ET MAINTENANT, LA RELANCE PAR LA CONSOMMATION…


Il y a quelques semaines les relances keynésiennes à base d’investissements publics avaient la cote, et le gouvernement en avait fait sa ligne directrice. Mais voilà que les doutes sur l’efficacité de cette politique sont déjà dans l’air, et il est question, de plus en plus, de mettre en place de nouveaux plans de relance, reposant cette fois sur la consommation privée. Alors : investissement public « pour préparer l’avenir », ou consommation privée pour reconstituer le pouvoir d’achat des Français ? Cette interrogation est d’autant plus futile que la seule façon d’atténuer et raccourcir la crise est d’agir sur l’offre, et non pas sur la demande. En d’autres termes, de renoncer au keynésianisme, dont les échecs successifs sont bien connus.

 

La relance par l’investissement était le choix de départ

Au départ, c’est la relance par l’investissement qui avait le vent en poupe, et qui nous était expliquée et vantée par le discours présidentiel (du 5 février par exemple). Il est vrai que Nicolas Sarkozy avait eu quelques formules heureuses pour dénoncer la structure des budgets français qui depuis une décennie sacrifient les investissements publics aux dépenses de fonctionnement, et notamment à la masse salariale versée aux fonctionnaires – source de déficits accumulés, donc de dette. Le Président avait dénoncé cette dérive des finances publiques, rappelant sa décision de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux, partant en retraite : « il faut sortir du toujours plus de dépenses » et «  les dépenses publiques pèsent sur l’emploi privé ». Bravo.

Nicolas Sarkozy expliquait que son plan échappait à cette logique, puisqu’il s’agissait d’une relance par l’investissement, donc aux effets productifs durables. En réalité, ce plan s’inscrivait dans la vieille tradition keynésienne de la « politique des grands travaux », dont l’a nocivité s’était déjà révélée avec Roosevelt et le New Deal. Ces investissements publics sont financés à coup de déficits et d’emprunts, transmettant à la génération future de lourdes dettes. Jamais des dépenses publiques n’ont créé la moindre richesse nouvelle ; on est seulement dans le domaine du transfert, d’une part entre privé et public (les dépenses publiques évinçant des dépenses privées qui n’auront pas lieu faute de financement) et d’autre part entre générations, puisque la facture est reportée à 20, 30, voire 50 ans.

La nouvelle mode est à la relance par la consommation

Bien qu’inspirée pour partie de keynésianisme et teintée de socialisme, la relance par l’investissement public a été critiquée, notamment par la gauche et les syndicats. On trouve toujours plus socialiste qu’un socialiste. En France on a la nostalgie de Léon Blum et de sa « politique du pouvoir d’achat », déduite de la vieille idée de l’exploitation de la classe des travailleurs, qui ne reçoivent pas leur part du gâteau. Le Monde, avant-garde éclairée du politiquement correct, guide intellectuel des énarques, des hommes politiques, a pris très vite et très fortement position en faveur de la relance par la consommation. Il a fait sa une sur la question : « Crise : faut-il privilégier la relance par la consommation ? ». En page intérieure, le titre est encore plus clair : « Faut-il relancer massivement la consommation ? ». A relancer la consommation, il faut le faire « massivement ». Bien renseigné, le Monde conclut : « De plus en plus d’experts estiment que les Etats doivent désormais aider financièrement les ménages pour qu’ils se remettent à dépenser »…

La relance par les grands travaux aurait aux yeux des experts en question (qui sont-ils ?) l’inconvénient de ne porter ses fruits que plusieurs mois plus tard, alors qu’il faudrait absolument distribuer de l’argent aux ménages pour qu’ils dépensent tout de suite. Les partisans de la relance par la consommation répondent avec assurance aux objections qu’on pourrait leur faire. Les ménages français n’iraient-ils pas acheter des produits étrangers ? Pas du tout, puisque, grâce au G20, tout le monde relance en même temps. Iraient-ils épargner ? Pas du tout, puisque toute hausse de revenu entraîne immédiatement une dépense proportionnelle.  

Malheureusement, les syndicalistes aussi lisent Le Monde, et la grève générale du 25 février s’est faite principalement sur le thème de la relance du pouvoir d’achat. Malheureusement aussi, le Président s’est empressé de « modérer » la politique d’investissement public (et peut-être même de la renier) par souci d’apaisement social (c'est-à-dire de fuite devant les manifestations). 2 milliards et demi sont donc rajoutés au plan de relance pour permettre aux plus démunis de ne pas sombrer dans la misère. Mais c’est une inflexion considérée comme insuffisante : il faut que le changement de cap soit publiquement affirmé par le Président.

De Charybde en Scylla

Les partisans de la nouvelle politique ne manquent pas d’imagination. On pourrait « distribuer des bons d’achats » qui ne peuvent être épargnés et doivent être dépensés dans un bref délai. On reviendrait ainsi aux tickets de rationnement, bon souvenir pour les plus anciens, et qui évoquent aussi les belles époques de Staline et d’Hitler.

D’autres, proposent, comme Barack Obama, des baisses d’impôts. Nicolas Sarkozy veut partiellement exonérer les « classes moyennes » de l’impôt sur le revenu. Il se trouve que cette mesure généreuse concerne principalement des contribuables peu taxés, et que la charge fiscale sera reportée à coup sûr sur ceux qui payent un lourd tribut à l’Etat.

Enfin, la hausse et le versement accéléré d’indemnités sociales de toutes sortes (RSA, allocations chômage, indemnisation du chômage partiel, services à domicile, etc.) participent du désir de « faire du social » pour ne pas désespérer Billancourt.

Le tout sur fond de « valeur travail » et de « partage du profit », sans considération des entreprises ni du droit de propriété.

En réalité, relancer la consommation privée au lieu de l’investissement public, c’est tomber de Charybde en Scylla, c’est choisir entre la peste et le choléra. La seule relance admissible et efficace n’est pas celle qui gonfle artificiellement la demande, mais celle qui stimule l’offre. Elle consiste à laisser les Français libres de travailler, d’épargner et d’entreprendre, et jouir de leurs gains au lieu de les confisquer pour entretenir une armée de fonctionnaires et une danseuse nommée Sécurité Sociale. La vraie relance, c’est la libération des Français.

 

Jean-Yves Naudet
Le 3 mars 2009  

         
 


 

 

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