84 MILLIARDS DE PROFITS !
Les résultats financiers des entreprises
du CAC 40 sont désormais tous connus. C’est une année record avec 84 milliards
d’euros de bénéfices, soit une hausse de 30% en un an. Certains s’en scandalisent.
Nous nous en réjouissons au contraire. Mais il faut rappeler quelques
vérités. Ces profits ont essentiellement été réalisés à l’étranger, par
des entreprises dont 50% des capitaux sont étrangers, ainsi que la majorité
de leurs salariés. Ce qui n’enlève rien à la réussite de ces entreprises,
mais qui relativise le discours sur le patriotisme économique. Le monde
a changé et nous sommes dans une économie mondialisée.
Des bénéfices record
L’indice CAC 40 regroupe les 40 plus
grandes entreprises françaises, représentatives sinon de la totalité de
l’économie (Il n’y a évidemment pas de PME dans cette liste), du moins
des grandes entreprises. Et ces entreprises viennent, pour 39 d’entre
elles, de publier leurs résultats financiers (Pernod Ricard a un résultat
décalé). Le verdict est sans appel : elles font toutes des bénéfices ;
à une exception prés, Thomson, qui
affiche 574 millions de pertes.
Seules cinq entreprises (Vivendi, Carrefour,
Peugeot, Bouygues et ST Microelectronics) affichent des résultats moins
bons que l’année précédente. Pour les autres, les bénéfices progressent.
Les cours en bourse d’ailleurs s’en ressentent, comme nous l’avions souligné
il y a quelques mois, et sont sur une pente ascendante. La progression
moyenne des profits pour les entreprises du CAC 40 est de 30% dans l’année, et les profits atteignent au total le niveau
record de 84 milliards. Et cela se produit après une année 2004 qui avait
déjà été favorable.
Cette progression des profits est visible
aussi bien dans l’énergie (Total, EDF, Suez, Gaz de France) que dans la
finance (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, Axa) ou dans
les communications (France-Telecom). On notera quelques chiffres records :
12 milliards de bénéfices chez Total (+31%), 6,3 milliards chez Sanofi-Aventis
(+ 26,1%), 5,9 milliards chez BNP Paribas (+ 25,1%), 5,7 milliards chez
France-Telecom (+89,2%), 4,4 milliards pour la Société
Générale (+35,5%), etc. Et des progressions record comme
+ 215,5% chez Danone.
L’Etat ponctionne le tiers des profits
Bien entendu, quelques bonnes âmes
ont aussitôt crié au scandale et réclamé la taxation des bénéfices (une
taxation supplémentaire bien entendu). Mais les Français ne sont pas dupes,
comme nous l’avons montré la semaine dernière : un sondage montre
qu’ils considèrent que c’est une bonne chose pour tout le monde, y compris
pour les salariés et pour l’emploi. Et cette hausse des profits est effectivement
une bonne nouvelle.
Même pour les entreprises encore publiques
(comme EDF), elle se produit dans un climat concurrentiel ; c’est
donc que les entreprises font des bénéfices parce qu’elles savent se battre
sur des marchés ouverts. C’est aussi la preuve qu’elles rendent
un service utile, puisque, comme Israël KIRZNER l’a montré, les entreprises
et les entrepreneurs qui font des profits sont ceux qui ont trouvé quelque
chose à laquelle les autres n’avaient pas pensé jusque là. Elles n’exploitent
personne, elles ne prennent l’argent de personne, elles innovent,elles
réduisent les déséquilibres, elles créent des richesses, puisque richesse
signifie satisfaction d’un besoin. Les profits sont issus du « plébiscite
quotidien du marché »
A quoi servent les profits ?
Ils servent d’abord à l’Etat, par le biais de l’impôt sur les sociétés,
qui est encore chez nous de 33%, soit l’un des plus élevés
d’Europe. Il bénéficie d’une richesse qu’il n’a pas contribué à produire.La
concurrence internationale est telle que le bon sens commanderait de diminuer
cette fiscalité pénalisante puisque, après impôt, les bénéfices sont beaucoup
plus faibles. Ils ne peuvent alors remplir leur principal office :
permettre l’autofinancement, la mise en réserved pour financer les investissements. C’est ici
que l’on retrouve la formule de Helmut SCHMIDT souvent citée : « Les
profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les investissements
de demain font les emplois d’après-demain ». Davantage de profits,
c’est plus d’investissements, donc plus d’activité et d’emplois. En revanche
davantage d’impôts, c’est moins
de profits disponibles.
C’est la mondialisation qui fait kle succès, pas le « patriotisme
économique » !
Enfin, et non le moindre, une troisième
part des profits sert à rémunérer les actionnaires, c'est-à-dire les propriétaires
de l’entreprise et en particulier l’entrepreneur. Ce n’est que légitime,
puisque c’est à eux que l’entreprise appartient et le profit est leur
rémunération. Si les dividendes sont trop faibles, le cours de l’action
risque de chuter et les actionnaires dront tentés de vendre leurs titres.
C’est la menace d’OPA qui se profile : un repreneur exploite le mécontentement
des actionnaires pour prendre en mains l’entreprise en changeant les équipes
dirigeantes.
Face à ces bénéfices confortables,
faut-il pour autant, comme certains l’ont fait, crier cocorico et croire
au miracle de l’économie française ? Il faut rappeler que ces sociétés
du CAC 40 font 70% de leur chiffre d’affaire à l’étranger, que 80% de
leurs bénéfices ont été réalisés à l’étranger, que 50% de leurs actions
sont détenues par des étrangers et que les deux tiers de leurs salariés
sont situés hors de France. Délocalisées au maximum !
Les bénéfices se font ailleurs qu’en
France. Dans notre pays, les entreprises sont handicapées par les impôts,
les charges sociales, les réglementations abusives sur le marché du travail
ou ailleurs. Soumises à la pression de la concurrence internationale,
elles sont plus à l’aise avec le droit du travail des pays étrangers,
elles fuient mes 35 heures, le salaire minimum et les modalités de licenciement
en vigueur en France. Elles captent l’épargne des étrangers, car nos épargnants
sont eux-mêmes spoliés par le fisc. Les gestionnaires de ces sociétés
ont donc beaucoup de mérite à trouver ailleurs ce qu’ils n’ont pas ici.
Dans ces conditions, les gouvernants
sont mal venus de se parer des performances du CAC 40, car ils n’ont rien
fait pour ces succès, bien au contraire.
Mais ils s’obstinent à croire que économie
est toujours dirigée par l’Etat, et la prospérité toujours organisée par
les politiciens. Aujourd’hui les politiciens et l’Etat ne sont même pas
capables d’assurer la paix civile sans laquelle aucune prospérité n’est
durable. Le voilà bien le fameux « développement durable » cher
à notre pensée unique !
En réalité, la réalité économique est
celle de la mondialisation, et si des entrepreneurs français s’en sortent
si bien, c’est qu’ils ont compris ce qu’était et ce qu’exigeait la mondialisation,
ce n’est pas par « patriotisme économique ».
Le 4 Mars 2006
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