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CONTRESENS SUR LA CONCURRENCE Une nouvelle fois, le gouvernement
envisage de réformer le Conseil de la concurrence. Nous devrions nous
en réjouir, puisqu’à l’heure actuelle le travail du Conseil va à contresens,
et engendre réglementation et dirigisme supplémentaires. Va-t-on enfin admettre que la concurrence
signifie « liberté du commerce et de l’industrie », grand
principe défini par la Révolution ? Va-t-on lutter efficacement
contre les professions fermées, la multiplication des textes, les subventions,
discriminations et aides ? Hélas non, on retrouve dans la mise
en place du nouveau conseil tous les poncifs de nos dirigistes et technocrates :
c’est le secteur privé qui porte atteinte à la concurrence, ententes
et concentrations doivent donc être surveillées avec la plus grande
attention. Vraie et fausse concurrence La concurrence est au cœur de l’économie
de marché. C’est l’aiguillon de l’entrepreneur : elle le pousse
à s’adapter en permanence, à faire des progrès, à réduire ses coûts.
C’est la chance du consommateur : il bénéficiera de prix inférieurs
et de qualité supérieure, chaque producteur étant obligé de s’aligner
peu à peu sur ceux qui font le mieux. Enfin, comme l'expliquait Frédéric
BASTIAT, c'est le contrepoids nécessaire de l'intérêt personnel. Celui-ci
pousse à faire des progrès, mais aussi à garder les gains réalisés pour
soi. La concurrence est cet aiguillon qui pousse à faire bénéficier
tout le monde, et d'abord le client, des gains réalisés. C’est un procédé
de découverte, de développement et de partage. Il faut donc encourager la concurrence.
C'est pour cela, théoriquement, qu’il doit y avoir des institutions,
des règles du jeu, de nature à veiller à la concurrence. Mais quelles règles ? Ici apparaissent
les contresens. En sont responsables les économistes eux-mêmes, qui
ont cru trouver les critères de la concurrence dans la situation des
entreprises sur un marché considéré en un moment donné. Les manuels
de théorie économique néo-classique apprennent que la concurrence « pure »
est la situation d’un marché
où existe
un grand nombre
Qui contrôle : un juge ou une administration ? Cependant,
comme bien souvent, il y a une spécificité française. Chez nous, d’entrée
de jeu, c’est un comité technique administratif, créé en 1953, qui a
reçu pour mission le « contrôle des ententes et des positions dominantes ».
Cette tradition s’est poursuivie en dépit de la création par l'ordonnance du 1er décembre 1986 (BALLADUR)
du Conseil de la Concurrence. Cette ordonnance semblait apporter un
esprit nouveau puisqu’elle abolissait celle du 30 juin 1945 sur le contrôle
des prix et rétablissait la liberté des prix comme règle générale. De
plus, le rôle de l'administration était réduit au profit de celui d'une
autorité plus indépendante et introduisait un contrôle judiciaire des
sanctions prévues par le Conseil. Toutefois le Conseil devait travailler
obligatoirement en partenariat avec le ministère, et les enquêtes devaient
être faites par la Direction Générale de la Consommation de la Concurrence
et des Fraudes (DGCCRF), c'est-à-dire par les fonctionnaires du ministère. Voilà que ce Conseil de la concurrence
va maintenant être réformé profondément. Le Figaro parle à ce sujet
d'un «big bang». Matignon et Bercy préparent un projet qui devrait trouver
sa place dans le cadre de la loi de modernisation de l'économie. Le
Conseil céderait la place à une Haute autorité, donc à un organisme
jouissant d'une indépendance par rapport au ministre. Ce serait un progrès.
De même, cette Haute autorité aurait des moyens propres, notamment en
enquêteurs qui seraient néanmoins des fonctionnaires détachés de la
DGCCRF. On ne voit guère le changement ici. Enfin, les droits de la
défense seraient mieux garantis. Rapporteurs et formation de jugement
seraient distincts et c'est sans doute un magistrat qui dirigerait la
nouvelle institution. Les véritables atteintes à la concurrence ne sont pas sanctionnées On peut déjà demander s'il faut une
juridiction, mi-administrative, mi-judiciaire, pour instruire les dossiers
d’atteinte à la concurrence. Pourquoi le juge de droit commun ne pourrait-il
pas assurer la tâche ? Pourquoi une juridiction d’exception, si
proche du pouvoir ? Mais on doit aussi se demander dans
quel esprit cette juridiction nouvelle va opérer. De ce point de vue,
on persiste dans l’erreur. On s'intéresse toujours aux concentrations,
aux positions dominantes, aux ententes. Or aujourd’hui ces critères
sont dépassés. Dans une économie mondialisée, la concentration signifie
au contraire une concurrence accrue. Une entente, sauf si elle repose
sur la contrainte politique (comme l'OPEP), n'est jamais durablement
efficace, chacun cherchant à tirer la couverture à soi. Et s'il existe
des manipulations, des ententes par exemple (sur les marchés publics
notamment), cela relève du droit commun et met d’ailleurs souvent en
cause la complicité de certains politiques. Alors, de quelles atteintes devraient
s’occuper les juges ? Avant tout des barrières artificielles à
l’entrée sur un marché. Et elles sont principalement le fait des pouvoirs
publics. C'est vrai aux frontières, avec le
protectionnisme et autres formes de « patriotisme économique »
impliquant aides aux exportations, pénalité des importations (comme
avec la « TVA sociale »). C'est vrai aussi avec les services
publics, qui freinent par tous les moyens l'accès des entreprises privées
sur leur marché. C'est vrai enfin à l'entrée des professions, ce que
dénonçait déjà le rapport RUEFF-ARMAND en 1961 et ce que reprend le
rapport ATTALI, à propos des taxis, des professions de santé, des professions
juridiques ou des coiffeurs. Mais visiblement, il n’est pas dans l’intention
du gouvernement de laisser la Haute Autorité bousculer les « avantages
acquis ». L'Europe peut-elle contrarier cette
« politique de la concurrence » ? Elle-même a mené des
attaques stupides contre Microsoft, accusée de position dominante, alors
que la vraie question est de savoir si l'entreprise rend un meilleur
service aux clients ou non. Mais l'Europe va dans le bon sens quand
elle oblige les Etats – et notamment le nôtre – à ouvrir à la concurrence
les professions fermées et surtout les services publics.
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