LA CHINE, MOTEUR DE LA REPRISE ?
La reprise viendra un jour, nécessairement :
les crises se terminent toujours. Ce qui est sûr, c’est que cette reprise ne viendra
pas des plans de relance de la demande, ni de l’action des grands organismes internationaux
comme le FMI. En revanche, tous les prévisionnistes s’accordent pour dire qu’elle
devrait venir des pays émergents et en particulier de la Chine. Ce n’est pas un hasard, car ces pays
émergents ont tout misé sur l’ouverture internationale et l’acceptation du libre
marché. Dans une économie mondialisée, la reprise chinoise pourrait entraîner
le reste du monde. Contraste entre l’OCDE et le BRIC Il y a les chiffres et il y a les commentaires.
Il faut toujours être prudent du côté des chiffres et des prévisions économiques,
en raison de la faiblesse des modèles utilisés. Mais lorsque les écarts sont énormes
entre pays, il y a nécessairement un fond de vérité. Dans l’ensemble de l’OCDE
(pays développés) la production (PIB) devrait reculer en 2009 de 3% selon la
Banque Mondiale et de 4,3% selon l’OCDE. Pour 2010, les prévisions sont plus
contrastées : croissance de 1,5% pour la BM, recul de 0,1% pour l’OCDE. Dans les
deux cas, les Etats-Unis devraient s’en tirer mieux que la zone euro, ce qui est
déjà une indication intéressante : c’est l’économie la plus souple, la plus
adaptative, la plus flexible, qui limite le plus les dégâts. Mais le contraste est surtout saisissant
avec les pays émergents. La Chine, qui a connu 9% de croissance en 2008,
devrait avoir encore 6,5% de hausse du PIB en 2009 et 7,5% en 2010 : on est
loin de l’effondrement annoncé par certains, on est loin de la récession (qui
implique une croissance négative, au moins deux trimestres
de suite), ne parlons pas de la dépression annoncée par les plus pessimistes.
La Chine n’est pas un cas isolé. L’Inde, autre géant économique de demain, aurait
4,0% de croissance en 2009 et 7,0% en 2010 : le redressement est sensible
et on voit avec ces deux exemples que l’importance considérable de la population
n’a pas empêché, au contraire, le dynamisme économique. Si l’on termine le tour du BRIC (Brésil,
Russie, Inde, Chine), on voit que la croissance y est moins brillante que dans
les deux pays ci-dessus, mais meilleure qu’en Occident. Le Brésil connaîtrait
une quasi-stagnation en 2009 (0,5%), mais une reprise sensible en 2010 (3,5%).
La Russie
est la plus touchée (-4,5% en 2009, soit une forte récession), mais reviendrait
à 0 en 2010. Si l’on s’en tient aux quatre pays du BRIC, ceux qui s’en sortent
le mieux sont ceux qui sont les plus ouverts aux échanges internationaux et ceux
dans lesquels l’Etat intervient le moins dans le domaine économique. La Russie,
encore très étatisée, fortement interventionniste, avec un grand nombre d’entreprises
publiques, très protectionniste, le confirme a contrario. De la même façon, le
discours très idéologique sur l’augmentation de l’écart entre pays riches et pays
pauvres est particulièrement daté et n’a plus de sens aujourd’hui. Si un écart
se creuse, c’est entre pays libres et pays non libres, comme le montrent les indices
de liberté économique. La Chine se redresse Du côté cette fois des commentaires,
nos confrères sont bien obligés d’accepter ces réalités : « Selon l’OCDE,
la Chine se redresse, mais les économies industrialisées
plongent », pour Le Monde, qui parle aussi, à propos de la Chine du « bon élève de l’économie
mondiale ». Le Figaro fait le même constat : « La Banque
mondiale voit déjà la Chine rebondir », parlant d’une « reprise
de l’économie chinoise en milieu d’année ». Les Echos ne sont pas en reste :
« La reprise chinoise devrait sauver une partie de la croissance asiatique ».
C’est indiscutable et dès 2009, l’ensemble de l’Asie de l’Est connaîtra 5,3% de
croissance. Mais il nous semble que la Chine, l’Inde et les autres ne vont pas
seulement tirer la croissance asiatique, mais toute l’économie mondiale :
elles ne se contentent pas de vendre, elles achètent aussi. Bien entendu, les
premiers signes de sortie de crise qui se manifestent ici ou là vont permettre
aux keynésiens inconditionnels d’affirmer que ce redressement est dû aux plans
de relance de la demande et aux déficits publics, sans oublier les politiques
monétaires de faible taux d’intérêt. Ceux-là affirmeront que la différence entre
1929 et 2009, c’est que nous avons tiré les leçons de la grande dépression. C’est
faux, car tous les historiens sérieux montrent que les politiques de relance des
années 30, du type New Deal, ont aggravé la crise, et que celle-ci n’était pas
résolue à la veille de la guerre. Pourrons-nous monter dans le train de la reprise ? Quelle est alors la différence entre
1929 et 2009 ? Patrick Chalmin, dont nous ne partageons pas toutes les analyses,
a une remarque fort judicieuse : « Notre avantage sur nos devanciers,
qui ont subi la crise de 1929, est que nous avons la Chine ». On peut élargir la perspective :
la différence, c’est d’une part que nous avons les pays émergents, d’autre part
que nous avons eu la sagesse, pour l’instant, en dehors de quelques crispations
ponctuelles, d’échapper au protectionnisme. Il est vrai qu’au niveau mondial, c’est
aussi la diversité qui domine : pays en grandes difficultés, comme en Afrique,
en raison de l’absence d’état de droit et de libertés économiques ; pays
émergents, adaptatifs, qui surmontent les premiers la crise ; pays développés
depuis longtemps, mais favorisant les libertés économiques (comme les USA, ou
les pays européens hors zone euro) ; pays développés à économie administrée,
à fort secteur public, à prélèvements obligatoires très élevés, comme la France. La reprise sera donc tirée par les
pays émergents. Mais profitera-t-elle à tous ? Globalement, oui, par le biais
de la reprise future des échanges internationaux. Mais certains seront plus aptes
que d’autres à y répondre. En France les rigidités administratives, sociales et
fiscales, sont telles que nous aurons du mal à monter dans le train mondial de
la reprise. En 2010, rester sur le quai signifierait stagnation, chômage, déficit
budgétaire et dette publique. Nous sommes engagés dans une politique de relance
sans issue, il serait temps d’en venir le plus tôt possible à libéraliser notre
économie.
Jean-Yves Naudet Le 28 avril 2009 |