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| Voici maintenant que le grand bruit
se répand : la hausse des impôts serait « inévitable ». Il faut
donc persuader les Français qu’un nouveau tour de vis fiscal, surtout s’il vise
« les plus riches », est nécessaire dans la conjoncture présente. Certes, Jacques Garello a rappelé la
semaine dernière les propos rassurants de N. Sarkozy, qui affirme ne pas avoir
été élu pour augmenter les impôts. Mais ceux-là même qui ont souhaité des plans
de relance à base de dépenses publiques massives commencent à se récrier contre
l’explosion des déficits publics. En parfaite logique étatique et keynésienne,
les voilà qui réclament, après la hausse des dépenses, celle des impôts, pour
combler les déficits ainsi créés. Voilà pourquoi il nous faut revenir cette semaine
encore sur cette question, car le débat est loin d’être clos, même si le Président
a confirmé à Saint Quentin sa volonté de ne pas augmenter les impôts pour rendre
hommage au travail, au talent et à la réussite. La machine médiatique et politique est en route Comment persuader les Français qu’ils
n’échapperont pas à une hausse des impôts ? Le processus est toujours le
même : Le Monde donne le ton, en lançant n’importe quelle idée « politiquement
correcte », c'est-à-dire socialisante. Aussitôt la machine médiatique se
met en route. Les « grandes consciences » trouvent l’idée intéressante,
quelques hommes politiques en mal de programme ramassent la première phrase qui
traîne, et cela se termine, l’opinion ayant été préparée, par une décision politique :
ce qui jusque là aurait paru impensable est devenu acceptable, puis « inévitable ». Certes, il n’y a pas de fumée sans
feu. Le plan de relance par les investissements publics et les « mesures
sociales » a fait exploser les déficits publics : pour s’en tenir aux
chiffres officiels, près de 104 milliards en 2009 pour le budget de l’Etat, plus
18 milliards pour la Sécurité sociale : en tout, Mais les médias vont souffler sur les
braises. Le Monde titre à la une : « Les déficits rendront inévitables
une hausse de la pression fiscale ». Le moment d’alarmer l’opinion publique
contre une hausse des impôts est bien choisi : Bruxelles avait laissé entrevoir
la possibilité d’une certaine décrue fiscale en autorisant les pays qui le veulent
à baisser la TVA (jusqu’à 5%) dans de nombreux secteurs : restauration, livres
audio, services à forte main d’œuvre (coiffure, aide à domicile, rénovation de
logement,…). Mais les étatistes font bonne garde : pas question de desserrer
la pression fiscale, c’est la hausse des impôts qu’on veut, pas la baisse. Supprimer le bouclier fiscal ? Monsieur Séguin a pris les devants :
« On ne peut exclure que l’aggravation quasi-généralisée des déficits conduise
les Etats à augmenter les impôts ». Pierre Méhaignerie, président UMP de
la Commission des affaires sociales de l’Assemblée, a affirmé dans les Echos que
la CSG et la CRDS devaient sortir du bouclier fiscal, ce qui ferait de fait passer
celui-ci de 50% à 60%, accroissant d’autant les impôts. Ce même bouclier fiscal
a été attaqué par des députés, certains proposant de le supprimer et de créer
une tranche plus élevée d’impôt sur le revenu. P. Méhaignerie est plus précis :
« On pourrait augmenter le taux de l’impôt sur les revenus pour les personnes
qui gagnent plus de 300 000 ou 400 000 euros par an ». D’autres
ont proposé une tranche à 45%, voire 50%, plus CSG. Certes, N. Sarkozy a semblé,
comme J. Garello l’a écrit, siffler la fin de la partie, mais elle ne fait que
commencer. La machine infernale est donc en route.
On attend la suite. Il faut pourtant rappeler quelques vérités simples. D’abord,
le bouclier fiscal est une affaire de justice élémentaire : limiter les prélèvements
à 50%, c’est déjà énorme ; prendre plus de la moitié de ce que gagne légitimement
quelqu’un c’est immoral. La Cour constitutionnelle allemande a même confirmé que
c’était anticonstitutionnel : il s’agit d’une grave atteinte à la propriété. Toute hausse des impôts est contre-productive Les Français devraient pourtant savoir
que la hausse des impôts est le plus sûr moyen de réduire la croissance économique,
donc la matière imposable, donc les recettes fiscales : c’est ce que l’on appelle
l’effet Laffer, quelque chose de trop compliqué sans doute pour le commun des
journalistes. Pourtant, comme nous l’avons déjà rappelé, au XVIII° siècle, Voltaire,
à la lecture des écrits de l’abbé Baudeau (un physiocrate), avait compris le bon
sens des baisses d’impôts de Turgot. « Le vrai moyen d’enrichir le roi et
l’état est de diminuer tous les impôts sur la consommation ; et le vrai moyen
de tout perdre est de les augmenter ». On nous répondra qu’il s’agit d’augmenter
l’impôt des plus riches. P. Méhaignerie parle de « revenus qui dépassent
l’entendement » (sans doute donc « pas entendables »). Il sait
donc mieux que le marché (c'est-à-dire que nous tous) ce qui est juste ou pas.
Mais cela veut dire accroître l’impôt de ceux qui produisent le plus de richesses,
qui créent le plus, qui entreprennent, offrent des emplois, distribuent des revenus
aux autres. Toute hausse d’impôt est mauvaise et contre-productive, mais, dans
le cas des plus riches, c’est tuer la croissance à la racine, c’est provoquer
la fuite des capitaux vers des cieux plus propices, des délocalisations si critiquées
par ailleurs, la fuite des plus entreprenants, c’est pousser les capitaux à chercher
des placements plus spéculatifs, ou moins productifs (« Voilà pourquoi les
Anglais roulent en Rolls » disait-on quand l’Angleterre connaissait, avant
Margaret Thatcher, un taux marginal d’imposition à 98% sur les revenus de l’épargne). Parmi ceux qui souhaitent une hausse
des impôts, certains veulent étatiser l’économie : on augmente les dépenses,
puis les impôts, et ainsi de suite, jusqu’au socialisme d’Etat. Ceux-là savent
ce qu’ils font. Hélas, leur emboîtent le pas ceux que Lénine appelait « les
idiots utiles », qui ne comprennent rien à l‘économie. Ils ne comprennent
pas que la seule issue à la crise est dans la réduction des dépenses publiques ;
donc dans la réduction de la sphère de l’Etat. Tout le reste (impôts en hausse,
emprunts en hausse) n’est qu’illusion. Turgot avait osé le dire à Louis XVI.
Celui-ci a préféré renvoyer Turgot, écouter Necker et ses successeurs, et augmenter
les impôts : il en a perdu la tête. Et l’économie française a été ruinée
pour longtemps. Jean-Yves Naudet
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