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| Le discours est bien rodé : la
crise est là, la récession sera en moyenne de l’ordre de 2% cette année, donc
nous aurons fatalement une explosion du chômage, ce que confirment les mauvais
chiffres récents. Pourquoi ? Parce que l’emploi dépendrait du seul niveau
de production. Avec la récession, la production diminue, donc le chômage augmente.
La réalité est différente, parce que le lien n’est pas mécanique entre croissance
et emploi et que d’autres éléments interviennent, comme le coût du travail. En
France c’est la rigidité artificielle du prix du travail qui explique principalement
l’explosion du chômage, et sa permanence avant et après la crise. Progression fulgurante du chômage La première manifestation visible de
la crise actuelle, c’est la récession, c'est-à-dire une baisse de la production :
en 2009 en moyenne, elle a été dans les
pays développés de l’ordre de 2%. Moins de production, donc moins de valeur ajoutée,
moins de revenus et de pouvoir d’achat. Mais la plupart des gens, et on les comprend,
s’inquiètent surtout des menaces sur l’emploi : plus d’emplois détruits que d’emplois
créés. Ceux qui ont un emploi craignent de le perdre et ceux qui n’en ont pas,
comme les jeunes qui arrivent sur le marché du travail, craignent de ne pas en
avoir. Depuis quelques mois, dans tous les
pays touchés par la crise, la dégradation de l’emploi est sensible. En France,
la hausse du chômage se poursuit depuis dix mois. En janvier, le nombre de demandeurs
d’emplois a bondi de 90 000, le double du mois précédent. On annonce au moins
350 000 emplois détruits en 2009. Le taux de chômage, qui est publié tous
les trois mois, a bondi à 8,2% de la population active en décembre 2008. On envisage
un taux de chômage proche de 10% fin 2009 et tout cela sans compter le chômage
partiel. La situation est assez proche à l’étranger.
En Espagne, on a compté 154 000 chômeurs de plus en février, en un seul mois,
et on s’attend à 4 millions en fin d’année. L’Irlande, qui avait le plus faible
taux de chômage de la zone euro (4,4%), en est déjà à 10,4% de la population active.
Aux Etats-Unis, les pertes d’emplois sont de plusieurs centaines de milliers par
mois (651 000 en février). La dégradation est quasi-générale. Le lien emploi-production est-il mécanique ? Analysons la crise comme le font les
keynésiens : cette dégradation est logique, puisque la production recule.
L’emploi dépend du niveau de production et celle-ci (comme l’a expliqué Jacques
Garello dans un récent éditorial) dépend de la demande globale. L’enchaînement
serait donc inéluctable : moins de demande, moins de production, moins d’emplois.
Le lien est mathématique et il n’y a qu’un niveau de production et un seul compatible
avec le plein emploi. Pour les keynésiens les fluctuations économiques se produisent
toujours de la même façon : l’ensemble des entrepreneurs voyant les carnets
de commande baisser ajustent leur activité en réduisant les effectifs. L’emploi
est la variable d’ajustement du système. « Appliquer au stock de capital
existant des doses de main d’œuvre variables » : Keynes voyait ainsi
la gestion de l’entreprise. Ce raccourci n’est pas réaliste, ni
même logique. D’abord, il s’agit de l’ensemble des entrepreneurs, comme si tous
les secteurs d’activité, et toutes les entreprises, se trouvaient dans la même
situation. On est dans le global, dans le macro-économique. Ensuite, les entrepreneurs
en cas de difficulté auraient pour première et seule réaction de diminuer les
effectifs. La réalité est toute autre : les entrepreneurs n’ont aucun intérêt
à se séparer d’une main d’œuvre qu’ils ont formée, qui a de l’expérience. Les
« emplois kleenex » n’existent que dans certains secteurs employant
une main d’œuvre sans qualification et interchangeable. Le modèle keynésien exclut donc toute
flexibilité, et ne tient aucun compte des adaptations que l’on peut faire pour
sauver les emplois. Les keynésiens ne croient pas à l’existence d’un marché du
travail, où les prix (salaires) baisseraient quand la demande diminue. Pour Keynes,
les salaires sont « rigides à la baisse ». Si le salaire était un vrai
prix libre, il épouserait les évolutions du marché du travail. Une poussée de
chômage ferait diminuer le prix du travail (salaire et charges), incitant à embaucher.
Rigidités du marché du travail Mais pourquoi ce mécanisme d’adaptation
permanente ne fonctionne-t-il pas ? Une première raison est que le prix
du travail est « plombé » par les charges sociales, ce qui en France,
double pratiquement le coût du travail. Ce surcoût était antérieur à la crise
et expliquait déjà un taux de chômage supérieur chez nous à celui de nos partenaires.
Une deuxième raison tient au salaire
minimum, le SMIC. Il ne peut jamais diminuer et il progresse sans cesse, même
avec du chômage. C’est le SMIC qui crée du chômage chez les moins qualifiés ou
les plus jeunes, moins expérimentés. C’est le SMIC qui pousse à la hausse tous
les salaires de gens plus qualifiés. Une troisième raison tient aux allocations
chômage : si leur niveau est tel qu’il est supérieur à un salaire amputé
de 10 %, on choisit le chômage – solution suicidaire à terme. Enfin, et non le moindre, le droit
du travail a enlevé toute souplesse dans la conclusion et l’exécution du contrat
de travail, qui n’est plus que le fruit des négociations collectives. La seule arme efficace et durable contre
la montée du chômage est donc la flexibilité des salaires et des conditions d’embauche
et de licenciement. Dans beaucoup d’entreprises privées, les salariés acceptent
de gagner momentanément moins pour sauver leur emploi ; ils sont alors montrés
du doigt par les syndicats qui font pression en sens inverse. Dans le secteur public, face à la crise
des finances publiques, de nombreux pays commencent à baisser les salaires des
fonctionnaires : 7% de moins en Irlande, suppression du treizième mois en
Hongrie, baisse de 15% en janvier en Lettonie. Le président de la BCE, J-C Trichet,
suggère de poursuivre « des politiques de dépenses courageuses, en particulier
en matière de salaire dans le public ». La baisse provisoire des salaires
et la liberté du travail réduiraient le chômage, l’économie pourrait repartir,
avec des coûts de production moindre et des entreprises plus compétitives. Avec
la reprise, les salaires repartiraient à la hausse. Mais on préfère conserver
toutes les rigidités, et entretenir ainsi une crise durable dont les salariés
sont les premières victimes. Jean-Yves Naudet
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