7 MILLIONS DE PAUVRES EN FRANCE
Les amateurs de sensationnel y trouveront
leur compte, et peut-être aussi les marchands de peur dont parlait Jacques
GARELLO dans son récent éditorial. Le rapport de « l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale »
fait froid dans le dos. Il faut pourtant y regarder à deux fois. Sur le
diagnostic : ce n’est pas la pauvreté qui est mesurée, mais les écarts
de revenus, ce qui est très différent. Et sur le remède proposé :
l’Etat, bien sûr, protecteur des faibles et
des exclus. En réalité, l’Etat n’est pas la
solution, mais le problème : il crée la pauvreté durable.
De 3,7 à 7 millions de pauvres
Ce rapport est attendu chaque année
avec intérêt, même si cette année, pour des raisons qui nous échappent,
il ne lui a été fait qu’un minimum de publicité. Les informations sont
malheureusement un peu anciennes et le rapport 2006 porte essentiellement
sur les résultats de l’année 2003.
Première information : selon un
premier calcul, il y aurait eu en 2003, 3,694 millions de pauvres en France.
D’où vient de chiffre ? Du fait qu’en France est considérée comme
pauvre toute personne percevant moins de 50% du revenu médian (celui qui
partage la population en deux parts égales, autant en dessus qu’en dessous).
Cela fait 645 euros par mois pour une personne seule.
Deuxième information : si l’on
avait retenu comme seuil de pauvreté le calcul proposé par les instances
européennes, pour les comparaisons entre pays, on aurait eu des résultats
différents. En effet, en Europe le seuil de pauvreté est fixé à 60% du
revenu médian, soit pour la France 774 euros par mois pour une personne
seule. Dans ce cas, il y aurait eu 7,015 millions de pauvres.
Ces chiffres ne marquent pas une grande
évolution par rapport à ceux de 2001, puisque l’on avait trouvé alors
7,1 millions de pauvres en France, selon les normes européennes. Mais
quelle est la signification de ce calcul ? En quoi exprime-t-il la
pauvreté ? En effet, il s’agit d’un calcul relatif (par rapport au
revenu médian). On comprendra facilement que ce n’est pas la même chose
d’avoir moins de 50% du revenu médian au Bangladesh ou en France ou aux
Etats-Unis ! En effet, un pauvre Français serait considéré comme
un riche Bangladais. La pauvreté est-elle objective ou subjective ?
Si elle est subjective et relative, on est toujours le pauvre de quelqu’un...
Pauvreté ou écarts de revenus ?
En réalité, ces calculs donnent une
idée de la dispersion des revenus, ce qui est une question intéressante,
mais qui n’a rien à voir avec la pauvreté objective, avec la misère. Là
encore il y aurait beaucoup à dire. En effet, suivant le calcul « à
la française », les 3,7 millions de pauvres représentent 6,3% des
individus. Cela veut dire que les revenus sont extrêmement concentrés
(et non pas très inégalitaires comme on le dit), puisque 93,7% des individus
touchent plus de 50% du revenu médian. Il y a donc 43,7% des individus
qui touchent mensuellement entre 423 euro (moitié du revenu médian) et
845 euro (revenu médian).
L’absurdité de ce type de calcul était
déjà apparue il y a quelques mois (La Nouvelle lettre du 12 novembre 2005),
à propos de résultats publiés pour l’ensemble de l’Union
européenne. Le Monde avait titré « 72 millions de pauvres en Europe ».
De quoi impressionner en effet. Or le seuil de pauvreté (60% du revenu
médian) était de 15.913 euros par an pour une famille avec deux enfants.
Mieux encore : dans le cas du pays le plus riche, le Luxembourg (10%
de pauvres selon ce calcul) le seuil de pauvreté est fixé, pour une famille
de 4 personnes, à 30.000 euros par an (toujours 60% du revenu médian).
On en conviendra, c’est une pauvreté bien relative, dont de nombreux Africains
seraient sans doute heureux de bénéficier…
Ceci étant, il serait bien entendu
stupide de le nier, il y a des pauvres en France comme ailleurs. Ce qui
est alors intéressant, c’est de savoir si ce sont toujours les mêmes.
Or là, si on dispose de peu d’information en Europe, on en a beaucoup
plus du côté des Etats-Unis. Et là on s’aperçoit d’une incroyable mobilité
(voir la Nouvelle lettre du 10 septembre 2005). Le seuil de pauvreté,
soit dit en passant, est de 19 400 dollars pour une famille de 4
personnes. Mais surtout tous les calculs montrent que la grande majorité
de ceux qui sont pauvres une année ne le sont
plus dans les années qui suivent. D’une génération à l’autre, la mobilité
est encore plus grande. Et seuls ceux qui sont maintenus artificiellement
dans l’assistanat par l’Etat Providence (voir
les analyses de T. SOWELL) restent durablement dans cette situation.
C’est l’Etat Providence qui créé la pauvreté
durable
C’est sans doute là qu’en France se
situe le véritable problème, qui n’est pas soulevé dans le rapport de
l’Observatoire de la pauvreté. Tout est fait pour maintenir
dans la pauvreté ceux qui ont eu le malheur d’y tomber. Car c’est l’Etat Providence qui a multiplié le nombre de pauvres, par
exemple en instituant un assistanat durable dont on a du mal à sortir,
notamment avec le RMI, dont le nombre de bénéficiaires ne cesse de croître.
Et la destruction de la famille par l’Etat Providence
n’a fait qu’aggraver les choses.
Mais on sait que ce qui conduit avant
tout à la pauvreté, c’est la perte durable d’emploi. Or là encore c’est
l’Etat Providence qui est responsable. Il l’est
quand le non travail est mieux rémunéré que le travail : pourquoi
chercher à s’en sortir, puisque l’on serait financièrement perdant ?
Il l’est quand des mécanismes comme le salaire minimum (SMIC), ce que
confirment toutes les enquêtes, exclue durablement du marché du travail
les plus jeunes et les moins qualifiés. Il en va de même pour le poids
excessif des charges sociales, qui joue contre l’embauche. Ou encore des
contrats de travail trop rigides qui font que personne n’embauche si personne
n’a le droit de licencier.
Oui, la pauvreté existe, malheureusement,
et elle est un drame pour ceux qui s’y trouvent. Mais elle a pour source
principale l’Etat Providence. Ce qui fait que
lorsque tous les observateurs se servent de rapports comme celui que nous
avons commenté pour faire encore plus appel à l’Etat,
ils se trompent, car l’Etat n’est pas la solution,
mais le problème. Et c’est surtout l’Etat Providence
qui fait de la pauvreté un phénomène durable au lieu de n’être qu’une
situation transitoire. Lutter contre la pauvreté, c’est faire reculer
l’Etat Providence. C’est ce qu’oublie de dire le rapport de
cet Observatoire.
Le 14 Mars 2006
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