« UN AN DE PERDU, UN DE PLUS »
On nous permettra – une fois n’est
pas coutume – d’emprunter notre titre de conjoncture à un journaliste
du Monde. Il s’agit d’Eric LE BOUCHER, qui tranche un peu par rapport
à ses confrères : il comprend les mécanismes économiques et connaît
les faiblesses du keynésianisme (son ouvrage « Economiquement incorrect »
a été sélectionné par l’ALEPS pour concourir
pour le prix du livre libéral). La thèse de son article : nous voici
désormais à un an des élections présidentielles, et aucune réforme sérieuse
ne sera entreprise : « Encore douze mois vides, dans un monde
qui n’attend pas ». La France reste crispée sur ses exceptions et
ses « avantages acquis ».
La politique économique s’est résumée à la relance conjoncturelle
Pourtant, les événements extérieurs
et les menaces ne manquent pas. Eric LE BOUCHER en cite quelques unes :
celle de l’Iran comme celle de POUTINE ; la Chine et les Etats-Unis
qui font la course en tête et discutent seuls de l’avenir du monde ;
les organisations multinationales qui prennent l’eau (qui sait encore
à quoi sert le FMI et comment éviter le prochain échec de l’OMC ?) ;
l’Europe qui est en panne ; le pétrole qui s’envole ; l’euro
qui repart à la hausse : « mais la France ne voit rien, ne parle
de rien, ne compte pour rien. Elle passe de la crise des banlieues à celle
du CPE, du CLEMENCEAU à l’affaire Clearstream ».
Et voici que maintenant le débat présidentiel
s’amorce : il tourne autour des questions de personnes, du trio harmonique
CHIRAC-VILLEPIN-SARKOZY et du couple infernal Ségolène ROYAL–François
HOLLANDE. La seule information qui peut retenir l’attention d’un économiste
est que le projet de la dame sera « socialiste, contrairement à celui
de JOSPIN » ; voilà qui promet. Eric LE BOUCHER espère une évolution
dans le débat, et pense que l’on en viendra finalement aux problèmes de
fond. Les Français pourraient enfin comprendre la vérité de notre situation,
et la façon de repartir sur de bonnes bases en 2007.
Nous ne partageons guère cet optimisme,
et il nous semble plutôt que 2006-2007 sera une nouvelle année perdue...
en attendant la prochaine.
En revanche nous partageons le diagnostic
d’Eric LE BOUCHER sur le passé, qu’il décrit avec réalisme comme divers
économistes, dont Patrick ARTUS. La vérité saute désormais aux yeux de
tous les gens de bonne foi, qui nourrissaient naguère quelque illusion.
La vérité c’est que, depuis trente ans, les gouvernements successifs nous
ont fait perdre notre temps : « soit la politique économique n’a
eu comme seul objet que la relance conjoncturelle, soit ses motifs étaient
idéologiques, contraignant les successeurs à en réparer les effets ».
Nous avons perdu trente ans
En clair, nous avons fait alterner
le keynésianisme conjoncturel avec le marxisme pur et dur. Parfois nous
avons même eu les deux, comme en 1981 : la relance de la « consommation
populaire » et des dépenses publiques avec les nationalisations.
Et nous ne nous en sommes pas encore totalement remis. Quant à la « droite »
-cela a commencé avec CHIRAC sous GISCARD-, elle a simplement fait du
« stop and go », faisant alterner
freinage keynésien (1974) et relance keynésienne (1975), sans toucher
aux problèmes de fond. « Jamais il ne fut question d’une réflexion
sur les problèmes structurels de long terme (vieillissement, mondialisation,
élargissement de l’Union européenne) ».
Pourquoi ces erreurs ? Parce qu’on
s’est focalisé sur la défense du « modèle social français».
Or « si l’on veut cesser de se bercer d’illusions à crédit, l’urgence
impose de regarder le social comme un problème non secondaire mais aujourd’hui
second. Il faut produire avant de redistribuer ». Faut-il d’ailleurs
redistribuer ou simplement distribuer aux facteurs de production ce qui
a été produit ? Quels sont alors les vrais problèmes structurels ?
LE BOUCHER rappelle que pour enrichir
un pays, il faut travailler plus ou travailler mieux (gains de productivité).
Or, contrairement aux autres pays, nous avons fait le contraire, « par
réflexe malthusien, le France vire ses vieux, bloque ses jeunes, restreint
ses taux d’emploi, ferme ses frontières et limite ses gains de productivité.
Il faudrait faire exactement l’inverse ». Ensuite, il faut développer
la recherche et pour cela « faire comprendre à nos champions du CAC
40 que leur avenir ne dépend plus de l’Etat,
pour la recherche comme pour le reste ».
La société civile éclairant l’opinion publique
Enfin « la pression fiscale est
élevée alors que l’élargissement européen a entraîné une concurrence entre
les 25 ». L’Etat et ses dépendances « pompent
50% de la richesse nationale », soit beaucoup
plus que nos voisins européens ou que les nouveaux adhérents de l’Est. Il y aurait là beaucoup à dire, depuis la nécessité absolue
de réduire la progressivité de l’impôt, dans la perspective ultérieure
d’une flat tax, jusqu’au recul drastique de
nos dépenses publiques, de nos déficits, de notre dette et de nos prélèvements
obligatoires.
Conséquence de tous ces refus :
elles se résument en un chiffre selon LE BOUCHER : « année de
baisse après année de baisse, entrecoupées de courtes périodes de légères
remontées, l’investissement des entreprises a reculé de 23% depuis 1990.
Un quart de moins ! Faut-il chercher ailleurs une explication du
chômage et du malaise national ? Produire en France ? Non merci.
Trop compliqué, trop peu attractif, trop peu rentable ». Et la classe
politique s’amuse à dénoncer les profits scandaleux du CAC 40, alors que
le taux de marge de nos sociétés stagne en France et progresse ailleurs.
Il faut donc cesser de se préoccuper
de la demande, pour se tourner vers l’offre et ses fondements microéconomiques,
comme l’incitation à entreprendre ou à investir. Comme l’a rappelé Manuel
BARROSO devant l’Assemblée Nationale en janvier
dernier, ce sont les entreprises qui créent richesses et emplois (alors
que les manifestants anti CPE protestaient contre
ces sales patrons qui ne songent qu’à licencier).
Tout cela est connu mais il est bon
que cela soit dit, y compris dans Le Monde, journal favori de nos énarques.
Quant à nous, nous savons que pour convaincre la classe politique il faut
passer par la société civile. Celle-ci doit s’exprimer, notamment à travers
les entrepreneurs et les instances patronales. Elle doit aussi s’exprimer
dans les travaux préparés actuellement par les penseurs libéraux (à commencer
par ceux de l’ALEPS bien sûr) qui peuvent éclairer
l’opinion publique sur les erreurs du passé, les angoisses du présent,
et les espoirs du futur. Car il y a un futur, et un espoir. Si les Français
pouvaient enfin ouvrir les yeux, l’année qui s’annonce pourrait ne pas
être totalement perdue... Nous nous y employons.
Le 16 Mai 2006
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