ET SI LA VRAIE MENACE, C’ÉTAIT L’INFLATION ?


Le discours ambiant est clair : la récession sera plus grave que prévu, le chômage aussi ; il faut donc tout faire, y compris n’importe quoi, pour relancer l’économie (par la demande, bien sûr), puisque la menace véritable, c’est la déflation. Et si c’était une erreur d’analyse ? Et si nous n’étions pas en déflation ? Et si surtout demain, avec tous ces plans délirants qu’il faudra financer par création monétaire, la vraie menace durable, c’était l’inflation ?

 

Seul compte le dogme keynésien, pas la réalité

La situation économique est plus dégradée que prévu. Les derniers chiffres de l’OCDE sont inquiétants : pour la première fois depuis la guerre, il y aura une récession au niveau mondial, alors qu’en 1975, par exemple, elle ne portait que sur les pays développés, et encore pas tous. Le recul du PIB mondial en 2009 serait de 0,5% à 1%. Pour les pays développés, la prévision de récession est désormais de 3 à 3,5%. Le reste, chômage en tête, sera à l’avenant. On en vient à douter d’une reprise en 2010.

Il s’en suit une panique des gouvernements, qui multiplient les relances de plus en plus fortes, ce qui ne change rien à la récession. La folie du court terme, qui a caractérisé les gouvernements depuis que Keynes leur a appris qu’à « long terme, nous serons tous morts », les conduit à se focaliser sur la seule demande globale : d’où la relance par la consommation, grâce aux largesses publiques, et par les investissements publics (les grands travaux) : dans tous les cas, cela signifie hausse des dépenses publiques et explosion des déficits.

Pourquoi s’inquiéter, puisque, comme l’expliquent de nombreux économistes, nous sommes en déflation ? La leçon keynésienne est bien apprise : soit il y a inflation sans chômage, soit il y a chômage sans inflation (comme en 1929, où les prix s’effondraient) : comme il y a chômage, nous sommes forcément en déflation. En effet, ce n’est pas la réalité qui compte, mais le dogme keynésien. Si l’on regardait la réalité, qu’est-ce qu’elle nous apprendrait ?

 

Nous ne sommes pas en déflation

D’abord, la situation actuelle des prix. Pour les pays développés, la meilleure estimation de l’inflation, par la hausse annuelle des prix à la consommation, est celle de l’OCDE. Pour le dernier chiffre connu (douze mois se terminant en janvier ou février 2009), la hausse des prix est de 1,3% pour l‘ensemble de l’OCDE. Elle est de 2,2% pour l’ensemble de l’Europe et de 0,5% seulement pour le G7. Ce dernier chiffre s’explique notamment parce que les Etats-Unis et le Japon ont eu dans la période une inflation nulle, mais ce n’est pas le cas des autres pays (3,2% en Grande-Bretagne, 1% en Allemagne, 0,9% en France, 1,4% au Canada, 1,6% en Italie). De tous les pays membres, seule l’Irlande a connu une baisse des prix.

Certes, cette inflation n’est pas forte. Ce sont des chiffres raisonnables, et encore, l’Europe a tout de même plus de 2% d’inflation. Mais il en va différemment dans des pays qui n’appartiennent pas à l’OCDE : 5,8% au Brésil, 10,4% en Inde, 8,2% en Indonésie, 8,4% en Afrique du sud et 13,4% en Russie. Ce n’est pas exactement une déflation, c’est même ce qu’on appelle une inflation ouverte. Pratiquer une relance keynésienne par la demande, au prétexte qu’il n’y a pas d’inflation, est donc une erreur de jugement.

La situation peut-elle s’inverser dans les prochains mois ? Les politiques actuellement suivies préparent en fait l’inflation de demain. Les taux d’intérêt ont été abaissés au-delà du raisonnable, à 0,2% aux Etats-Unis, 0,5% en Grande-Bretagne, 1,5% en Europe. Il n’y a rien d’étonnant à cela : les banques centrales inondent l’économie mondiale de monnaie. On ne cesse d’injecter des liquidités dans l’espoir fallacieux que les entreprises finiront bien par investir et les ménages par consommer. Mais on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. En revanche, ces liquidités vont fatalement se traduire en inflation « trop de monnaie chassant après trop peu de biens » (formule de Keynes, qui en l’occurrence avait dit vrai).

 

Demain, l’hyperinflation ?

On ne doit pas oublier que l’origine de l’inondation monétaire présente et future est l’accumulation des déficits publics. Avec le plan Obama, le déficit budgétaire dépassera les 11 ou 12% du PIB. En France, le gouvernement annonce 5,6% de déficit en 2009, mais les experts pensent qu’on sera à 6%, voire plus. Comment financer ces déficits ? Déjà, dans certains pays, ils minent l’économie en minant la confiance : de la Grèce à l’Irlande, en passant par l’Espagne ou le Portugal. Les Etats peuvent-ils emprunter ? Où trouver l’épargne ? L’épargne nationale est souvent ponctionnée, seules subsistent quelques réserves d’épargne au monde : les déficits américains ne pourraient être financés sans les Chinois. Cela ne suffira pas.

Les Etats se tournent donc, comme au bon vieux temps où l’on faisait marcher « la planche à billets », vers les banques centrales. Au Japon, au Royaume-Uni et maintenant aux Etats-Unis, les banques centrales rachètent des bons du trésor, c'est-à-dire créent de la monnaie, comme autrefois, pour financer le déficit budgétaire. Cela représente aux USA 300 milliards de dollars d’achat en Bons du Trésor et donc autant de monnaie créée artificiellement. Même Michel Aglietta, qui n’est pas exactement ce que l’on appelle un monétariste « ultralibéral », reconnaît dans le Monde qu’en « achetant des Bons du Trésor à prix constant pour créer de la monnaie centrale, elles (les banques centrales) deviennent asservies au budget de l’Etat, ce qui supprime de facto leur indépendance ». N. Sarkozy fait le forcing pour que la BCE fasse de même, au mépris des traités européens.

Les épargnants qui ont souscrit à ces emprunts apprécieront ; il n’est pas sûr que les Chinois s’engagent durablement dans ce marché de dupes. On revient à la politique inflationniste de l’après-guerre, visant à réduire la charge de la dette publique.

Le Monde, avec lequel nous sommes rarement d’accord, affirme sous la plume de P-A Delhommais qu’on « monétise les dettes », y compris publiques. « Que les citoyens commencent à se défier et la porte serait grande ouverte pour un épisode d’hyperinflation et de fuite devant la monnaie ». Il cite Warren Buffet « Il est certain que ce que nous sommes en train de faire pourrait conduire à une forte inflation. En économie, il n’y a pas de déjeuner gratuit. Il faudra payer plus tard le repas qu’on s’apprête à nous servir ». Celui qui paye, c’est le consommateur moyen, c’est l’épargnant. Voilà une grande « politique sociale » !   

Jean-Yves Naudet
Le 7 avril 2009  

         
 
  


 

 

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