SECU : LA TYRANNIE DU STATU QUO


La Sécurité sociale se rappelle au bon souvenir de nos gouvernants. Pourtant, elle n’avait pas été invitée pendant la campagne, les candidats gardant globalement un silence prudent, comme on le fait au pied d’un lit d’hôpital où agonise un moribond. D’ailleurs, dans notre notation des divers candidats, c’est dans le domaine de la protection sociale que Nicolas SARKOZY avait eu sa plus mauvaise note (ces notations figurent encore sur les sites www.libres.org et www.guideducandidat.org). Il faut maintenant se rendre à la réalité, et elle est cruelle :  il faut agir tout de suite pour sauver l’assurance maladie, et préparer une réforme des retraites plus profonde que celle organisée par les « lois FILLON ».

Assurance maladie : en soins intensifs

Lors de la récente publication des comptes de la Sécurité sociale, on apprenait que le déficit de l’assurance maladie, qui devait être encore de 3,9 milliards pour 2007, serait certainement plus élevé que prévu. Prudemment, la commission des comptes de la Sécu ne devrait se réunir qu’après les élections législatives, mais il semble bien que les clignotants soient à nouveau au rouge. Un dérapage d’un milliard de plus a été annoncé, puis on a dit entre 1 et 2 milliards de plus. Aux dernières nouvelles, ce serait plus vraisemblablement deux milliards de plus de dérapage. Le « signal d’alerte » vient de se déclencher. Il enjoint au gouvernement de prendre une initiative.

Pourquoi le déficit? Evidemment parce que les dépenses continuent à grimper. C’est le cas pour l’hôpital public, qui n’a aucun régulateur, mais aussi pour les dépenses de ville, qui ont progressé de 4,3% au premier trimestre et de 5,5% pour les douze mois se terminant en avril. L’objectif fixé par le parlement était une hausse de 1,1% : on en est fort loin.

Certes, nos dirigeants ont compris que les déficits publics étaient devenus un problème majeur et se transformaient en dette à charge des générations à venir. Le découpage ministériel en fait foi, puisque nous avons désormais un ministère des comptes publics, qui recouvre aussi bien les déficits du budget de l’Etat que ceux de la Sécurité sociale. Une prise de conscience, c’est mieux que rien.

 

Que les Français sachent ce que leur coûte leur « protection sociale » !

 

Tout le monde ignore le vrai coût de la Sécu. Le préalable à toute réforme de l’assurance maladie (et cela vaut pour la retraite, pour l’assurance chômage, etc.), c’est la connaissance par les Français du coût réel de la Sécu. Tant qu’ils l’ignorent, ils ne peuvent pas porter un jugement objectif sur « notre merveilleux système de Sécurité sociale que le monde entier nous envie ». La réponse est ici bien connue : c’est le salaire complet, somme du brut et des cotisations « patronales », figurant sur le feuille de paye, puis distribué au salarié, à charge pour lui de le reverser aux organismes de protection sociale. Pour l’instant, nous n’avons rien vu venir.

Et, pour l’instant, le gouvernement utilise les moyens classiques pour « sauver la Sécu ».

Pour l’assurance maladie, la seule proposition concrète, très discutée bien sûr, c’est l’instauration d’un ticket modérateur, d’une franchise, pour les principales catégories de dépenses médicales. Certes, cela peut contribuer à responsabiliser les malades, en leur faisant prendre conscience d’une partie du coût, qu’ils vont désormais supporter eux-mêmes.

Mais cela n’a rien à voir avec l’ampleur du problème, confirmée par l’énormité des déficits. Parce qu’on ne veut pas s’attaquer, tyrannie du statu quo exige, au fond du problème, qui est la pseudo gratuité et l’existence du monopole public de l’assurance maladie. Il faudra bien tôt ou tard s’attaquer au monopole étatique sur l’assurance maladie : un monopole public est toujours ce qu’il y a de plus bureaucratique, de plus coûteux, de moins efficace. Dans l’assurance maladie comme ailleurs, seule la concurrence peut faire baisser les prix et les coûts. On peut maintenir une obligation de s’assurer (pour éviter les comportements irresponsables), et laisser à chacun le choix de son assureur et du détail de la protection qu’il souhaite. L’exemple de la Suisse montre qu’un pluralisme dans ce domaine (il existe près de 100 possibilités différentes d’assurance maladie), permet à chacun de s’adapter, d’éliminer les gaspillages et de réduire les coûts.

 

Tourner le dos au statu quo

 

Le reste va ensuite de soi : retrouver la véritable médecine libérale, libérer les honoraires de toutes les professions de santé (il n’y a pas de vrai marché sans prix libres), en finir avec les privilèges de l’hôpital public, instaurer une véritable concurrence entre établissements publics et privés.  Bref en finir avec la socialisation de la médecine Privatisation, concurrence, liberté, les recettes sont toujours les mêmes. Malheureusement, de tout cela, nous n’avons pas entendu parler pendant la campagne, ni après l’élection. S’en tenir au ticket modérateur, c’est dérisoire et trompeur, car c’est laisser entendre que les solutions libérales consistent à faire payer les malades, alors qu’elles forment un tout et auraient pour résultat de faire moins payer chacun grâce à la concurrence. Dans ce domaine de l’assurance maladie, c’est donc bien le statu quo qui semble devoir l’emporter.

Il en est de même pour les autres branches de la protection sociale, les retraites comme l’allocation chômage. Le seul secteur qui devrait évoluer, faisons en tous cas crédit à François FILLON sur ce point, c’est celui des régimes spéciaux de retraite, qui devraient enfin être réformés, mettant fin à une inégalité entre les secteurs privilégiés et le reste des salariés.

Il reste quelques jours aux électeurs pour se rappeler au bon souvenir des candidats. C’est le moment de leur rappeler que s’ils sont élus, c’est pour une seule chose, faire les réformes dont la France a besoin. Et tourner le dos au statu quo. Cela signifie avoir le courage de tourner le dos au politiquement correct et en particulier aux diktats syndicaux. S’ils ont ce courage, la population les soutiendra durablement. Sinon…

Le 5 juin 2007
 

 
   


 

 

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