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| INVESTISSEMENT :
LA STAGNATION DURABLE Après
nous être tournés vers les pays étrangers, car les expériences des autres sont
toujours pleines d’enseignements, l’actualité nous ramène vers l’économie française.
Cette semaine, c’est l’investissement qui est en vedette. On apprend en même temps
que les résultats pour 2006 sont consternants : croissance zéro de l’investissement
industriel, mais que les prévisions pour 2007 sont encourageantes. A un détail
prés : c’était la même chose l’an dernier à la même époque et nous avions
alors expliqué (NL 869 « Sans investissement, c’est le chômage durable »)
pourquoi nous ne faisions aucune confiance aux prévisions optimistes dans ce domaine.
Nous avions, hélas, raison, et nous renouvelons notre diagnostic pour 2007 :
sans les réformes nécessaires, l’investissement restera durablement en panne. Il
y a juste un mois tous les experts tournaient leur regard vers la consommation.
Ce n’était pas notre préoccupation, parce que la consommation ne constitue pas
un véritable moteur pour l’économie, juste une poussée passagère incapable de
vaincre l’inertie de la machine. Les résultats nous ont donné raison : avec
une forte croissance de la consommation, nous avons eu la croissance du PIB pratiquement
la plus faible de la zone euro (nous voilà avant derniers avec 2% de croissance).
Les prévisions de la commission européenne pour 2007 sont en hausse pour tous
les pays, sauf pour la France. Le seul résultat a été le déficit record du commerce
extérieur (presque 30 milliards d’euros) en raison de l’explosion des importations
destinées à répondre à la consommation des Français. En
réalité seuls les investissements dans des projets rentables
sont de nature à tirer la croissance. Or, la situation dans notre pays devient
dramatique, si l’on se reporte à l’enquête trimestrielle que L’INSEE vient de publier. Commençons
par placer les chiffres actuels en perspective :
en 2001, les investissements industriels ont progressé d’à peine 1%. En 2002,
on a eu un plongeon brutal avec un recul de 13%. Recul encore en 2003, avec 6%
de chute des investissements. En 2004, encéphalogramme plat : croissance
zéro des investissements. En 2005, nouveau recul de 2%. Enfin, les résultats rectifiés
pour 2006 font état d’une totale stagnation : croissance zéro. En clair,
depuis 2001, l’investissement industriel n’a cessé de stagner ou de reculer et
le résultat cumulé sur ces six années est nettement négatif. Ce
qui est très frappant, c’est que l’enquête faite chaque année au premier trimestre
annonce régulièrement pour l’année à venir une progression des investissements.
Or, comme le soulignent Les Echos, « les prévisions du mois de janvier ont
toujours été trop optimistes par rapport aux réalisations, avec un écart parfois
très important (jusqu’à 14 points en 2003) » : on annonçait alors, selon
cette enquête, 8% de croissance, finalement, on a eu une chute de 6% ! En
2006, l’enquête de janvier annonçait 5% de hausse des investissements. C’était
l’opinion des industriels. En octobre 2006, recul sensible : on n’annonçait
plus de 2% de hausse. Résultat : en janvier 2007, on s’apprenait que la hausse
s’était transformée en une stagnation totale : le résultat est de 0%. Qu’en
sera-t-il en 2007 ? La prévision de l’enquête de janvier, publiée il y a
seulement quelques jours, est optimiste, comme chaque année ! On annonce
7% de hausse. Soit dit en passant, même 7%, c’est bien peu après des années de
recul. Cela ne rattraperait pas le retard, loin s’en faut, et nous nous ne ferions
que revenir au niveau de 2003. Mais nous sommes sûrs que, sauf changement radical
de politique après les élections, cette prévision sera, comme les autres années,
démentie, et que l’investissement stagnera. Certes,
on pourrait être optimiste à la lecture des bons résultats des entreprises du
CAC 40 : les unes après les autres, elles annoncent des profits en hausse.
Mais il faut nuancer. D’abord, cela concerne surtout les très grandes entreprises,
implantées sur le marché international, et non les PME qui, elles, investissent
essentiellement en France. Ensuite, une part importante de ces profits ne sert
pas à investir, mais part en impôts. Nous avons un des impôts sur les sociétés
les plus élevés du monde. Cela n’attire pas les entreprises étrangères, cela décourage
les entreprises françaises, et cela retire une part des sommes qui pourraient
être consacrées à l’investissement. Il suffit de regarder le contraste avec des
pays comme l’Irlande : avec 12,5% d’impôt sur les sociétés, trois fois moins
que chez nous, l’investissement et la croissance s’envolent. Ensuite,
ce qui est important, c’est aussi la perspective de l’évolution de l’impôt. Les
entreprises n’aiment pas l’instabilité et le risque créé par la politique. Elles
savent que les promesses électorales d’aujourd’hui sont les impôts de demain et,
comme nous l’expliquons par ailleurs, on semble ici ou là revenir déjà sur les
timides baisses d’impôts annoncées au cours des dernières semaines. Une candidate
envisage même de supprimer le bouclier fiscal. Il
y a autre chose. Pour investir, les profits ne suffisent pas. Il faut aussi emprunter.
C’est l’épargne des ménages qui finance les entreprises. Or cette épargne est
en recul, à cause de la priorité donnée à la consommation, et elle est détournée
du secteur productif par l’ampleur des déficits et des besoins publics. Plus l’Etat
s’endette, moins les entreprises peuvent trouver de financement pour leurs investissements.
Sans compter que chacun sait que les emprunts publics d’aujourd’hui, c’est l’assurance
de nouveaux impôts pour demain. Mais
il ne suffit pas de pouvoir investir. Encore faut-il le vouloir. La volonté des
entrepreneurs ne manque pas, d’où leur optimisme en début d’année ; mais
la réalité s’impose rapidement : pourquoi investir, quand l’entreprise est
paralysée par toutes sortes de règlements absurdes qui l’empêchent d‘innover ?
Pourquoi investir, si l’on ne peut embaucher, puisque, dans un monde incertain,
on n’embauchera que si l’on peut licencier en cas de difficultés. Pourquoi investir,
si les 35 heures empêchent de produire plus ? Pourquoi investir, si la liberté
économique faut défaut ? Faut-il
être pessimiste pour 2007 ? Si l’année nous apporte un recul de l’Etat et
une baisse des impôts, l’investissement repartira. Mais si la tyrannie du statu
quo l’emporte, les mêmes causes reproduiront les mêmes effets et l’année se terminera
par une stagnation durable des investissements industriels. Et ce qui vaut pour
l’industrie vaudra pour les autres secteurs.
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