RELANCER LA RELANCE ?


En dépit de plans de relance par la demande d’une ampleur sans précédent, la récession n’a pas été pour l’instant surmontée. Les résultats du premier trimestre 2009, qui devraient intégrer les premiers effets bénéfiques des plans keynésiens, sont pires que prévus. Pourtant, on nous avait expliqué que seule une relance de la demande pouvait permettre d’obtenir des effets immédiats, puisque seul compte le court terme, contrairement aux politiques de l’offre, qui agissent plus lentement (et « à long terme nous serons tous morts », comme le disait Keynes). Les prévisions pour 2009, intégrant les effets des plans de relance, sont tout aussi mauvaises. Faut-il relancer la relance ?

 

Des déficits qui peuvent atteindre 50% du budget !

Les premiers plans de relance datent de l’automne 2008. D’emblée, presque tous les gouvernements ont écarté les plans visant à encourager l’offre par une baisse des impôts et une déréglementation. Ces mesures de fond n’auraient pas agi assez vite, disait-on, et tous les socialistes tenaient enfin leur revanche sur les années Thatcher et Reagan : grâce à la crise, on pouvait faire rentrer par la fenêtre l’Etat que l’on avait chassé par la porte. L’urgence impliquait, disait-on, une politique à effets rapides, donc une politique keynésienne de relance par la demande. Le seul débat toléré était celui du choix entre la relance de la consommation des ménages et celle des investissements publics.

La mécanique keynésienne est en route depuis six mois au moins : dépensez est le mot d’ordre, dépensez sans efforts, ne prenez pas de peine, l’économie suivra. Les plans les plus modestes ont porté sur des dizaines de milliards, d’autres sur des centaines. Le  cas  américain  est  intéressant : George Bush lui-même s’y était mis, poussé par le Congrès, et Obama s’est empressé de relancer à son tour cette relance. Personne ne réalise l’ampleur de ces plans : aux Etats-Unis (en Angleterre aussi), la relance par les dépenses publiques mène le déficit à 12% du PIB cette année ; comme le budget est environ de 20 à 25% du PIB, cela signifie que le déficit atteint en gros 50% du budget ! Quand les Anglais ou les Américains ont 50 de recettes fiscales, leur Etat en dépense 100. Difficile d’aller plus loin. C’est sans précédent.

 

Le remède n’a eu aucun effet positif

Le malade va-t-il survivre à ce traitement de cheval ? Si les recettes keynésiennes avaient une part de vérité, les effets auraient dû être immédiats : la baisse de la TVA en Angleterre, les remboursements d’impôts aux USA, auraient dû se traduire immédiatement par une explosion de la consommation des ménages. Les résultats du premier trimestre devaient donc marquer le succès de cette politique. Les résultats tombent les uns après les autres : ils sont catastrophiques. Aux Etats-Unis, la chute du PIB a été de 6,1% au premier trimestre, presque comme au dernier trimestre 2008 (-6,3%), tandis que l’investissement recule de 38% : relancer la consommation n’a eu aucun effet, sauf pousser vers le bas des investissements !

Les autres pays suivent le même chemin. Vous êtes trop impatients, nous dit-on. La relance keynésienne, nous dit-on encore, permet une reprise à court terme, mais le court terme peut être un peu long : il faut des mois pour que cela marche. Voilà que l’on redécouvre la théorie des « lags » (délais) de Friedman, qui pour sa part avait conclu à l’inefficacité de toute politique conjoncturelle.  Regardons les prévisions pour l’ensemble de l’année 2009, revues par les divers organismes internationaux (FMI, OCDE) et intégrant les effets sur un an des plans de relance : le FMI annonce – 5,6% pour l’Allemagne ; une semaine plus tard le gouvernement allemand rectifie : ce sera – 6%.  Recul du PIB de 8,9% en Irlande qui n’a pourtant pas lésiné sur la relance et les déficits. L’ensemble de la zone euro sera à – 4,2%. Le Japon à – 6,2%. On pourrait multiplier les exemples.

Le seul point commun, c’est que ces prévisions sont pires qu’avant l’annonce des plans de relance, alors même que les modèles prévisionnistes ont un biais keynésien ! Conclusion de nos bons keynésiens (socialistes français en tête) : c’est que les plans ont été trop timides ; il faut d’urgence relancer la relance, augmenter les dépenses publiques. C’est au point que l’OCDE, dans le cas de la France, a dû mettre en garde contre tout nouveau plan de relance.

 

Les plans de relance, c’est Chantecler

Mais les keynésiens ont de la répartie : vous êtes encore trop pressés ; les plans de relance vont faire redémarrer l’économie en 2010. Il faut laisser du temps au temps. Voilà du court terme qui dure. Oui, mais les prévisions pour 2010 ne sont pas optimistes non plus. Certes, il faut se méfier des prévisions, tributaires des modèles utilisés. Mais en gros on annonce pour 2010 une croissance zéro aux USA, un recul de 0,4% dans la zone euro et 0,5% de croissance au Japon. Le résultat est bien maigre pour des plans de relance aussi massifs.

Bien entendu, la croissance finira par revenir. On dira alors que c’est grâce aux plans de relance. Mais les plans de relance et leurs auteurs sont comme Chantecler, le coq qui croit que c’est son chant qui fait se lever le soleil. Les dirigistes pourront crier victoire, comme ils l’ont fait avec le New Deal, alors même qu’en 1937-38, le chômage était toujours élevé et la crise n’était pas achevée. Comme la guerre est survenue entre-temps, et que l’économie s’est transformée dans ce seul but, on a oublié cet échec et on a commencé à raconter cette belle histoire, faite pour endormir les enfants.

Il en ira de même cette fois-ci. Mais il y a une différence : c’est que l’ampleur de ces plans, le gouffre des déficits publics, l’endettement qu’ils impliquent, le retour aux « politiques monétaires non conventionnelles », ce qui veut dire au financement des déficits publics par la création de monnaie, tout cela va durablement dérégler nos économies : nous aurons à en payer le prix, en inflation, en remboursement de la dette, s’il n’y a pas eu banqueroute entre temps, en manque d’épargne pour les investissements productifs, toutes choses qui retarderont une vraie reprise ou la rendront fragile et déséquilibrée.

Mais le but essentiel sera atteint : les hommes politiques auront donné le sentiment qu’ils « maîtrisaient la crise ». Il est vrai que dire « reposez-vous, dépensez, l’Etat paiera », c’est plus porteur politiquement que de dire « travaillez, prenez de la peine ».

 

Jean-Yves Naudet

Le 19 mai 2009  

         
 
  


 

 

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