OU VA LA RESERVE FEDERALE ?


Nous nous étions interrogés, il y a un peu plus d’un mois, sur la politique de la Banque Centrale Européenne face à l’inflation. Cette fois-ci, c’est le système américain de Réserve fédérale, la « FED », qui retient notre attention. Elle vient à nouveau de relever son taux d’intérêt, et cela pour lutter contre l’inflation. A-t-elle raison de s’inquiéter de l’inflation ? A-t-elle raison de jouer sur les taux d’intérêt ? Et surtout que faut-il penser de ce type de politique conjoncturelle ? Les Etats-Unis seraient-ils tentés par Keynes ?

 

Une hausse continue du taux d’intérêt

 

Dernière décision en date : lors de sa réunion de la fin mars, le comité monétaire de la Réserve fédérale américaine a décidé de relever d’un quart de point son principal taux directeur, à 2,75%. Cette décision serait de peu d’importance (0,25%, ce n’est pas grand-chose), si ce n’était la septième fois consécutive depuis juin 2004. Cela n’a pas perturbé outre mesure les marchés financiers ou des changes, car ils avaient déjà anticipé la mesure.

La Fed a maintenu son discours habituel. Le communiqué du comité monétaire précise que le relèvement des taux d’intérêt s’effectuerait à un « rythme mesuré ». Ce qui signifie qu’il devrait se poursuivre dans les mois à venir, mais toujours aussi lentement, 0,25% en général à chaque fois.

La Réserve fédérale a-t-elle raison de se préoccuper de l’inflation ? Oui et non. Oui, si l’on veut dire par là qu’une banque centrale européenne ou américaine devrait en permanence avoir le souci de maintenir la valeur de la monnaie qu’elle émet. C’est écrit en toutes lettres dans les statuts de la BCE. Ce n’est pas aussi explicite dans ceux de la FED, mais ce devrait être sa seule préoccupation.

Non, si l’on se demande s’il y a aujourd’hui un risque inflationniste particulier. La hausse des prix du pétrole n’est pas de l’inflation. Le maintien de la croissance vive aux Etats-Unis n’a pas de raison a priori de s’accompagner d’inflation, surtout compte tenu des gains de productivité. En réalité, l’inflation dépend avant tout de la politique monétaire suivie et donc la question n’est pas de savoir si aujourd’hui il y a un risque spécifique, mais si la Banque centrale remplit bien sa mission, qui est de lutter en permanence contre le risque inflationniste.

 

Une politique de stop and go

 

Or on peut légitimement avoir des doutes. En effet, si la FED mène une politique restrictive depuis juin 2004, elle avait mené une politique expansionniste, destinée théoriquement à lutter contre les risques de ralentissement de l’économie, depuis le début 2001, jusqu’en 2003 : pour cela, elle avait baissé le taux d’intérêt peu à peu de plus de 6% en 2001, jusqu’à un minimum  de 1% en 2003, avant de repartir en sens inverse pour lutter contre l’inflation.

 

Cette politique là, comparable à ce qu’on appelait dans les années 70 le « stop and go », n’est pas une bonne politique. D’abord parce que la mission de la Banque centrale n’est pas de relancer la croissance ; elle est uniquement de lutter contre l’inflation ; c’est d’ailleurs une croyance keynésienne que d’imaginer qu’une impulsion monétaire est nécessaire pour favoriser une reprise économique. Freiner quand il y a des risques inflationnistes, relancer quand il y a des risques récessionnistes, c’est faire de la politique conjoncturelle, alors qu’il faudrait maintenir le cap en suivant toujours une même politique, de type automatique, c'est-à-dire insensible à la conjoncture. On peut s’étonner qu’un homme aussi avisé qu’Alan GREENSPAN, qui a par ailleurs d’excellentes idées, comme nous l’avons montré il y a peu à propos des impôts, soit aussi archaïque sur le plan de la politique monétaire, en poursuivant une politique discrétionnaire, que tous les économistes sérieux considèrent comme inefficace. Le keynésianisme, c’est de l’histoire ancienne.

 

Règle du k % ou concurrence monétaire ?

 

Mais il y a autre chose. Cette politique passe par un instrument, qui est le taux d’intérêt. Or ce n’est pas l’instrument pertinent pour la politique monétaire. Il y a déjà bien longtemps que Milton FRIEDMAN et les monétaristes ont montré que l’inflation était liée à l’évolution de la quantité de monnaie émise, de ce que l’on appelle la « MM », la masse monétaire. Cette évolution de l’offre de monnaie devrait être stable et régulière, pour répondre à l’évolution comparable de la demande de monnaie avec laquelle elle est liée par une fonction stable. C’est la fameuse règle de FRIEDMAN dite du « k % » qui signifie que l’inflation sera évitée lorsque la masse monétaire augmentera à un rythme modéré, à peine supérieur à la croissance de longue période du PIB, et surtout à un rythme stable, totalement insensible à la conjoncture. C’est la « politique monétaire automatique ».

 

Certes, cela peut poser des problèmes techniques. Les évolutions monétaires sont complexes. Il existe plusieurs définitions plus ou moins larges de la quantité de monnaie et il faut retenir une définition assez large, compte tenu des nouveaux instruments monétaires. Mais il faut s’y tenir dans un système de monopole de la Banque centrale. Or le contrôle des taux d’intérêt rend celui de la masse monétaire difficile et erratique, car on ne peut sur un marché contrôler le prix (le taux d’intérêt) et la quantité (la masse monétaire). Et une hausse du taux d’intérêt comme en ce moment se fait en général en réduisant la monnaie banque centrale (l’offre de monnaie) ce qui réduit l’inflation et finit à long terme par… faire baisser le taux d’intérêt, l’inverse de ce que souhaitaient les keynésiens !

 

En réalité, s’il est clair qu’une politique permanente de lutte contre l’inflation serait préférable au stop and go actuel, il est tout aussi clair aussi qu’un contrôle de la masse monétaire serait préférable à celui du taux d’intérêt. On peut aller plus loin et pour beaucoup d’économistes la règle de Friedman n’est qu’un optimum de second rang. La meilleure solution consisterait à laisser se créer un système de concurrence monétaire, au lieu du monopole de la Banque centrale. Mais cela nécessite une réforme radicale et G. BUSH a manifestement d’autres priorités, à commencer par la question des retraites et par celle du déficit budgétaire. On verra dans quelques années.

Le 5 Avril 2005

 


 

 

Imprimer cette page