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PLAN DE RIGUEUR OU PLAN DE RELANCE ? |
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La polémique avait commencé avant
les municipales. L’opposition accusait le gouvernement de préparer un
plan de rigueur postélectoral. Grave erreur selon la gauche : c’est
la récession qui menace et il faut au contraire un plan de relance.
Pas du tout, répond le gouvernement, nous voulons seulement éviter les
dérapages qui conduiraient à l’inflation. Qui a tort, qui a raison ?
Il est vrai que la conjoncture est faite d’une forte tension inflationniste,
et que nous avons aussi une croissance en recul. Si l’on suivait la
logique keynésienne, il faudrait sacrifier la stabilité des prix pour
distribuer du pouvoir d’achat et redonner vigueur à la demande, qui
elle-même tirerait la croissance. Cela semble approprié, puisque les
prévisions de croissance sont révisées à la baisse : selon l’INSEE
et François FILLON, le PIB ne devrait augmenter que de 1,7% à 2,0% pour
l’année 2008. Mais cette logique est scientifiquement
tenue pour incohérente et nocive. Il faut prendre les choix de politique
économique de façon différente : la croissance n’appelle pas une
relance du pouvoir d’achat, en revanche elle exige une rigueur, qui
est celle des finances publiques – sans pour autant vouloir signifier
des impôts supplémentaires – bien au contraire ! Dérapage des prix, dérapage budgétaire Il est vrai que l’économie mondiale
est dans la tourmente, bien que la crise financière soit en passe de
se digérer. La production de biens et services n’est pas vraiment atteinte,
même en tenant compte de la récession aux Etats-Unis (croissance zéro
prévue pour l’année). Les traces des turbulences boursières sont plus
profondes au niveau monétaire, parce que les banques centrales ont voulu
porter secours aux institutions bancaires et financières en péril. Il
aurait mieux valu, comme l’ont fait Morgan ou l’Union des Banques Suisses,
renflouer les banques menacées en faisant appel aux épargnants. Mais
les banques centrales ont choisi l’émission inconsidérée de liquidités
dans l’économie, promesse d’inflation. Le danger inflationniste est particulièrement
intense en France, et pour deux raisons. La première est le dérapage de certains
prix, très sensible en grandes surfaces, mais aussi pour la moyenne
des produits : l’indice général des prix à la consommation a augmenté
très vite en un an. La hausse du niveau général des prix, qui était
encore il y a un an en dessous de 1%, est aujourd’hui de 3%. Mais il
y a la seconde raison, qui est la permanence des dérapages de la puissance
publique ; dépenses de l’Etat en hausse, en dépit des promesses ;
dérapages de l’assurance maladie et des retraites ; déficits publics
accrus ; dette publique supérieure à 65% du PIB, soit 20 000
euros par Français pour la seule dette officielle. Ce double dérapage, des prix et des
dépenses publiques, pourrait aux yeux de certains justifier un « plan
de rigueur ». Mais il y a rigueur et rigueur. L’erreur serait de
pratiquer une politique « déflationniste », c'est-à-dire de
priver les entreprises des crédits demandés par leur activité et leurs
perspectives à moyen terme. Une autre erreur, encore plus grande, serait
de chercher l’équilibre budgétaire dans un relèvement des prélèvements
obligatoires. Au double dérapage doit donc correspondre
une double rigueur : dans la gestion monétaire d’une part, dans
les dépenses publiques d’autre part. Les vraies rigueurs : concurrence et réduction des dépenses publiques La première rigueur est de lutter contre
l’inflation sans asphyxier l’économie. Cela nécessite simplement que
l’on revienne à une politique monétaire stable, c'est-à-dire à un taux
de croissance régulier et limité de la masse monétaire au niveau européen
(puisque la gestion monétaire est désormais assurée au niveau de l’Union).
Or ici, majorité et opposition ne cessent de réclamer l’inverse, sans
craindre la contradiction, c'est-à-dire un laxisme monétaire et une
baisse du taux d’intérêt. N’oublions pas que la crise financière vient
avant tout du laxisme des banques centrales. Ensuite, la véritable lutte contre
la hausse des prix consiste en une concurrence accrue, notamment dans
le commerce, en libérant totalement les prix, en abrogeant les lois
GALLAND, ROYER, RAFFARIN et en ouvrant les professions fermées, au lieu
de céder devant le moindre lobby. La rigueur monétaire n’est en fait
que la rigueur de la concurrence. La seconde, c’est qu’il faut en effet
de la rigueur pour l’Etat : supprimer les déficits publics, ou
au minimum refuser de financer à crédit les dépenses courantes de la
puissance publique ; réduire la dette publique, grâce à la fin
des déficits, mais aussi grâce aux recettes des privatisations (SNCF,
EDF, Poste, etc.) ; réduire les dépenses publiques, en ne remplaçant
pas les fonctionnaires partant en retraite, en mettant fin au socialisme
municipal, en supprimant au moins un échelon administratif, en privatisant
l’assurance-maladie et les retraites, ainsi que tous les « services
publics ». Voilà la rigueur que nous réclamons : la rigueur
pour l’Etat, pour la dette, pour les dépenses publiques. La nouvelle mode intellectuelle Voilà pour les vraies rigueurs. Seront-elles
acceptées ? Venue des Etats-Unis et de la campagne électorale des
démocrates (H. CLINTON et B. OBAMA), avalisée par le Fonds Monétaire
International (DSK), la mode vire depuis quelques semaines à la relance
keynésienne. On ne parle plus que d’un vaste plan de relance de la demande,
par la hausse des dépenses publiques, des dépenses sociales, avec des
déficits accrus, une dette explosive, un laxisme monétaire. Les socialistes
de tous partis, les étatistes de tous bords s’engouffrent dans la nouvelle
mode intellectuelle. Bien entendu, un tel plan de relance
est tout aussi détestable qu’un plan de rigueur déflationniste qui en
est le symétrique. On sait pertinemment que l’inflation détruit l’épargne,
l’investissement, attise la spéculation et désoriente l’appareil productif
et, finalement, crée du chômage. Un tel plan relancera sans aucun doute
les déficits, et l’inflation, mais sûrement pas la croissance. Nous sommes en fait revenus à la conjoncture des années
1973-1975, à l’occasion des premiers chocs pétroliers. A cette époque,
le courant monétariste l’a emporté enfin sur les hérésies keynésiennes,
et on a compris que la seule façon de remettre les économies en marché
était de réduire l’Etat et ses dépenses, et de cesser de jouer avec
la monnaie et le crédit. Les leçons de l’histoire, et les progrès de
la science économique, n’auraient-ils rien appris aux dirigeants actuels ? |
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