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BUDGET : LA REGLE D’OR |
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Au moment même où Bruxelles adressait
une « recommandation politique » à la France en raison de
nos déficits budgétaires excessifs, les députés discutaient du projet
de révision constitutionnelle, dont un article prévoit, à la suite d’amendements,
d’inscrire dans la constitution la « règle d’or », c’est à
dire l’obligation de l’équilibre budgétaire. Sur le plan économique,
ce serait la seule disposition intéressante -et libérale- de la révision
constitutionnelle. Mais la rédaction actuelle est très restrictive et
prévoit l’équilibre pour les seules dépenses de fonctionnement et sur
plusieurs années. Déficits incessants depuis 34 ans ! Le dernier budget français en équilibre
date de 1974, et encore a-t-il été conçu dans le cadre d’une politique
keynésienne de freinage. Voilà donc 34 ans que le budget français est
en déficit. Ces déficits successifs s’expliquent soit par l’incapacité
à réduire les dépenses publiques, dans le cadre d’une économie de plus
en plus étatisée, soit par une volonté délibérée de pratiquer une politique
de relance keynésienne, les dépenses publiques devant compenser l’insuffisance
de la demande privée spontanée (consommation et investissement). Aujourd’hui
plus personne, en dehors du FMI de DSK et d’une partie de la classe
politique française, ne croit aux vertus de la relance keynésienne,
le déficit n’a plus de raison d’être, en tant que politique économique
conjoncturelle. Mais reste un déficit structurel qui
s’explique par l’incapacité des gouvernements à réduire sérieusement les
dépenses et à les ramener, comme le demandait déjà TURGOT, « au niveau
de la recette ». Est donc en cause le manque de volonté des gouvernements
successifs : pour arroser les électeurs ou détendre le climat social
il est tellement plus facile de dépenser un argent que l’on n’a pas !
Ainsi va-t-on recourir à l’emprunt, ce qui ne manque pas d’aggraver le
poids de la dette et d’accentuer encore le déficit par le paiement des
intérêts. Actuellement le « service de la dette » (paiement
des intérêts) représente plus de 15% du budget, le deuxième poste après
l’Education Nationale. La dette reporte la charge sur les
générations suivantes, ce que Nicolas SARKOZY a dénoncé comme une « immoralité ».
Il faut donc arrêter la course à l’endettement. C’est d’ailleurs ce
que nous demande Bruxelles, dans la logique des traités européens. C’est
aussi ce que vient de promettre à nouveau François FILLON …pour 2012.
Voilà pourquoi, comme dans de nombreux
pays, certains hommes politiques veulent rendre ce retour à l’équilibre
définitif et obligatoire, en inscrivant le principe dans la constitution.
C’était l’un des thèmes de campagne de François BAYROU (le seul qui
lui ait valu une bonne note dans notre cotation libérale des candidats).
C’est une proposition reprise par le Nouveau Centre, et Nicolas SARKOZY
n’a pas voulu faire de la peine à ses amis (très troublés actuellement
par le refus de la proportionnelle) : on amendera la constitution.
Des déficits pour investir ? Jusque là, nous ne pouvons que nous
réjouir. Reste à discuter des modalités. En première lecture à l’Assemblée
nationale, cela a pris la forme d’un amendement à l’article 11 du projet
constitutionnel. Plusieurs propositions avaient été faites ; celle
qui a été retenue (les choses peuvent changer au Sénat ou en deuxième
lecture) tend à limiter l’équilibre budgétaire aux seules dépenses de
fonctionnement, excluant les investissements (système pratiqué par les
Anglais). Il semblerait moins anormal de financer l’investissement à
crédit, puisque les générations futures en bénéficieront : on prépare
leur avenir. Les études de l’IREF ont montré que le déficit français
ne s’expliquait pas par l’investissement, bien au contraire il représente
une part faible et décroissante du budget, au point que les équipements
collectifs dont l’Etat a la charge ne cessent de se dégrader. Chez nous,
le déficit c’est avant tout la masse salariale des fonctionnaires et
les dépenses « sociales » de redistribution. Nous déplorerons au passage que la
discussion parlementaire ait montré que certains avaient une conception
élastique de l’investissement. On a entendu des députés dire que les
dépenses de santé et d’éducation étaient de l’investissement (certes,
nous parlons d’investissement en capital humain), mais on voit que c’est
une manière d’adopter la règle d’or pour la contourner aussitôt. Si
l’on ouvre la boite de Pandore, tout est perdu. L’astuce de l’équilibre pluriannuel : comment légitimer à nouveau
les déficits Un autre élément, à nos yeux plus grave
encore, est le fait que la proposition retenue parle d’un « cadre
pluriannuel ». Le budget pourrait être en déficit un ou deux ans,
à condition d’être en excédent les deux années suivantes, assurant l’équilibre
à long terme : le tour est joué !
Cela évoque la vieille lune de la « flexibilité budgétaire
interne » (Haller, 1960), sommet de la politique conjoncturelle
keynésienne. Mais à ce jeu on risque de suivre la pente politique naturelle
qui sera de commencer par des déficits et de renvoyer à la suite les
excédents compensateurs. Cela convient au gouvernement actuel, qui renvoie
l’équilibre à 2012 et l’excédent éventuel au-delà, c'est-à-dire à la
législature suivante. L’ardente discussion à l’Assemblée
(plus de dix pages sur ce point dans le compte rendu des débats) est
d’ailleurs révélatrice : beaucoup (y compris le ministre du budget)
adoptent cette règle d’or à reculons, ne voulant pas priver le parlement
ou le gouvernement de leur liberté de choix. Par contraste, les auteurs
de l’amendement, plus lucides, ont compris que le déficit, ponctionnant
l’épargne, créait un effet d’éviction ralentissant la croissance. Ils
ont également avancé des arguments éthiques, Charles de COURSON allant
jusqu’à dire que nos petits enfants, ruinés par la dette que nous avons
créée, viendraient « cracher sur nos tombes ». Ne pas léguer
la dette à nos enfants, voilà, pour Gilles CARREZ, le vrai « développement
durable ». Pourquoi alors voter une règle d’or
si atténuée, largement vidée de sa substance ? Pas seulement par
nostalgie des politiques conjoncturelles ; mais aussi parce que
la règle constitutionnelle les obligerait à couper à la hache dans les
dépenses publiques. Ce serait une rupture trop douloureuse ! Il
faudrait pourtant, comme l’a dit Yves BUR, en finir avec la « facilité »
et inciter les députés « à la vertu ». On ne peut plus laisser
le budget aux mains percées des ministres et des députés, il ne faut
plus laisser le bol de lait à la portée du chat. |
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