CHOMAGE : NON, RIEN N’EST GAGNE !


On nous persuade que le chômage est vaincu en France, et nos ministres se disputent la paternité de ce triomphe. Jean-Louis BORLOO y voit une consécration avant sa nomination comme premier ministre et Dominique de VILLEPIN y voit une raison d’oublier tous ses malheurs passés et de rester encore en place. Mais si on veut bien dépasser l’écume politicienne, comment caractériser la situation de l’emploi en France ? Seul BASTIAT nous permet, encore une fois, d’y voir clair, car il y a ce qu’on voit (210 000 chômeurs de moins) et ce qu’on ne voit pas (ce sont de faux emplois qui vont à terme provoquer…plus de chômage).

 

210 000 chômeurs de moins

Intéressons-nous d’abord à ce que l’on voit, c'est-à-dire aux résultats immédiats et officiels, avant de nous tourner vers la réalité plus profonde. Car c’est, rappelait encore BASTIAT, toute la différence entre un bon et un mauvais économiste : l’un s’attache aux résultats immédiats, l’autre aux réalités à long terme. Selon les chiffres publiés la semaine dernière par le ministère du travail, le nombre de chômeurs a diminué de 210 000 en un an.

Pour le seul mois d’avril, la baisse est de 1,1%, soit 26 300 demandeurs d’emplois en moins. Leur nombre s’élève désormais à 2 262 000, en données corrigées des variations saisonnières. Depuis le dernier pic (février 2005), la baisse est de 8,6%. Résultat, le taux de chômage est passé de 10,2% de la population active à 9,3%. L’amélioration est partout et c’est ainsi que le nombre de chômeurs de moins de 25 ans a diminué de 10,4% en un an.

Mais cela ne suffit pas à chanter victoire. Car, même si on s’en tient à ce qui se voit, il y a encore bien des faiblesses. C’est ainsi que le chômage des jeunes (de moins de 25 ans) touche encore 22% des actifs de cet âge. Et surtout, les comparaisons internationales sont sans appel. Le taux de chômage est en moyenne dans l’OCDE de 6,3% de la population active : nous sommes 50% au dessus. Il est de 4,6% aux Etats-Unis, de 4,1% au Japon, de 4,9% au Royaume-Uni. Il n’y a guère que l’Allemagne qui fasse aussi mal que nous, mais si on enlève la partie orientale (ex RDA), le chômage allemand est inférieur au nôtre.

 

Seulement 63 100 « vrais » emplois de plus

Mais que dire si on se tourne vers ce que l’on ne voit pas ? Il y a les radiations de statistiques, qui font que certains parlent de manipulation statistique. N’entrons pas dans la polémique. Mais il y a surtout le fait que le nombre de demandeurs d’emplois retenus par le ministère de l’emploi ne porte que sur la catégorie 1 : ceux qui sont sans emplois et recherchent un emploi à plein temps et à durée indéterminé. Avez-vous travaillé plus de 78 heures dans le mois ? Vous êtes rayé des statistiques : 400 000 chômeurs de moins. Cherchez-vous un  travail à temps partiel ? Vous n’êtes plus comptabilisé dans la catégorie 1. Cherchez-vous un emploi à durée déterminée ? Même chose. Etes-vous en stage ou en formation ? Pareil. Etes-vous Rmiste ? Même constat à plus des 2/3. A chaque fois, ce sont des centaines de milliers de chômeurs en moins qui passent à la trappe.

On peut en effet polémiquer sans fin sur les statistiques. L’important est de partir toujours de la même définition, ce qui n’a pas toujours été le cas. Ce qui est beaucoup plus intéressant, c’est de constater qu’en un an, l’emploi salarié a progressé de 63 100. A rapprocher de la réduction de 210 000 du nombre de chômeurs.  Au cours du dernier trimestre 2005, on avait créé 30 600 emplois salariés dans le secteur marchand. Au cours du premier trimestre 2006, la progression n’est plus que de 20 100 postes. La création d’emplois décélère.

Bien sûr, il y a des explications à ce mystère. La principale, c’est que la politique qui a été suivie a été dans le sens des emplois aidés. Et cela s’est accentué depuis l’abandon du CPE. Il y en a désormais prés de 300 000. Les emplois sont créés dans le secteur public et non marchand, à l’aide de subventions publiques. Ce ne sont pas de vrais emplois, ceux qui sont créés par le marché pour répondre aux besoins des clients. Ce sont des emplois artificiels. Et qui dit subventions dit  plus d’impôts. Et voilà où l’on retrouve BASTIAT qui avait démontré il y a plus de 150 ans que ces prélèvements allaient à terme détruire de l’emploi dans le secteur privé, puisque les impôts viennent réduire l’offre comme la demande. Les subventions et les impôts d’aujourd’hui, ce sont les chômeurs de demain. Voilà pourquoi nous sommes inquiets : ce sont de faux emplois qui ont été créés, pas des emplois « durables » pour reprendre un terme à la mode, mais des emplois qui vont créer demain du chômage durable.

 

Plus de retraités et moins de chômeurs ?

Mais il y a encore autre chose, c’est la situation démographique. On sait que les générations du baby boom arrivent désormais à l’age de la retraite depuis 2005 (ceux qui sont nés en 1945 ont eu 60 ans). Les départs en retraite sont donc massifs et désormais la population active n’augmente presque plus, alors qu’elle progressait jusque là de 200 000 par an. Dès les années suivantes, la population active française va diminuer.

Le gouvernement vient de faire une découverte : le « traitement social » du chômage a conduit à mettre à la retraite anticipée des dizaines de milliers de personnes compétentes et dynamiques. Ce qui grève le régime des retraites, et ce qui crée des chômeurs « séniors » parce que plus personne ne veut embaucher des gens qui disparaîtront de l’entreprise dans quelques mois. On commence donc à encourager les séniors et les jeunes retraités à reprendre un emploi, et pour ce faire on cherche à assouplir les conditions d’embauche : des « contrats dernière embauche » en quelque sorte : Souhaitons que le sort de cette initiative soit plus heureux que celui du CPE !

En conclusion, l’expérience prouve partout que ce sont les pays dont la population active augmente le plus vite qui ont le moins de chômeurs. Car la hausse de la population active permet de créer des richesses supplémentaires, ce qui finit par favoriser l’emploi. Par contraste, là où la population active diminue, le chômage finit par augmenter, car des pénuries sectorielles d’emplois se produisent. Voilà pourquoi il ne faut pas se réjouir de la diminution de la population active : elle n’apporte qu’une embellie statistique à court terme, sans lendemain et se paiera dans le futur en surcroît de chômage.

Au total, l’optimisme de nos ministres nous semble déplacé et nous sommes prêts à parier que si aucune réforme sérieuse du marché du travail n’est entreprise, le chômage repartira à la hausse à long terme. Par exemple après les élections de 2007. Au-delà des apparences, la réalité économique reprend toujours ses droits.



Le 13 Juin 2006
 

 


 

 

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