L’ECONOMIE FRANCAISE DEJA EN VACANCES
Pour ce dernier numéro de l’année avant
les vacances que prendront La Nouvelle lettre et le site Libres, nous
avons souhaité faire un point synthétique sur la situation de l’économie
française à la lumière des derniers indices connus. Nous aurions aimé
annoncer de bonnes nouvelles, mais la croissance est dans le rouge, le
moral des ménages à zéro et le commerce extérieur s’effondre, sans parler
du chômage qui, comme nous l’avons expliqué il y a quinze jours, ne s’améliore
pas vraiment. Et ce n’est pas ce qu’on nous annonce pour le budget 2007
qui va améliorer la situation.
Recul de la production industrielle
Dernier indice connu, celui de l’activité
industrielle, publié par l’INSEE. En avril, le recul, tous secteurs confondus,
atteint 1,4%. Si on calcule la production industrielle hors énergie et
industries agricoles et alimentaires, la baisse est encore de 0,7%. En
un an, (trois derniers mois comparés aux mêmes trois mois de l’année précédente)
la hausse n’est que de 0,1% pour l’indice d’ensemble –autrement dit une
quasi-stagnation- et de 0,4% hors énergie. Certains secteurs sont quasi-sinistrés,
comme l’automobile, qui recule de 10% entre février-avril 2005 et février-avril
2006. Même les biens de consommation ont vu leur production diminuer de
0,8% en un mois.
Manifestement, ce n’est pas un accident,
car l’évolution du produit intérieur brut dans son ensemble a été moins
importante que prévu et beaucoup moins que les cocoricos ministériels
ne le laissaient entendre. La hausse du PIB n’a été que de 0,3% au dernier
trimestre 2005 et de 0,5% au premier trimestre 2006, soit moins que dans
la zone euro, pourtant sinistrée par rapport à l’Amérique ou à l’Asie.
Commentaire du Monde « Croissance décevante, en France, en début
d’année ». Commentaire du Figaro « Le rebond de la croissance
moins fort que prévu ». Pire : la croissance du PIB pour 2005,
qui avait été annoncé à 1,4%, ce qui est extrêmement faible, aura finalement
été, tous calculs faits, de 1,2%.
Ce sont surtout les entreprises qui
se portent mal et l’investissement stagne ou recule suivant les secteurs.
Les dépenses d’équipement ont reculé de 0,1% au début de l’année et le
taux de marge est trop faible, en raison de la pression excessive des
coûts. Quant au pouvoir d’achat, conséquence de ce ralentissement général,
il s’est lui-même ralenti en 2005. Et le taux d‘épargne des ménages a
en conséquence baissé d’un point, passant de 15,8% à 14,9%.
Le moral des ménages en chute libre
Résultat de toutes ces mauvaises nouvelles,
les Français sont inquiets. L’enquête mensuelle de conjoncture auprès
des ménages publiée par l’INSEE pour le mois de mai montre un nouveau
recul de leur moral. Le solde entre les réponses positives et négatives
est nettement déficitaire, puisqu’il se situe à -30. On ne devrait pas
parler d’un moral à 0, mais d’un moral fortement négatif. Or cela intervient
après un rebond sensible pendant l’hiver. L’opinion des ménages sur l’évolution
de leur situation économique s’est donc brusquement dégradée. On sait
que cette opinion a une grande influence sur la conjoncture économique
future, car les ménages, comme les entrepreneurs, adaptent leur comportement
à leurs anticipations et à leur moral. Le niveau actuel est très bas et
très inférieur à la moyenne de longue période.
Autre signe de dégradation, l’évolution
dramatique de notre commerce extérieur. Certes, nous savons qu’un déficit
du commerce extérieur en soi n’a pas beaucoup d’importance, surtout dans
une situation où la monnaie n’est pas influencée par son solde (en raison
de l’euro). Sur douze mois, le déficit cumulé est de 24,54 milliards d’euros,
record historique (L’Allemagne a un excédent
de 155,7 milliards, signe d’une meilleure compétitivité).
En dépit de la baisse de nos achats
énergétiques, le déficit d’avril est de 2,28 milliards pour un seul mois.
Nous sommes sensibles au moindre événement et la coupe du monde de football,
entraînant une envolée des achats d’écrans plats, a contribué à creuser
notre déficit. Le problème n’est pas tant que nous importions plus, (11,3%
d’importations en plus en un an, tout de même !) mais que nous soyons
incapables de suivre au niveau des exportations. Sans le dynamisme des
ventes d’airbus (25 pour 12,8 milliards d’euros) et une commande exceptionnelle de portables par les
Polonais et les Espagnols, la situation aurait été encore pire.
Ce n’est pas ce budget qui nous sortira de l’ornière
Quant à la situation des finances publiques,
on connaît le problème : trop de dépenses, trop d’impôts, trop de
déficit, trop de dettes. Il y a
quelques jours, l’agence de notation Standard & Poor’s soulignait
que si rien n’était fait pour redresser la situation les obligations de
l’Etat français auraient perdu leur triple A en 2020 et seraient
dégringolées au rang de « junk bonds »
(obligations pourries) en 2030. L’explosion qui se poursuit des dépenses
publiques et en particulier des dépenses sociales ferait passer la dette
publique à 223% du PIB au milieu du siècle : une situation explosive
et impensable. Et même à 271% en cas de prime de risque !
Le budget pour 2007 permettra-t-il
de redresser la situation ? Tout d’abord, le problème de notre économie
n’est pas seulement budgétaire. Des réformes de fond s’imposent, sur le
plan des structures, des privatisations, de la concurrence, du système
de protection sociale, de la conception de l’Etat,
de l’ouverture des frontières, du marché du travail : ce n’est pas
un budget, même excellent, qui va régler tout cela.
Mais le budget 2007 va-t-il au moins
dans la bonne direction ? Certes, pour la première fois, les dépenses
vont diminuer en volume, c'est-à-dire en termes réels, puisqu’elles augmenteront
de 0,8% seulement en valeur, pour une inflation de 1,8%. Mais il aurait
fallu aller plus vite et plus loin : on assez parlé- les syndicats
se sont fait entendre- de la diminution de 15 000 du nombre de fonctionnaires :
c’est trois fois plus que l’an dernier (5318), mais ce n’est même pas
20% des départs en retraite de l’année (85 000) et pas même 1% du
nombre total de fonctionnaires. Il aurait fallu aller beaucoup plus loin
pour que les dépenses diminuent même en valeur. Et les collectivités locales
continuent à embaucher.
Mais que dire du coté des recettes :
rien n’est annoncé, pas de baisse sensible des impôts, pas de modification
nouvelle du barème et de sa progressivité, en dehors de la réforme annoncée
l’an dernier (tranche maximale à 40% plus la CSG, mais plus de diminution
de 20% de recettes). Or la baisse des impôts est la clef de la croissance
et de l’emploi : sans baisse des impôts, pas de développement de
l’offre. Voilà pourquoi l’économie française restera en vacances et ce
n’est pas ce budget qui la sortira de cette situation.
Le 27 Juin 2006
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