LA CROISSANCE AMERICAINE PLUS FORTE QUE PREVUE


Bonne surprise aux Etats-Unis : le département du commerce vient de réviser en hausse son estimation de croissance pour le premier trimestre 2003. Contrairement à l’Allemagne et à une partie de l’Europe, qui connaissent une récession, les Etats-Unis devraient renouer avec la croissance, accentuant l’écart Europe-USA.

 

La croissance revue à la hausse : 4% en 2004

 

Le département du commerce avait annoncé une progression du PIB américain de 1,6% au premier trimestre 2003, en données corrigées des variations saisonnières et en rythme annuel. Ce chiffre était déjà considéré comme satisfaisant, compte tenu du contexte géopolitique, puisque ce premier trimestre correspond à une activité économique ralentie par l’attente, puis au début de la guerre avec l’Irak : on attendait bien pire. Or cette estimation vient d’être révisée à la hausse et elle a été relevée à 1,9%. C’est mieux que les 1,4% constatés pour le dernier trimestre 2002.

Mais c’est surtout beaucoup mieux qu’en Europe, puisque, comme nous l’avons expliqué il y a quinze jours, l’Allemagne connaît un recul de 0,2%. Pour l’ensemble de l’année 2003, l’OCDE prévoyait 2,5% aux Etats-Unis, et ce devrait être mieux encore compte tenu de ce redressement imprévu de début d’année. En 2004, la reprise battrait son plein avec 4,0%. Pendant ce temps, la zone euro aurait au mieux 1,0% de croissance en 2003, dont 0,3% en Allemagne et 1,2% en France. Même en 2004, la reprise devrait être en Europe beaucoup moins sensible qu’aux Etats-Unis et atteindre, si tout va bien, 2,4%, soit environ la moitié de la croissance américaine.

La plupart des indicateurs sont en hausse aux USA et c’est en particulier le cas pour la consommation des ménages. C’est d’autant plus remarquable que l’on croyait que les ménages, tétanisés par l’approche de la guerre avec l’Irak, allaient stopper leur consommation. Or il n’en a rien été et celle-ci progresse de 2% contre 1,4% de prévu dans la première estimation.

 

 

Aucune déflation en vue

 

On notera que dans ces estimations trimestrielles, le « déflateur implicite du PIB » -ce qui correspond en gros à une mesure de l’inflation- a progressé de 2,5%. Ces résultats confirment l’analyse de Jacques GARELLO la semaine dernière dans son éditorial : avec une croissance sensiblement positive du PIB et une hausse des prix de 2,5%, on voit mal comment on pourrait avec sérieux parler de déflation, comme certains observateurs l’avaient fait.

En revanche, les chiffres de l’investissement ont déçu : les investissements des entreprises ont baissé de 4,8% en premier trimestre. Mais on peut faire deux remarques : d’une part ils avaient progressé le trimestre précédent de 2,3% et même de 6,2% pour les seuls biens d’équipements et logiciels : ce recul vient après une hausse. Et surtout l’investissement est le point le plus sensible à la conjoncture géopolitique. Partout dans le monde, il a reculé face à l’incertitude sur ce qui allait se passer au Proche-Orient. Désormais cette incertitude est levée de manière positive ; gageons que l’investissement va repartir. D’ailleurs, les profits eux-mêmes progressent, même si c’est modestement, ce qui est bon pour le financement des investissements.

Enfin, certains s’inquiètent de la situation de l’emploi. Il est vrai que le chômage a augmenté ces derniers mois et que des emplois ont été détruits. Le taux de chômage atteint désormais aux USA 6% de la population active. Mais là encore, ce taux est bien faible par rapport à l’Allemagne (9%) ou à la France (9,3%). Et surtout la création d’emplois est très rapide aux Etats-Unis en cas de reprise, en raison de la flexibilité du marché du travail, très supérieure à celle de l’Europe. Dès que l’économie sera repartie, le chômage va sensiblement reculer aux Etats-Unis.

 

Des baisses d’impôts qui préparent l’avenir

 

Les bonnes orientations de l’économie américaine vont-elles se confirmer à plus long terme ? Le Président BUSH a su prendre les mesures qui favoriseront une reprise durable. C’est surtout vrai pour les réductions d’impôts. Certes, il avait souhaité au départ diminuer sur dix ans les impôts de 726 milliards de dollars. Cela ne se fera pas, en raison de l’opposition des démocrates, mais aussi des hésitations de certains républicains qui avaient peur du déficit budgétaire. Comme certains européens, nombreux sont aux Etats-Unis ceux qui croient qu’on ne peut baisser les impôts qu’en période de croissance, alors que c’est la baisse des impôts qui favorise la croissance.

En dépit de ces oppositions le Président BUSH a pu faire voter une baisse d’impôts de 350 milliards de dollars. Il vient de signer la loi prévoyant ces réductions. Et le plus intéressant, c’est que plusieurs de ces mesures sont rétroactives et s’appliqueront dès le 1er janvier 2003. Comme l’a souligné le Président BUSH « aujourd’hui j’autorise le département du Trésor à envoyer des chèques allant jusqu’à 400 dollars par enfant à 25 millions de ménages habilités à les recevoir. Ces chèques commenceront à arriver en juillet ». Plus généralement, ces baisses d’impôts concernent l’imposition des dividendes et des plus values, ainsi qu’une augmentation des parts familiales pour enfants à charge et des dotations pour amortissements des entreprises.

Ces baisses massives d’impôts ne sont pas prises dans une perspective keynésienne, pour relancer la demande, mais dans une logique de l’offre : on peut inciter ménages et entreprises à gagner plus d’argent en créant des richesses nouvelles, à entreprendre et à travailler plus, à investir et à épargner, etc…

En Europe, et particulièrement en France, il n’est pas sérieusement question de baisser les prélèvements obligatoires, contrairement aux Etats-Unis. En refusant les réformes de structures et les politiques appropriées, celle-ci refuse de préparer l’avenir, et si elle profite en 2004 de quelques miettes de la prospérité américaine, elle n’échappera pas pour autant au chômage massif ni aux déficits publics.

Le 13 juin 2003

 
   


 

 

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