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| C’est la nouvelle question à la mode :
« la nationalisation des banques », à commencer par celles des Etats-Unis,
est-elle « inéluctable », selon l’expression utilisée par Le Monde ?
Il est vrai que, dans ce domaine, l’interventionnisme des Etats donne le tournis,
les centaines de milliards succèdent aux dizaines de milliards et les prises de
participation succèdent aux sauvetages massifs. Puisqu’une économie ne peut fonctionner
sans banque ni crédit, et puisque les banques seules ne semblent plus remplir
leur rôle, pourquoi ne pas aller au bout de cette logique et nationaliser les
banques ? A écouter les hommes politiques et à lire nos confrères, nous nous
trouvons bien seuls à prétendre le contraire. Et pourtant ! Retour à 1945 et 1981 Il faut rappeler que cette idée de
nationalisation des banques n’a rien de novatrice et qu’elle a déjà eu lieu dans
des contextes très particuliers. La tentation a toujours été grande pour les pouvoirs
publics de mettre la main sur le « pouvoir monétaire ». Cela a été le
cas pour la banque centrale et déjà Napoléon voulait qu’elle soit « dans
la main du gouvernement ». Pour les banques de second rang, cette revendication
figurait en bonne place dans le programme du tripartisme, à Cependant, la coexistence d’un secteur
bancaire privé, minoritaire, et d’un puissant secteur bancaire public conduisait
les banques nationalisées à continuer à accorder des crédits suivant les critères
de rentabilité. Voilà pourquoi, lors du retour de la gauche au pouvoir en 1981,
François Mitterrand, fortement poussé par l’aile gauche du PS et par un PC encore
puissant, a nationalisé presque tout le reste du secteur bancaire : c’était
un élément clef de ce
qu’on avait appelé dans L’Etat, qui est à l’origine du problème, ne peut en être la solution La crise actuelle est-elle en train,
dans le monde développé, de nous ramener en 1981 et les gouvernements occidentaux
vont-ils faire ce dont les partis communistes rêvaient ? Il faut rappeler,
comme nous l’avons dit souvent, que la crise financière a son origine dans des
décisions étatiques absurdes concernant les banques : le laxisme et les politiques
conjoncturelles de bas taux d’intérêt, voulu par les banques centrales, FED en
tête, pour faire tourner l’économie avec un argent artificiel, abondant et bon
marché. La crise des subprimes vient de l’obligation faite par l’Etat fédéral
aux banques américaines de prêter des sommes inconsidérées à des familles manifestement
insolvables. Les banques se sont prêtées à ce jeu dangereux parce qu’on les y
poussait, mais aussi parce qu’elles avaient la certitude de pouvoir facilement
se débarrasser de ces créances douteuses et qu’en toute hypothèse les banques
centrales les couvriraient en cas de difficultés. Le laxisme monétaire des banques
centrales a conduit à l’irresponsabilité généralisée. Si l’Etat est à l’origine du problème
bancaire et financier, on voit mal comment il pourrait en être la solution. Certes,
on peut défendre le fait que les banques centrales, une fois leurs erreurs commises,
ont bien fait d’injecter des liquidités, pour ne pas rééditer les erreurs d’une
politique déflationniste menée par Hoover après la crise de 1929 : après
avoir inondé l’économie de crédit il semble difficile de la sevrer brutalement.
Toutefois, on peut faire deux réserves : la première c’est que l’ouverture
des vannes monétaires permet aussi aux Etats de faire n’importe quoi et d’accroître
les dépenses publiques aux fins de « relance ». D’autre part, le renflouement
des banques signifie l’impunité de ceux qui ont manqué de vigilance, sinon d’honnêteté. La nationalisation des banques détruirait l’économie de marché Mais là où le danger nous semble considérable,
c’est lorsque les Etats interviennent directement dans le capital des banques.
On en a eu un magnifique exemple en France avec le mariage forcé et la prise de
participation de l’Etat dans les Caisses d’épargne et les Banques populaires.
Chaque pays joue ce jeu : les Etats-Unis détiennent 36% du capital de Citigroup.
Les Etats investissent massivement dans les banques des pays de l’Est. Les Anglais
prennent des participations dans le capital de leurs banques, à commencer par
la Royal Bank of Scotland. Et ainsi de suite. Ce n’est que le hors d’œuvre. Plus
les Etats prennent de participation dans le capital des banques, plus les marchés
financiers se disent que cela va mal, plus les actions bancaires chutent (entrainant
toute la bourse) et plus on demande à l’Etat de prendre une plus grande part du
capital. Le système de dérive étatique s’autoentretient. Les conseilleurs s’en
mêlent : aux USA, Paul Krugman (prix Nobel), Alan Greenspan (ex-président
de la Fed) et d’autres suggèrent désormais une vraie nationalisation (participation
majoritaire) des banques. Greenspan ajoute « temporaire », mais le mot
« nationalisation » est lâché. Ce serait contraire à la logique d’une
économie de marché, mais même Ben Bernanke (Fed) reconnaît que « beaucoup
de ce que nous faisons va à l’encontre des valeurs américaines d’autonomie et
de responsabilité ». Un peu plus ou un peu moins, qu’importe ! Cette
attitude est suicidaire et incompatible avec le fonctionnement d’une économie
de marché, qui repose sur l’initiative, la liberté, la responsabilité des propriétaires
(actionnaires), ce dont l’Etat est incapable. Mais surtout elle n’est pas nécessaire.
Sans l’Etat actionnaire, les restructurations se feront ; les banques les
plus solides rachèteront les autres ; il y aura un cours des actions qui
sera attractif pour les investisseurs ; et si des banques font faillite,
parce qu’elles ne sont pas rentables, cela n’aura pas de conséquence sur les clients,
dont les comptes sont garantis. Mieux vaut se débarrasser de canards boiteux que
choisir une logique qui conduit au socialisme d’Etat. Nous en sommes arrivés là
par l’irresponsabilité des politiques étatiques ; vouloir s’en sortir en
nationalisant, c’est faire la politique de Gribouille. Jean-Yves Naudet
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