LE MEDEF MET CARTES SUR TABLE
C’est une véritable leçon d’économie
que vient de publier le MEDEF, sous la direction de sa Présidente Laurence
PARISOT, sous le titre « Cartes sur table ». Il s’agit du rapport
annuel de l’organisation patronale sur la situation économique de la France
et c’est l’occasion de rappeler quelques vérités sur notre pays. Tout
y passe, depuis la dérive des dépenses publiques jusqu’au fait qu’en France
on privilégie trop la demande, au détriment de l’offre, c'est-à-dire des
entreprises. Et c’est l’occasion aussi de rappeler l’importance du capital
humain et de l’investissement en capital humain, c'est-à-dire de l’éducation.
Faire de la pédagogie auprès des Français
Le rapport annuel du MEDEF sur l’économie
française (« cartes sur table ») n’est pas passé inaperçu :
« La France doit se préparer à un monde inédit » titre Le Figaro,
tandis que Les Echos précise : « Le MEDEF veut replacer la création
de richesse au cœur du débat économique ». Pour Laurence PARISOT
« Il faut dire ouvertement, méthodiquement et même loyalement à nos
compatriotes ce qu’est le monde inédit dans lequel nous vivons aujourd’hui.
La modernisation de notre modèle social ne pourra se faire sans renouvellement
de notre pensée économique ».
Le MEDEF veut « susciter des questions
et des réponses, faire de la pédagogie auprès des Français ». Autrement
dit, faire comprendre et aimer l’économie de marché. Ce que font déjà
de nombreux entrepreneurs, qui prennent courageusement position dans les
débats économiques, ce que nous avons souvent souligné ici en reproduisant
leurs propos. Faire de la pédagogie, c’est essentiel, et c’est ce que
nous faisons dans la Nouvelle Lettre et sur le site Libres, en expliquant
aux Français l’économie de marché et ses exigences. Nous ne pouvons que
nous réjouir de voir le MEDEF rejoindre ce combat pour la vérité.
Le MEDEF veut d’ailleurs aller plus
loin et va publier en octobre une livre blanc pour interpeller les candidats
à l’élection présidentielle sur les questions économiques. « Cartes
sur table » en donne en avant goût. Première constatation, selon
Pierre NANTERME, Président de la commission économique du MEDEF, le triptyque
8-4-2 : « 8% de croissance pour l’Asie, 4% pour les Etats-Unis
et 2% pour l’Europe ». « La division classique du marché du
travail avec d’un côté des pays riches qui maîtrisent la technologie et
laissent la production aux autres pays -les émergents- est en train de
disparaître. A la place, les pays émergents s’imposent par leurs compétences
et se placent du côté de l’intelligence, de la matière grise ».
Il n’est de richesses que d’hommes
Autrement dit, ce qui compte aujourd’hui
ce sont les hommes, c’est le capital humain. Et donc l’essentiel, c’est
l’éducation, véritable investissement en capital humain. Pourquoi forme-t-on
800 000 ingénieurs par an en Chine et 525 000 en Inde, contre
27 000 en France ? Et encore, selon L. PARISOT « l’état
de nos universités n’est-il pas la honte de notre pays ? ».
Pourquoi dépensons-nous moins pour nos étudiants que pour les lycéens ?
C’est un sujet que nous avons souvent traité et la réponse tient largement
dans le refus des financements privés.
Autre question fondamentale :
la dérive des dépenses publiques. Selon le MEDEF, depuis 1989, les dépenses
de fonctionnement de l’Etat ont augmenté de
47%, le PIB de 37% et les dépenses d’avenir (comme la recherche) de 16%
seulement. Autre constatation : depuis 1978, les dépenses sociales
ont été multipliées par 2,30 contre 1,7 pour la production marchande.
Voilà pourquoi l’économie française est malade : malade des dépenses
publiques, malade de l’Etat.
Autre faiblesse du système économique
et social français : commencer par distribuer avant même d’avoir
produit. Or pour le MEDEF, il faut « créer de la richesse avant de
la distribuer ».C’est l’une des erreurs fondamentales relevées par
l’organisation patronale « parler consommation et solidarité avant
de parler production et compétitivité ». Autre erreur « prétendre
que c’est l’Etat qui produit les emplois et
les revenus ».
Libérer les entreprises
Mais pourquoi la France est-elle en
retard dans le train économique mondial ? Réponse du MEDEF :
la politique menée par le gouvernement privilégie trop la consommation,
c'est-à-dire la demande, au détriment de l’offre, à savoir les entreprises.
En termes économiques, on raisonne encore avec les théories keynésiennes
suivant lesquelles la demande globale serait le moteur de l’économie.
La réalité voudrait que l’on s’appui sur les théories de l’offre suivant
lesquelles il faut privilégier la création de richesse puisque, comme
l’expliquait déjà Jean-Baptiste SAY, l’offre crée sa propre demande.
Mais comment encourager l’offre :
de deux façons. D’une part en la libérant des contraintes fiscales, comme
le démontre la courbe de LAFFER, c'est-à-dire en baissant les taux d’imposition,
et en réduisant les dépenses publiques. Et d’autre part en libérant les
entreprises des contraintes administratives et sociales qui les étouffent,
c'est-à-dire en déréglementant et en désétatisant. Il faut pour cela privatiser,
ouvrir à la concurrence, amender le droit du travail et la sécurité sociale.
Le MEDEF souligne les problèmes des
entreprises et l’affaiblissement des marges des sociétés, en raison de
la pression juridique et fiscale de plus en plus lourde qui pèse sur elles.
Oui, c’est essentiel car ce sont les entreprises qui créent richesses
et emplois. Il faut donc libérer les entreprises pour libérer l’économie.
Tout cela peut sembler manquer d’originalité
pour des libéraux. Mais le fait que ce soit le MEDEF qui l’affirme avec
lucidité et clarté est à signaler, après quelques décennies de passivité
résignée du patronat.
Nous nous
sentons désormais un peu moins seuls pour défendre et faire aimer l’économie
de libre marché, et nous nous trouvons naturellement engagés dans la lutte
contre l’ignorance économique qui permet aux ennemis de la liberté de
manipuler sans cesse l’opinion publique. Il est essentiel d’expliquer
aux Français que leur situation actuelle et leur avenir, que leurs emplois
et leurs revenus d’aujourd’hui et demain, dépendent de la mise en œuvre
rapide des réformes qui libèreront le pays. Il faut desserrer l’étreinte
idéologique qui pèse sur ce pays et qui dépasse largement hélas les frontières
de la gauche politique et syndicale. Cette première leçon d’économie par
le MEDEF est un pas important, et nous l’apprécions à sa juste valeur.
Le 20 Juin 2006
|