
le Royaume-Uni. En mars, les Etats-Unis à leur tour ont succombé à ce péché monétaire
en annonçant que la Fed allait acheter 300 milliards de dollars de bons du Trésor
américains à long terme. Jetant leur indépendance aux orties, les banques centrales
se mettent au service des Etats. Elles deviennent de simples relais de transmission
des Etats et de leur laxisme budgétaire. Elles espèrent aussi ainsi faire baisser
les taux longs, pour que les Etats puissent continuer à emprunter à bon marché. Le cas de la BCE est un peu à part,
car les traités garantissent son indépendance, contrairement aux souhaits des
hommes politiques. Mais la pression est de plus en plus forte. Faute de pouvoir
pour l’instant acheter des titres publics, elle a annoncé 60 milliards d’achats
d’obligations sécurisées ; mais les gouverneurs se déchirent : celui
de la Slovénie suggère d’acheter d’autres catégories de titres, dépassant les
60 milliards ; celui de la Bundesbank dit au contraire que c’est un maximum ;
celui de la Slovaquie n’exclut rien. C’est « la cacophonie publique
des banquiers de la BCE » ce qui n’est jamais bon pour la monnaie. De nombreux hommes politiques veulent
donner le coup de grâce et permettre à
la BCE d’acheter des titres publics, donc de financer les déficits budgétaires
par création de monnaie. La BCE y perdrait, avec son indépendance, toute crédibilité.
Le Monde va jusqu’a parler du « martyre des banques centrales », dans
un excellent article de P-A Delhommais, qui dit que plus qu’une crise du capitalisme,
la crise des subprimes apparaîtra comme « la conséquence du grand fiasco
des politiques monétaires ». « La gestion de la monnaie est redevenue
politique (…) avec les risques de perte de légitimité et de confiance » (donc
d’inflation) : « une sorte de grand bond en arrière monétaire ».
Retour à Napoléon. Le président Jackson avait refusé la création d’une banque
centrale car « le Grand Satan surgit d’une trop grande concentration
de pouvoir dans les mains de quelques uns ». Nous y voilà. La monnaie avait
échappé aux hommes politiques ; ils viennent de prendre leur revanche :
l’ours a repris la garde du pot de miel. Chacun en paiera la facture demain. Jean-Yves Naudet
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