L'ALLEMAGNE FAIT MIEUX QUE LA FRANCE : POURQUOI ?


 

Nous avions expliqué il y a quinze jours que les nouveaux gouvernants avaient de la chance, car l’environnement international leur serait très favorable : jamais la croissance mondiale et le commerce international ne se sont si bien portés. Seule ou presque, la France, faute de réformes, est en retard sur ses partenaires.

L’écart se creuse avec notre principal partenaire économique, l’Allemagne. Il y a quelques années la République Fédérale avait aussi choisi le mauvais chemin et jusqu’à une période récente elle payait ses erreurs de politique économique par une stagnation et du chômage (voir notre article de conjoncture du 18/11/2006 : « Jeux de dupes à Berlin »). On peut se demander si, en dépit de ces erreurs, la conjoncture allemande n’est pas en train de se retourner, tandis que la France demeure la seule à refuser les réformes nécessaires auxquels les Allemands se sont finalement résignés. Pour combien de temps encore ? SARKOZY fera-t-il aussi bien que le « socialiste » SHRÖDER ?

 

Le chômage en recul rapide

 

Les nouvelles qui viennent d’Allemagne depuis quelques mois sont meilleures. C’est tout à fait évident en matière d’emploi. Il faut rappeler qu’en 2005, il y avait encore plus de 5 millions de chômeurs, chiffre considérable, le plus élevé depuis la guerre.

Or, depuis deux ans, le chômage ne cesse de diminuer. En avril, le nombre de chômeurs vient de passer sous la barre des quatre millions avec 3 967 000 demandeurs d’emplois. En deux ans, la baisse est de 1,1 million et en un mois, la diminution est de 140 000 personnes. C’est le niveau le plus bas depuis 2002. Ce chiffre devrait passer en dessous de 3,5 millions l’an prochain, meilleur chiffre depuis dix ans. Désormais, le taux de chômage allemand (8% en 2008) est inférieur à celui de la France, en dépit du désastre économique de l’ancienne RDA. Mieux encore, les offres d’emplois ont plus que doublé en deux ans et le chômage des jeunes s’effondre. C’est au point que les tensions salariales augmentent.

Cette évolution est d’abord à rapprocher de la hausse de la croissance en Allemagne. Alors qu’elle était inférieure à celle de la France (2% dans notre pays en 2007), les cinq grands instituts de conjoncture ne cessent de réviser ce chiffre à la hausse et la croissance du PIB devrait être d’au moins 2,4% en 2007 comme en 2008 : ce n’est pas énorme, mais c’est assez pour réduire le chômage. Cette croissance est saine, puisque, comme dans toute la zone euro, l’inflation reste sous contrôle, surtout à cause de la concurrence mondiale : 1,8% de hausse des prix en 2007 comme en 2008.

 

Les erreurs de politique fiscale

 

Certes, le gouvernement de coalition, sous l’influence des socialistes, a commis des erreurs, notamment en matière fiscale. Au 1er janvier 2007 les Allemands ont subi une hausse brutale du taux de TVA de 16% à 19%. Cela leur coûtera sans doute au moins un demi point de croissance. Mais cette hausse du taux de TVA s’est accompagnée d’une baisse importante d’autres impôts et en particulier de l’impôt sur les sociétés, qui, passant de 38,65% à 29,83% ramène l’Allemagne dans la moyenne européenne. Il est question de réduire l’impôt sur le revenu, bien que l’idée de la « flat tax » proposée naguère par la CDU bavaroise ait été abandonnée.

Par contraste, la politique budgétaire a été bien menée. Le déficit public qui était, avec le déficit français, l’un des plus importants d’Europe, a été rapidement réduit. Alors qu’il dépassait il y a peu les 3% du PIB, il est tombé à 1,7% seulement en 2006, puis à 0,6% en 2007 et l’on annonce un déficit zéro, autrement dit l’équilibre budgétaire l’an prochain, l’Allemagne rejoignant ainsi les onze autres pays européens ayant un budget excédentaire. Le résultat a été obtenu grâce à une stabilisation des dépenses publiques, en dépit des promesses électorales, et il est même question de les réduire. D’autre part, la croissance a provoqué une sorte de « cagnotte fiscale ». La dette publique va donc diminuer. Mais pourquoi la croissance ?

 

Les réformes du marché du travail : les lois Hartz

 

Le retournement conjoncturel allemand est essentiellement le fruit des réformes du marché du travail, entreprises à l’époque du gouvernement social-démocrate du chancelier SCHRÖDER, qui a suivi les conclusions de la Commission Hartz (rapport déposé en 2002) et a fait adopter par le Bundestag antérieur deux séries de lois. Les deux premières concernent le sort des chômeurs. Les allocations pour les chômeurs de longue durée avaient été très fortement réduites, pour inciter ceux-ci à retrouver au plus vite du travail. Les « agences pour l’emploi » ont également été rendues plus efficaces, les reclassements se sont accélérés, et le travail au noir a été pourchassé.

Les deux dernières concernent la rémunération des personnes qui essayent d’échapper au chômage à travers le travail intérimaire (très libéralisé) et l’acceptation d’un bas salaire. Tout argent gagné au-delà de l’allocation chômage est exonéré d’impôt et de charge : de quoi inciter les chômeurs a accepter les « petits boulots » si décriés en France, mais qui sont souvent la première marche vers une réinsertion complète dans les entreprises.

Disposant à nouveau d’une main d’œuvre disposée à travailler parce qu’elle y a intérêt, les entreprises allemandes ont pu retrouver leur dynamisme et leur compétitivité. L’Allemagne accumule, en dépit de la hausse de l’euro, les excédents commerciaux record, alors que la France accumule les déficits. Les exportations allemandes sont plus solides, mieux orientées par produit et par pays que celles de la France : le commerce extérieur est l’un des vrais moteurs de l’économie allemande en raison de la productivité de ce pays et des forts investissements des entreprises.

 

La France sera-t-elle seule à refuser les réformes ?

Maintenant que l’élection présidentielle est passée, même si les législatives sont encore devant nous, il n’est que temps de rompre avec le passé et de pratiquer les réformes nécessaires. Si nous voulons rattraper l’Allemagne, il faudra aller plus loin qu’elle dans les réformes : sur le marché du travail, dans la fiscalité, dans l’éducation, dans la protection sociale, dans l’Etat : moins de déficits, moins de dépenses publiques, moins d’impôts. Le monde entier se réforme. La France va-t-elle rester seule à refuser les réformes nécessaires ?

Le 15 mai 2007
 

 


 

 

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