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| Hugo
Chavez, président du Vénézuela, donne une merveilleuse leçon de science économique
et politique. Il mène avec talent sa « rupture avec le capitalisme ».
Il
réhabilite ainsi le vieux rêve marxiste, que d’aucuns croyaient à jamais abandonné.
Les Français les plus âgés se souviennent sans doute du Programme Commun de la
Gauche des années 1970. Mais c’était encore du temps de l’URSS. Mais depuis lors,
il y a eu la chute du mur de Berlin, la conversion de la Chine au capitalisme,
bref l’effondrement des régimes communistes. Chavez, imité d’ailleurs par d’autres
dictateurs latino-américains, a l’immense mérite de nous inviter au « devoir
de mémoire », et de nous rappeler que le socialisme est le plus court chemin
vers la misère et l’oppression. Ce rappel d’un passé dramatique n’est peut-être
pas inutile pour certains idéologues qui ont la mémoire courte, mais aussi pour
certains politiques qui se piquent de tiers système et ne sont plus effrayés par
le socialisme.
Le cinquième exportateur mondial de pétrole Ce
qui se passe au Venezuela ne concerne pas seulement ce pays, mais toute la planète.
Car Chavez démontre que le communisme n’est pas mort, et qu’il reste toujours
aussi intrinsèquement pervers, entraînant partout les mêmes funestes conséquences.
Il faut donc ouvrir les yeux, notamment des jeunes générations qui n’ont pas connu
le socialisme réel et son « bilan globalement positif », sur cette mécanique
implacable. N’oublions
pas que le Venezuela est loin d’être au départ le pays le plus pauvre. Il bénéficie
notamment à plein de la rente pétrolière, qui fournit 90% des devises du pays
et plus de la moitié des recettes de l’Etat. Il est le cinquième exportateur mondial
de pétrole. La
rupture de Chavez a commencé par petites touches : une nationalisation ici
ou là, quelques restrictions de liberté pour les riches qui exploitent le pays,
des interventions étatiques de plus en plus pesantes. En apparence rien de bien
méchant, puisque chez nous également ces mesures plaisent à la gauche, mais aussi
à la droite : on est capable de détruire la propriété privée, de dénoncer
les riches, et de tolérer l’ingérence de l’Etat dans les affaires privées.
Le saccage de l’économie grâce aux nationalisations Mais
de fil en aiguille, on en arrive au communisme, c’est à dire à la généralisation
de la misère. Pierre Antoine Delhommais, dans un de ses articles du Monde, résume
bien la démarche : « C’est avec une constance, un talent et une énergie
remarquables que Hugo Chavez s’emploie à saccager l’économie de son pays ».
Le voilà devenu « le nouveau maître à penser des altermondialistes, depuis
que le « traître » Lula s’est rallié, avec succès, à la mondialisation
libérale et à l’orthodoxie monétaire et budgétaire ». D’ailleurs, à Copenhague,
Chavez avait fait l’éloge de la décroissance et du renoncement à la consommation
des biens matériels, à la grande joie des écologistes les plus excités :
ce n’était qu’une illustration de ce qui se passe dans son pays. Comme
toujours, l’élément central concerne la propriété. Chavez nationalise systématiquement,
secteur par secteur, entreprise par entreprise. En 2008, il avait par exemple
nationalisé les cimentiers (qui s’en soucierait ?), y compris en nationalisant
des entreprises étrangères comme Lafarge. Il voulait en réalité prendre en mains
toute la construction et le secteur du logement. Quand une entreprise n’acceptait
pas l’aumône proposée comme indemnisation… il n’y avait aucune indemnisation.
Chavez n’hésitait pas à parler « d’un nouveau pas vers le socialisme »,
bien légitime puisque ces groupes « pillaient la richesse nationale ».
Et les cimentiers, c’est bien connu, étaient les responsables de la grave crise
du logement que connaissait le pays. Ce
n’est qu’un exemple, car il y a aussi le pétrole, les banques, la finance, les
terres, l’électricité, les télécommunications et la semaine dernière encore Chavez
s’attaquait cette fois aux magasins Exito, qui ne sont rien d’autre qu’une filiale
de Casino (La France s’est contentée de faire part de « son inquiétude »).
Les magasins avaient en effet commis un grand crime : augmenter leurs prix
après la dévaluation du bolivar ; donc bien sûr sans aucune raison !
C’est un réseau de distribution socialiste qui gérera désormais ces entreprises
commerciales. D’une manière générale, pour Chavez, tous les commerçants sont des
spéculateurs.
Le retour de l’inflation Après
les atteintes à la propriété, le second problème, c’est l’inflation. Certes, il
n’y a pas d’inflation dans les pays socialistes, come disait G. Marchais. Et pour
le prouver Chavez a supprimé trois zéros pour créer le Bolivar fort. Mais son
laxisme monétaire a provoqué les mêmes effets que partout, en même temps que ses
déficits publics, et l’inflation a grimpé peu à peu, signe pour lui du dynamisme
de l’économie. En 2009, on a dépassé les 25%, et on envisage 50% cette année.
Encore un miracle chavezien ? En fait, comme le rappelle le journaliste du
Monde, comme partout « ce sont les pressions politiques exercées sur la banque
centrale qui ont empêché cette dernière d’agir efficacement pour casser l’inflation ». Il
a donc fallu dévaluer le fameux bolivar fort, qui est passé de 2,1 bolivars pour
un dollar à des taux variables suivant les produits, en général à 4,3 bolivars
pour un dollar. Encore s’agit-il des taux officiels. Au marché parallèle, on est
au dessus de 7. Oublié le Bolivar fort. Comment reprocher aux magasins d’augmenter
les prix en cas de dévaluation, alors que 60% des produits alimentaires sont importés ?
On retrouve les grandes heures de l’ex-URSS. Mais
Chavez a trouvé une parade inédite : le contrôle des prix. Il a produit
les mêmes effets que partout : les magasins se sont vidés de leurs produits :
ce n’est pas cher, mais il n’y en a pas à ce prix là. Heureusement, il a créé
des magasins d’Etat pour le commerce de détail, qui eux sont vides d’emblée, faute
de produits : on recrée la sympathique habitude de la file d’attente, source
de convivialité. Les coupures d’électricité viennent compléter le tableau, recréant
les joyeuses veillées d’antan. Même l’eau est rationnée, faute d’investissements. De
la pénurie à l’oppression Mais
l’économie n’est toujours qu’un début. C’est ensuite l’information qui a été logiquement
prise en main. Le pouvoir impose les heures de bavardage présidentiel. La semaine
dernière une chaîne d’opposition a été neutralisée ; chassée du réseau hertzien,
elle ne fonctionnait plus que par satellite. Elle est désormais fermée, faute
d’avoir accepté de diffuser tous les discours du président, et Dieu sait qu’il
y en a. Les institutions sont changées ou doublées par des institutions parallèles
dans la main du régime. On admirera le rôle des conseils mis en place partout
par Chavez pour contrôler le pays. Rappelons la sympathique traduction en russe
du mot conseil, qui se dit soviet. Tout cela permettra de préparer joyeusement
les prochaines élections, dans la grande tradition de la démocratie populaire. Ce
sont donc peu à peu toutes les libertés publiques, civiles, politiques qui sont
rognées. Ce n’est que la conséquence logique de la suppression progressive de
la propriété privée. Tout se tient. Propos d’un libéral ? Rappelons que Jean
XXIII, qui n’était pas exactement un ultralibéral, affirmait déjà en 1961 que
« l’expérience et l’historie l’attestent : là où le pouvoir politique
ne reconnaît pas aux particuliers la propriété des moyens de production, les libertés
fondamentales sont ou violées ou supprimées. Il est donc évident qu’elles trouvent
en ce droit garantie et stimulant ». Pas surprenant que Chavez commence à
s’attaquer à l’Eglise. Le
problème, c’est que Chavez fait école ; il fait alliance avec Cuba, mais
il a des émules, en Bolivie, au Nicaragua et dans de nombreux autres pays. Certes,
il reste des pays socio-démocrates, comme le Brésil, tandis que le Chili a renoué
avec la droite libérale. Mais la contagion ne menace pas seulement l’Amérique
latine. Chavez inspire des mouvements d’extrême gauche partout, y compris en Europe,
avec nos chers altermondialistes. Finalement,
la leçon de Chavez, c’est que certains pays, le nôtre en particulier, empruntent
parfois une route dangereuse. Nationaliser, même partiellement les banques, contrôler
les prix, avoir 50% de prélèvements obligatoires et plus encore de dépenses publiques,
voir l’Etat s’occuper de tout, se mêler de la gestion des entreprises ou des rémunérations,
transformer le pays en « grande nurserie » :
n’est-ce pas prendre le même chemin ? Tout
se tient. Ce que nous rappelle Chavez, c’est que les libertés sont indissociables ;
quand on met le doigt dans l’engrenage étatique, c’est le socialisme qui est au
bout de la route et la misère qui va avec. Ne jouons pas avec le feu. Défendons
les libertés économiques, ici comme ailleurs, si nous ne voulons pas perdre la
liberté tout court. Jean-Yves Naudet
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