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SARKOZY ECRASE LES PRIX
Nous voici revenus en 1947. A cette
époque le socialiste Paul RAMADIER, ministre du ravitaillement, pour lutter
contre l’inflation, avait décrété une baisse autoritaire des prix de détail
de 5%. Le ministre de l’économie et des finances, Nicolas SARKOZY, vient
de renouer avec cette tradition. Pour faire baisser les prix il suffit,
pour le ministre, de réunir les parties concernées (industriels, distributeurs)
et de leur demander… de baisser les prix. Ils ne manqueront pas d’obéir
et de s’exécuter. Se croit-il encore au Ministère de l‘Intérieur, où il
suffit de sortir son sifflet à roulettes pour être obéi ? Le problème,
c’est que la vie économique est un peu plus compliquée que cela ;
s’il veut être obéi, le ministre devra tôt ou tard recourir à des mesures
coercitives, contraires aux règles de la concurrence. Le ministre devrait
savoir que nous ne sommes plus dans une économie administrée, où c’est
lui qui fixe les prix. Le monde a un peu changé depuis 1945.
C’est l’Etat qui empêche les prix de baisser
Le point de départ vient de la crainte
d’une inflation, jugée trop forte par les consommateurs et par les pouvoirs
publics. La hausse du niveau général des prix est environ de 2% par an,
soit en dessous de la moyenne européenne. Si l’on veut freiner les tensions
inflationnistes, c’est à la Banque Centrale Européenne de jouer, en réduisant
l’expansion de la masse monétaire.
Mais il est vrai que les consommateurs
ont l’impression que les prix montent plus vite, car les produits courants,
ceux que nous achetons de manière répétitive, progressent plus vite que
la moyenne. Il y a à cela des raisons précises, qui tiennent à la réglementation
française en matière de prix, et en particulier à la loi GALLAND. C’est
ainsi par exemple que non seulement il est interdit de vendre à perte,
mais encore que l’on n’a même pas - comme avant la loi GALLAND - la possibilité
de l’alignement, qui consiste à aligner le prix de vente d’un article
sur le tarif pratiqué par un commerçant voisin, même si cela conduisait
à vendre à perte.
De même, le nombre de grandes surfaces
pourrait être plus élevé - et donc la concurrence plus vive, alors qu’il
faut maintenant une autorisation pour les ouvertures de surfaces de plus
de 300 m2. Une solution de bon sens aurait consisté à modifier ces lois
qui limitent la liberté des distributeurs, de façon à accentuer la concurrence
et à favoriser les baisses de prix. En effet, dans une économie de marché,
c’est la concurrence qui pousse les entreprises et les commerces à s’adapter
sans cesse et à baisser les prix.
Baisser les prix de 3%, puis 5%
Mais Nicolas SARKOZY voit les choses
autrement. Il a préféré réunir - à grand spectacle - les industriels et
les commerçants et tous ceux qui sont concernés par cette question (représentants
des consommateurs, FNSEA, …). Et il leur a tenu un discours simple et
clair. Ils disposent de 15 jours - en l’occurrence jusqu’au 17 juin -
pour « se mettre d’accord » pour faire baisser les prix des
produits de consommation courante de 3% d’ici septembre et de 5% début
2005 (sur la base des prix de janvier 2004). Passons sur le fait qu’il
est pour le moins surprenant qu’un ministre incite les entreprises à se
mettre d’accord entre elles, ce qui est une étrange conception de la concurrence.
Ce sont les mêmes qui critiqueront les « ententes »…
S’il n’y a pas d’accord, ou si, après
accord, les objectifs ne sont pas respectés, le ministre passera « du
contrat à la coercition ». Bref, il imposera la baisse des prix,
en prenant les mesures administratives ou législatives nécessaires. Le
ministre donne même des « conseils » pour réaliser cette baisse.
Il met en cause les marges arrière, qui sont des sommes demandées par
les distributeurs aux industriels au titre de leur coopération commerciale
(mise en tête de gondole par exemple). Il faudra les remplacer par des
remises classiques, qui sont déduites du montant de la facture permettant
d’abaisser le seuil de vente à perte d’après la loi GALLAND, ce qui permet
de baisser les prix sans toucher à la loi. Modifier la loi GALLAND n’aurait-il
pas été plus simple et plus conforme à la liberté économique ?
D’autres mesures sont prévues, avec
en particulier la mise en place d’un dispositif d’observation des prix ;
on n’ose pas encore dire de contrôle des prix, c’est sans doute l’étape
suivante. Les marges arrière aussi seront surveillées, ainsi que les prix
des industriels. Bien entendu, un dispositif spécial est prévu pour les
prix agricoles qui, comme chacun le sait, ne sont pas des prix comme les
autres.
Le retour du contrôle des prix ?
En apparence une bonne nouvelle plus
structurelle : la suppression de l’autorisation nécessaire à l’extension
des supermarchés et hypermarchés. Mais la joie est de courte durée :
cela ne sera fait que sous réserve que la surface supplémentaire soit
consacrée aux produits régionaux et des PME. A quand la fixation de la
liste des produits à vendre par le ministère ? On pourra étendre
les surfaces de vente pour vendre des calissons et des berlingots, mais
pas autre chose…
Que signifie toute cette mascarade ?
On peut avoir affaire à une simple opération médiatique. C’est alors une
façon de désinformer le public, en lui faisant croire que c’est le ministre
qui a le pouvoir de fixer les prix et de les faire baisser, ce qui n’est
pas vrai. On voit mal les industriels et commerçants se prêter à cette
mascarade, mais on ne sait jamais. Ou bien le ministre sait qu’il ne se
passera rien d’ici 15 jours et qu’il faudra passer à la seconde étape.
Laquelle ? Deux possibilités.
Ou le ministre prend appui sur cet échec de la méthode pour modifier la
loi dans un sens plus libéral (abolition de la loi GALLAND, liberté d’installation
des grandes surfaces, etc.), mais alors pourquoi
ne pas l’avoir fait dès le début ? Ou le ministre, ce qui est dans
la logique de son discours, prendra des mesures plus « volontaristes »,
plus « coercitives ». Ira-t-il jusqu’à rétablir le contrôle
des prix de 1945, aboli pour l’essentiel en 1978 (MONORY) et 1986 (BALLADUR) ?
Mais, dans ce cas, la France ferait figure d’exception en Europe, ces
mesures seraient déclarées illégales et ce serait une rupture franche
avec l’économie de marché et de libre concurrence. Ce serait reculer
de 20 ans. Nous ne pouvons croire à cette hypothèse. Il est vrai que nous
ne pouvions croire, il y a peu, que ce gouvernement nationaliserait Alstom.
Il est clair en tous cas que l’on ne
doit pas enseigner à l’ENA le rôle des prix sur un marché : vecteur
d’information, d’incitation, d’adaptation. Et il est clair que ce dont
nos marchés ont besoin, c’est de plus de souplesse, de moins de contraintes
étatiques. Et pas d’un surcroît d’économie administrée. C’est la loi GALLAND
qui empêche les prix « abusivement bas », pas les distributeurs.
Cela tout le monde le sait, sauf la classe politique française.
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