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DÉVELOPPEMENT : LE RETOUR DE L’ÉTAT ? |
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Nous pensions que la cause était entendue,
tant les faits sont évidents : le développement est affaire de
liberté. Les pays émergents sont ceux qui ont mis en place les institutions
de la liberté, la propriété privée, la liberté des contrats. Il y a
pourtant beaucoup d’irréductibles, tels les membres d’une commission
créée par la Banque mondiale, qui remettent en cause le « consensus
libéral » et souhaitent une mondialisation « moins sauvage ».
Oui au marché… Les médias, Le Monde en tête, ont exploité
au maximum le « Rapport sur la croissance », commandé à un
groupe d’experts par la Banque mondiale. On y trouve deux prix Nobel
(Robert SOLOW et Michael SPENSE), mais aussi
le gouverneur de la banque de Chine et celui de la Banque Centrale d’Indonésie,
d’anciens premiers ministres de Corée et du Pérou, le Ministre des Finances
d’Afrique du sud et même un commissaire européen, en tout 21 membres,
pour cette commission « Croissance et développement ». Bien entendu, il y a dans ce rapport
un certain nombre de vérités ; les auteurs ne sont pas des trotskistes.
C’est ainsi qu’ils ne mettent pas en cause, du moins au niveau du discours
général, les fondements de l’économie de marché, estimant « nécessaire
de s’appuyer sur le marché pour assurer une allocation efficiente des
ressources », puisqu’il n’existe « pas de substitut efficace
connu ». Ils soulignent même qu’il y a une liste des bêtises à
ne pas commettre, passant en revue « les échecs de certaines politiques ». C’est ainsi qu’ils condamnent « les
interdictions ou les limitations d’exportations de produits dans le
but d’assurer des prix bas sur le marché intérieur » et ils chantent
les louanges de l’ouverture mondiale. Autre bêtise dénoncée : les
subventions à l’énergie, la réduction du chômage grâce au gonflement
de la fonction publique, ou la protection contre la concurrence assurée
à des secteurs entiers. Condamné aussi le contrôle des prix pour contenir
l’inflation, ou la mesure des progrès de …et surtout oui à l’Etat De quoi nous plaignons-nous ?
Nous tenons jusqu’ici le même langage. Ce qui nous gêne, c’est que ce
rapport remet en cause ce qu’il appelle « le consensus de Washington »
(que Le Monde qualifie de « fameux et très libéral »), influencé
par John WILLIAMSON à la fin des années 80, consensus « qui prônait
la réduction des déficits, des impôts et des dépenses publiques, l’accélération
des privatisations et des déréglementations ». Tout cela, c’est
fini pour nos rapporteurs : « la principale de nos conclusions
est que la croissance indispensable pour faire reculer la pauvreté et
assurer un développement durable réclame un Etat
fort ». Simple formule creuse ? Pas du
tout, le rapport poursuit : « Plus l’économie croît, plus
une administration publique active et pragmatique a un rôle crucial
à jouer ». Ce qui signifie quoi ? Le rapport n’a pas peur
des mots : « Une planification à long terme ». Et encore « Une
administration compétente, crédible et motivée » et surtout des
investissements publics dans les infrastructures, l’éducation et la
santé. Ils vont même jusqu’à dire que ces dépenses publiques « loin
d’évincer l’investissement privé, l’attirent ». Vous n’avez pas compris ? Le Monde
traduit pour vous : « La publication du rapport de la commission
croissance et développement sonne la fin du tout-libéralisme
en vogue depuis la fin du XX° siècle en matière
de politiques de développement économique. Elle annonce un nouveau consensus
pour une mondialisation moins sauvage ». Analyse diabolique, car
un rapport est transformé en « consensus », la situation actuelle
est qualifiée de « tout-libéralisme »
et la mondialisation libérale ne saurait être que « sauvage ».
Même Les Echos se laissent prendre au piège et titrent « Développement :
le grand retour en grâce de l’Etat »,
avec un surtitre « Le tout-libéral semble
passé de mode », ajoutant « c’est un peu comme si on tirait
sur une ambulance », l’ambulance étant le libéralisme !
En réalité, ce sont les pays qui ont
choisi la liberté économique, mesurée par un indice calculé chaque année,
qui ont accédé à un haut niveau de revenu par tête, comme l’indique
le graphique ci-contre. 13 pays ont eu en moyenne une croissance
supérieure à 7% pendant au moins 25 ans, de la Chine à la Corée du Sud,
en passant par Hong-Kong, le Brésil, Malte
ou Taïwan. Or
ce sont des pays qui ont
ouvert leurs frontières et se sont jetés dans la grande aventure de
la mondialisation. Ils ont privatisé, déréglementé, défiscalisé. Ils
ont bien choisi la voie libérale, celle du « consensus de Washington ».
Conclure de leurs expériences qu’il faut rompre avec le libéralisme
pour retourner à l’intervention étatique, au rôle de l’administration,
voire à la planification, est pour nous incompréhensible. Enfin la « commission d’experts »
en rajoute une couche en demandant de « contenir les écarts de
revenus ». Ils nient aussi la dimension institutionnelle du développement
en affirmant que le régime politique n’a pas d’importance, parti unique,
pluralisme ou technocratie. Or une technocratie excessive ne permet
pas aux bonnes institutions d’émerger. Et ils laissent même entendre
que la liberté, souhaitable pour « des marchés matures » ne
le serait pas pour des pays plus « fragiles ». Retour à l’Union
Soviétique ?
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