SAUVES PAR LE FMI


Jacques Garello a commenté (« Du jamais vu ») le fameux sommet du G20, avant que la Nouvelle lettre et Libres.org ne partent en vacances de Pâques. Il semble bien qu’au-delà des mesurettes, des décisions politiquement correctes (paradis fiscaux), des confirmations (5000 milliards de plan de relance, annoncés au préalable) et des bonnes nouvelles sur le libre-échange, il y ait un grand vainqueur : le FMI. Le voilà doté de nouveaux moyens et chargé d’un rôle central. Cela fera des dépenses en plus et plus de bureaucratie, cela contentera DSK et cela n’aura aucun effet bénéfique sur l’économie mondiale.

 

Le FMI seul vestige de Bretton-Woods

Tous nos confrères d’accord : « Le FMI acquiert un rôle central et gagne des moyens considérables » (Les Echos) ; « Le Fonds monétaire international placé au centre de la régulation mondiale » (Le Monde) ; « Le FMI sera le pilier de la relance économique mondiale » (Le Figaro). Du coup, DSK a été la vedette de la semaine qui a suivi le G20 : interviews dans tous les journaux, hausse dans les sondages ; il va sauver le monde, tel Superman, et, lorsqu’il aura fini, en 2012, il viendra sauver la France.

Le FMI existe depuis 1944 et les accords de Bretton-Woods ; c’est la seule survivance de ces accords monétaires. Il est représentatif de ces grandes bureaucraties internationales, fournissant du travail et des revenus élevés aux bureaucrates (2 400 salariés). Il est sensé fixer les règles du jeu du système monétaire international, mais en réalité, surtout dans un système de changes flottants, il ne contrôle rien du tout : sa seule vraie décision, le 1e avril 1978, a été d’officialiser la généralisation des changes flottants, qui, de fait, existaient déjà.

Certes, il reçoit des cotisations des membres (des quotas), et accorde des aides financières, non pour le développement, mais pour aider à passer un cap difficile (comme un déficit des paiements, un besoin de devises) ; il accompagne ses « aides » de conditions sur le redressement du pays : les gouvernements du  tiers-monde  mettent  leurs  plans  d’austérité  sur  son  dos,  pour  ne  pas paraître les avoir décidés eux-mêmes. Enfin, le système de double vote est complexe (un pays une voix, mais aussi un autre vote, proportionnel aux quotas) : voilà pourquoi il est quasi-impossible de se mettre d’accord. Si on a la majorité des quotas (les plus riches), on n’a pas la majorité des pays (les plus pauvres) ou inversement.

 

« Le seul inconvénient est le risque inflationniste »

Le « budget » du FMI est environ de 250 milliards. Après le G20, ses ressources vont tripler, passant à 750 milliards. Une partie viendra d’emprunts, sous forme bilatérale, fournis par le Japon et l’Europe essentiellement (100 milliards chacun) : encore de l’argent mis artificiellement en circulation. Jacques Rueff parlait déjà il y a 50 ans « des plans d’irrigation pendant le déluge ». Il pourra aussi vendre son or (403 tonnes), ce qui risque de faire chuter les cours et de diminuer les recettes. Il y aura aussi 250 milliards de « nouveaux apports d’emprunts » provenant de 26 pays créditeurs : toujours des liquidités. Des pays comme la Suisse, montrés du doigt, vont-ils obtempérer ?

A ces 750 milliards, il faut ajouter une création purement artificielle : 250 milliards de DTS en plus, monnaie de réserve créée de toutes pièces en 1967, reposant sur un panier de devises. Certains, comme les Chinois, rêvent de voir les DTS remplacer le dollar, mais les sommes sont faibles par rapport aux dollars en circulation et les DTS ont tous les défauts du constructivisme : création purement fictive ne reposant sur aucune réalité. Mais toujours des liquidités en plus. Destinées à qui ? On n’en sait rien. DSK a ce commentaire étonnant : « Cela crée une liquidité internationale supplémentaire. Le seul inconvénient est le risque inflationniste, mais il est aujourd’hui limité ! Cela revient aussi à faire fonctionner le FMI presque comme une banque centrale ». Voilà qui nous rassure tout à fait !

Et puis ? C’est à peu près tout. Les dirigeants du FMI seront désormais choisis « en fonction de leur compétence » et non de leur nationalité. DSK ne s’est pourtant pas vexé. Et la régulation dans tout cela ? On croyait que le FMI serait le cœur de la nouvelle régulation fondant le nouveau capitalisme. Le Monde l’affirme : le FMI « se trouve propulsé par le G20 au poste de superviseur de l’économie et de la finance mondiale ». Il a été investi « d’un rôle de vigie pour détecter à temps les périls et de supervision renforcée des nouvelles régulations financières ».

 

Yes, we can

Il est vrai que Le Monde ajoute que cela signifie que le FMI « est prié de sermonner » même les Etats-Unis… Si c’est juste un sermon, cela nous inquiète moins. D’ailleurs DSK lui-même a pris soin de déclarer au Figaro, à propos de la régulation mondiale : « On a souvent voulu attribuer au FMI un tel rôle. Je ne suis pas sûr que l’on ait besoin d’un grand régulateur au niveau mondial. Mais de toute façon, ce n’est pas notre mission ». Patatras. Voilà les illusions qui s‘effondrent : si les socialistes eux-mêmes ne veulent pas d’un grand régulateur mondial, où allons-nous ? Pour ajouter à la confusion, le communiqué officiel du G20 précise que « des régulations et une vigilance renforcées doivent promouvoir la propriété, l’intégrité et la transparence » et notamment « encourager la discipline de marché ». Si c’est cela, la régulation, alors vive la régulation !

Bien entendu, nous ne sommes pas naïfs, tout cela est de la communication politicienne. Comme la déclaration finale dit tout et son contraire, on peut très bien demain avoir une vraie régulation capable de paralyser l’économie. Mais ce qui nous inquiète le plus, c’est ce que dit la déclaration du G20 sur le rôle des institutions financières mondiales (FMI compris) pour soutenir la croissance « en aidant à financer les dépenses contra cycliques, la recapitalisation des banques, les infrastructures, le financement du commerce international, le soutien de la balance des paiements, le renouvellement de la dette et l’aide sociale » ! Vaste programme.

Le FMI ne sauvera pas la planète ; mais il va contribuer encore un peu plus à l’illusion d’une relance par la demande, financée par création monétaire. Cela promet pour demain un beau « désordre monétaire » comme disait Rueff, des dettes à n’en plus finir et une fuite en avant dans l’inflation. « Rétablissez l’ordre monétaire, ou acceptez l’esclavage » ajoutait-il. Lénine savait que « le plus sûr moyen de détruire le capitalisme, c’est de détruire sa monnaie ». Désormais, avec le FMI, « yes, we can ».

Jean-Yves Naudet
Le 21 avril 2009  

         
 
  


 

 

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