SANS INVESTISSEMENT, C’EST LE CHOMAGE DURABLE


Coup de froid sur le front du chômage : les dernières statistiques ne sont pas bonnes. Nous sommes d’accord avec le gouvernement pour ne pas succomber à la psychose des indices : un chiffre sur un mois ne signifie rien. Mais naguère le gouvernement n’a pas manqué d’exploiter les mêmes indices quand ils lui étaient favorables ! De plus, nous sommes tout à fait persuadés qu’il n’y a aucune raison sérieuse pour voir le chômage continuer à baisser en France, en dépit de l’effet d’entraînement de la reprise chez quelques-uns de nos partenaires, notamment allemands. Pourquoi cette prévision d’un chômage durable ? Parce que, comme nous l’avions prévu il y a six mois, l’investissement n’est pas reparti en France au cours de l’année dernière. Faut-il s’en étonner quand on fait la chasse au profit ? Arrêtez la chasse !

 

Les investissements industriels ont reculé de 4% en 2005

Rappelons que le recul des investissements avait déjà été de 13% en 2002 et de 6% en 2003. Ce n’est donc pas un phénomène nouveau. En 2004, la hausse avait été nulle. 2005 semblait mieux parti pour les premiers mois. L’enquête de l’INSEE confirmait ce mieux et on annonçait 3% de hausse des dépenses d’investissement. C’est certes très faible, car cela n’aurait pas permis, et de loin, de compenser le recul des années précédentes.

Six mois plus tard, une nouvelle enquête de l’INSEE étant passée par là, où en sommes-nous ?  L’enquête porte, comme d’habitude, sur l’investissement industriel et elle est réalisée à partir d’un échantillon de 4 200 entreprises. Certes, l’industrie ne représente que 30% des dépenses d’investissement et il faudrait voir ce qui se passe dans les secteurs non industriels. Mais pour l’instant, tenons-nous en à l’enquête détaillée dans l’industrie. Finalement, les investissements y ont reculé de 4%.

Le diagnostic est donc clair : les industriels ont remis à plus tard les investissements qu’ils avaient envisagés de faire en 2005, parce qu’ils ont considéré que les perspectives ne s’étaient pas améliorées par rapport aux années précédentes. Commentaire officiel de l’INSEE : les industriels du secteur des biens d’équipements, notamment, ont reporté une part des dépenses d’équipement initialement affectées en 2005. L’INSEE confirme aussi la contraction des investissements dans l’agroalimentaire et dans l’automobile.

 

Vers une reprise de l’investissement en 2006 ?

En 2005, les investissements dans l’automobile ont même chuté de 9% ; tandis qu’ils reculaient de 4% dans les biens intermédiaires et de 1% dans les biens d’équipements. Il n’y a que dans les biens de consommation que la hausse est positive (mais très faible) : 2%. Certes, c’est un peu mieux dans les secteurs non industriels, mais la tendance n’est pas au beau fixe, c’est le moins qu’on puisse dire.

Qu’en sera-t-il pour 2006 ? L’expérience de 2005 devrait inciter à la prudence. On attendait une hausse ; on a eu une baisse. En sera-t-il de même en 2006 ? Les industriels interrogés attendent effectivement une progression des investissements, qui devrait être de 5% en valeur. Mais ce serait bien insuffisant pour compenser le recul observé depuis 2002. Et certains secteurs resteraient dans de grandes difficultés : c’est ainsi que dans l’automobile, on s’attend à un recul de l’investissement de 11%.

Pourquoi ? Il ne manque pas d’explications : des mauvaises comme des bonnes. Certains évoquent l’incertitude due aux prix du pétrole. Mais la hausse de ces prix a été absorbée et répercutée au cours des derniers mois. D’autres anticipent un tassement de la  demande. C’est une vision très keynésienne de l’investissement, vu comme un élément de la demande globale, en liaison avec la consommation, les exportations, et les dépenses publiques.

 

La chasse aux profits et prétendre favoriser l’investissement

 

Voilà autant de mauvaises raisons. Car il faut considérer l’investissement comme un moteur de l’offre et non comme un élément de la demande. L’investissement est avant tout un moyen d’améliorer et d’adapter la capacité productive d’une entreprise. Il obéit non à l’évolution de la demande globale, mais aux anticipations des entrepreneurs. Un investissement qui ne débouche pas sur une production rentable est de l’argent gaspillé qui met l’entreprise en péril. On n’investit pas parce que l’Etat dépense ou que le gouvernement l’exige. C’est même le contraire, car plus l’Etat dépense, moins il reste de quoi financer les investissements productifs. Et M. CHIRAC a beau « gronder » les entrepreneurs qui voyagent avec lui, ce n’est pas pour cela qu’ils investiront un centime de plus.

Au risque de nous répéter, mais la leçon n’est toujours pas comprise en France, pour investir, il faut dégager des profits substantiels. Ce n’est pas en critiquant les profits « faramineux » de telle ou telle entreprise et mieux encore en menaçant de les taxer que l’on va pousser les entreprises à investir. Comment peut-on détester et critiquer le profit et en même temps réclamer une reprise des investissements ? Et comment faire des profits si les prix sont administrés -ce qui arrive encore dans certains secteurs comme le médicament-, si les profits sont surtaxés, si la taxe professionnelle explose, si l’on critique les actionnaires, si l’on multiplie les charges sociales, si l’on paralyse les entreprises par des réglementations de plus en plus contraignantes, et enfin – et non le moindre - si on vit dans la terreur des syndicats ? Quand les OPA suscitent critiques et interventions, la liberté des actionnaires est-elle respectée ? Sont-ils incités à placer leur argent ?

Répétons la formule du chancelier social-démocrate Helmut SCHMIDT : « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les investissements de demain font les emplois d’après-demain ». Il est vrai que les entreprises françaises pourraient aussi recourir à l’emprunt. Mais l’Etat ne leur en laisse guère le loisir, lui qui a plus de 1100 milliards de dette officielle et 2000 milliards en comptant les retraites des fonctionnaires. Plus l’Etat emprunte, moins il reste d’épargne disponible pour investir.

Commençons donc par le début : libérons les entreprises des charges fiscales et sociales et des contraintes administratives, et l’on verra l’investissement repartir de tous côtés. Si à l’inverse nous conservons notre système fiscal et social, les investissements de demain seront reportés une nouvelle fois à après-demain, de sorte que le chômage se prolongera.


Le 7 Mars 2006
 

 


 

 

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