COMMERCE MONDIAL : PLUS DE 10 000 MILLIARDS DE DOLLARS


Record battu : jamais le niveau du commerce mondial n’a été aussi élevé. Il poursuit sa progression et a encore augmenté de 6% en 2005, dépassant les 10 000 milliards de dollars. C’est le signe que la mondialisation se poursuit et s’intensifie, avec tous ses effets bénéfiques sur la croissance et le développement, en particulier en Asie. On ne peut que s’en féliciter. Mais les forces politiques sont aussi à l’œuvre et les tentations protectionnistes ne sont pas rares, et pas seulement en France, comme le montre le cycle de Doha au sein de l’OMC.

 

Hausse de 6% des échanges en 2005

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) vient de publier les chiffres des échanges mondiaux pour 2005 (« Statistiques du commerce mondial ») et les prévisions pour 2006. Le commerce international a franchi la barre symbolique des 10 000 milliards de dollars (8 273 milliards d’euros) pour les seules marchandises (agriculture et industrie, donc sans même compter les services).

Certes, on observe un léger ralentissement, en particulier dans l’Union Européenne, qui reste à la traîne en termes de croissance. Les échanges mondiaux en valeur ont progressé de 13% en 2005, contre 21% en 2004, et en termes réels, c'est-à-dire en volume (inflation déduite) de 6% en 2005 et de 9% en 2004. Ce qui est intéressant, c’est que dans tous les cas cette croissance des échanges est à peu près du double de la croissance économique, ce qui signifie que chaque pays exporte (et importe) une part croissante de son produit intérieur brut : l’interpénétration des économies s’accentue. La hausse des échanges en 2005 est de toutes façons supérieure à la moyenne des dix dernières années : elle reste donc soutenue.

Pour 2006, la progression devrait se poursuivre, et l’OMC anticipe une hausse en volume de 7% des échanges, en légère accélération sur 2005, ce qui est bon pour la croissance économique. Quant aux services, qui s’ajoutent aux mouvements de marchandises, ils sont eux aussi en hausse rapide (11% en valeur en 2005) et ils atteignent les 2 400 milliards de dollars, qu’il faut rajouter aux 10 000 milliards de dollars des marchandises.

 

Le libre-commerce soutient l’activité

Pour les seules marchandises, le principal exportateur reste l’Allemagne, avec 9,3% du commerce mondial, suivie par les Etats-Unis, avec 8,7% (la différence étant que les Etats-Unis sont premiers pour les importations, avec 16,1% des importations mondiales, contre 7,2% pour l’Allemagne, seconde). C’est dire que, contrairement à ce que l’on affirme parfois un peu vite, les Etats-Unis sont loin d’avoir perdu la main et de jouer un rôle mineur dans les échanges mondiaux : leurs exportations ont progressé plus vite que la moyenne mondiale.

On notera la belle troisième place de la Chine, avec 7,3% des exportations et 6,1% des importations, puis la quatrième place du Japon, avec 5,7% des exportations et 4,8% des importations. Pour sa part, la France est  cinquième, avec 4,4% des exportations et  4,6% des importations. On remarque ensuite les Pays-Bas, puis le Royaume-Uni, l’Italie, la Canada et la Belgique dans les dix premiers.

Cette croissance rapide des échanges internationaux est pour beaucoup dans le maintien d’une croissance économique élevée sur le plan mondial : les échanges extérieurs constituent un facteur explicatif majeur du développement et le commerce est la meilleure forme d’aide vis-à-vis du tiers-monde. Importer permet de se procurer équipements ou matières premières dont on a besoin pour la croissance, et exporter vers l’étranger permet d’écouler l’offre ainsi produite. La grande différence entre la crise de 1929 et des années trente et la crise que l’on a observée au moment de chocs pétroliers, c’est que dans les années trente, chacun s’est réfugié derrière ses frontières, en raison du protectionnisme, ce qui a peu à peu détruit la croissance, alors que depuis trente ans, les échanges internationaux ne cessent de progresser, constituant un facteur majeur de la croissance et du développement.

 

Les tentations protectionnistes n’ont pas disparu

On en trouve une nouvelle preuve dans le rapport qu’a publié le même jour la Banque asiatique de développement sur les 43 pays d’Asie. Ce qui frappe, c’est la corrélation qui existe dans cette région entre l’acceptation du libre-échange,  et donc le développement du commerce international, et la croissance économique. En 2006, la croissance du PIB devrait être de 7,2% en moyenne dans la région Asie, dont 9,5% en Chine et 7,6% en Inde. Sans la liberté des échanges, jamais ces pays n’auraient connu un développement aussi spectaculaire. L’Asie a dégagé en 2005 un excédent commercial de 192 milliards ! Par contraste, les pays plus protectionnistes d’Afrique connaissent une moindre croissance des échanges et donc une moindre croissance tout court.

La mondialisation est-elle donc sans nuages ? Pas tout à fait, car tout le monde n’accepte pas de jouer le jeu, efficace, mais exigeant, de la liberté des échanges. On voit très bien, à l’occasion des négociations qui se poursuivent au sein de l’OMC, en vue du cycle de Doha, que certains freinent le plus possible. Les pays riches restent protectionnistes sur le plan agricole, l’Europe bien sûr, mais aussi les Etats-Unis et le Japon. Cela prive les pays pauvres de débouchés importants et constitue une concurrence déloyale à leur égard.

D’autre part, certains pays pauvres refusent eux aussi de jouer le jeu du libre échange et se montrent assez protectionnistes sur le plan industriel reprenant la veille thèse, pourtant démentie par les faits, du nécessaire protectionnisme pour protéger les « industries dans l’enfance ». La réalité est évidemment inverse et aucun pays ne s’est jamais développé en fermant ses frontières. Quant à la France, elle refuse traditionnellement  le libre échange pour l’agriculture, mais aussi pour la culture. Elle va plus loin maintenant en invoquant le « patriotisme économique ».

Il y a longtemps que la crise économique est terminée sur le plan mondial, sauf dans la vieille Europe et dans la partie protectionniste du tiers-monde. Partout ailleurs, la croissance est forte. Cette croissance vient largement du dynamisme des échanges mondiaux. Céder à la tentation protectionniste, c’est clairement à terme remettre en cause ce dynamisme de l’économie mondiale. C’est vers plus de libre-échange et de mondialisation qu’il faut au contraire aller pour garder à l‘économie mondiale tout le dynamisme dont elle a besoin pour absorber les chocs qu’elle subit, notamment avec l’énergie et les matières premières.



Le 2 Mai 2006
 

 


 

 

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