LE RETOUR DES EMPLOIS AIDES
L’abandon du CPE n’est pas seulement
un désastre politique. C’est aussi un mauvais coup porté à l’emploi des
jeunes. Mais on n’a en général
retenu qu’un côté de la médaille (l’abandon du CPE) et oublié l’autre
versant, qui est le retour des emplois aidés : une nouvelle fois,
c’est l’Etat qui est appelé au secours de l’emploi, alors que l’Etat représente la première cause de chômage. Un emploi aidé,
comme un emploi public (cela revient au même), c’est autant d’emplois
détruits dans le secteur privé, puisqu’il faut augmenter d’autant les
impôts.
On en revient à ce qui n’a cessé d’échouer depuis vingt ans
Sous la pression de la rue, le contrat
premier emploi, qui n’était en fait qu’une mesurette,
a donc été supprimé (pour rester politiquement correct, il faut dire remplacé,
mais comme l’a fait remarquer un syndicaliste, lorsqu’on remplace une
voiture par une autre, c’est qu’on ne garde pas l’ancienne). L’article
8 de la loi sur l’égalité des chances a donc laissé la place à une nouvelle
rédaction. Celle-ci mérite d’être connue en détail.
Le nouveau texte de loi comporte deux
articles : le premier détaille les quatre mesures qui vont remplacer
le CPE ; le second porte sur le financement de ces nouvelles mesures.
Le rapporteur UMP de la loi sur l’égalité des chances, Laurent HENART,
a parfaitement résumé, non sans humour involontaire, la philosophie du
nouveau texte : « On prend ce qui existe et qui fonctionne déjà.
On le vitamine ». Autrement dit, on en revient à ce qui n’a cessé
d’échouer depuis plus de 20 ans, à savoir les emplois aidés par l’Etat.
La première mesure « augmente
considérablement » le contrat jeune en entreprise, un contrat à durée
indéterminé. Désormais, tous les jeunes y auront accès du moment qu’ils
sont depuis plus de six mois au chômage. Elément important : l’aide
mensuelle que l’Etat verse à l’employeur passera
de 200 à 400 euros la première année. Deuxième mesure : l’Etat
accompagnera désormais les contrats de professionnalisation, contrats
en alternance, en versant à l’employeur une prime de 200 euros par mois
la première année et de 100 euros la deuxième année dès lors que le contrat
débouche sur un CDI.
C’est du traitement social de chômage
Troisième mesure : à partir de
l’été 2006, « 50 000 stages seront ouverts pour 50 000
jeunes » (chacun sait que les entreprises créent des stages dès que
l’Etat le demande par un décret…) dans les « métiers en
tension, cette dizaine de métiers dans lesquels il y a des difficultés
de recrutement ». Ce seront des stages intensifs de formation en
entreprise, qui seront « fortement qualifiants ». Quatrième
mesure, le Civis (contrat d’insertion dans la vie sociale), destiné aux
jeunes demandeurs d’emplois qui ont un projet social ou humanitaire, sera
réformé. Il sera précédé d’un « bilan de compétences » et lorsque
le jeune trouvera un emploi en entreprise, il sera suivi par un tuteur.
Il s’agira de « regarder comment on enchaîne les périodes de formation
et de travail, de régler des problèmes concrets : le transport, le
logement, la parentalité pour des mères isolées ». Ouf ! En français :
une usine à gaz.
Voilà qui va régler enfin l’emploi
des jeunes. Le simple fait que la gauche et les syndicats se soient réjouis
de ces mesures en dit long sur leur philosophie, qui s’apparente au classique
traitement social du chômage, celui qui n’a jamais créé un seul emploi.
Mais ce qui condamne avant tout ces mesures, c’est qu’elles passent toutes
par une aide de l’Etat : comme l’a dit
sans complexe M. BORLOO, pour s’en réjouir, « la nouvelle loi pose
le principe d’une aide de l’Etat aux employeurs ».
Cela représentera, pour 2006, 150 millions d’euros et, en année pleine,
donc à partir de 2007, 300 millions d’euros.
Croire que cela créera un seul emploi,
c’est avoir oublié la leçon de Frédéric BASTIAT sur ce point : ce
qui se voit et ce qui ne se voit pas. Il l’avait démontré pour les « emplois
publics » ; la logique est la même pour les emplois aidés. Il
faudra bien financer la mesure par une hausse des impôts et prélèvements :
c’est ce qui ne se voit pas. Et cette hausse va détruire autant d’activité
et d’emplois dans le secteur privé. Certains jeunes seront donc embauchés
par le système, mais d’autres personnes perdront ailleurs leur emploi
et le bilan total sera nul ou négatif.
Et si l’on essayait la liberté des contrats ? ou
l’extension du CNE ?
Mais ce qui frappe aussi dans ce dispositif,
c’est la perte de liberté des entreprises : si elles veulent bénéficier
de l’aide de l’Etat et donc du dispositif, il
faudra qu’elles en passent par là où veut l’Etat.
Que va-t-il se passer si on ne créé pas des emplois en fonction de leur
rentabilité et de la demande des clients, mais en fonction des aides reçues ?
On va, comme dans tout système étatique, créer de faux emplois, au mauvais
endroit et sans perspective aucune de durabilité, puisqu’ils seront soutenus
artificiellement.
Faut-il regretter le CPE ? Il
représentait une tentative, bien modeste (il suffit de voir ce qui se
passe à l’étranger) pour assouplir le marché du travail en allégeant les
conditions de licenciement. Il aurait sans doute mieux valu étendre le
CNE (qui repose sur le même principe) à toutes les entreprises et à tous
les emplois et pas seulement aux jeunes. Mais mieux encore : il aurait
fallu adopter le Contrat libre emploi (la fameuse CLE pour l’emploi, proposée
par Jacques GARELLO), qui repose sur le principe simple de la liberté
des contrats.
Il aurait aussi fallu s’attaquer à
la question du coût du travail pour les plus jeunes et les moins qualifiés
en général, en osant s’attaquer au tabou du Smic et en réformant enfin
la protection sociale, de façon à diminuer les charges, qui sont en France
les plus élevées du monde. Il aurait aussi fallu s’intéresser aux failles
du système éducatif et pour cela cesser de couper l’école des besoins
des entreprises et en finir avec les visions malthusiennes, comme le suggère
l’OCDE dans un rapport que nous commentons par ailleurs, pour accroître
les taux d’activité.
Bref, il fallait rompre avec le socialisme
et l’étatisme qui étouffent l’économie française, savoir enfin comment
fonctionne le marché du travail (et d’abord réaliser qu’il s’agit d’un
marché), ne pas avoir les yeux fixés sur les réactions des syndicats et
sur l’horizon 2007, être capable d’expliquer le pourquoi des réformes,
ne pas céder à la pression de la violence et de la rue : c’était
beaucoup demander à notre classe politique. Elle est revenue très logiquement
à son train-train, à sa logique étatique, et, bien entendu, le chômage
des jeunes persistera. Prochaine étape : la suppression des CNE ?
Ils ont un double vice : ils sont flexibles, et ils ne coûtent rien
au contribuable. On comprend que nos syndicalistes et nos étudiants soient
prêts à se mobiliser à nouveau !
Le 24 Avril 2006
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