LA GUERRE DES CHANGES


La guerre des changes est-elle déclarée ? Le Président Obama a ouvert le feu, accusant la Chine de manipuler le yuan ; celle-ci a répliqué vertement au nouveau président, qui défendrait le protectionnisme américain. Au-delà de cet échange, on accuse d’autres pays, comme l’Angleterre, de laisser filer leur monnaie pour favoriser leurs exportations. Le problème posé est celui des interventions étatiques sur le marché des changes, une habitude qui ramène au bon vieux temps des changes « fixes ». Si l’on veut échapper à la catastrophe des années 1930, il est urgent de restaurer un libre marché des changes.

 

Le taux de change est un prix

 

Dans cette question des changes, toute la difficulté vient de ce que l’opinion, comme les gouvernants, a du mal à comprendre qu’un taux de change est un prix. C’est le prix d’une monnaie (ou « devise ») par rapport à une autre. Ce prix doit donc dépendre, comme tout prix, de l’offre et de la demande des deux monnaies considérées. D’où viennent ces offres et demandes ? Des besoins du commerce, des besoins du tourisme, des mouvements de services, des mouvements de capitaux à long terme (investissements, opérations en bourse à l’étranger,…) et des mouvements à plus court terme, y compris les mouvements spéculatifs, qui jouent un rôle, par exemple, pour équilibrer les divers marchés en jouant sur les différences de prix ou sur les anticipations.

Sur un marché libre, l’ensemble détermine le prix, c'est-à-dire le taux de change. Comme tous ces éléments varient tout le temps, la valeur des monnaies change à chaque instant. Voilà qui gêne beaucoup de monde, car certains envisagent encore la monnaie comme un élément de la souveraineté (comme le drapeau ou l’hymne national) et donc comme immuable. Voilà qui pousse les gouvernements à « reprendre la main » et à « administrer les prix ».

 

Les changes fixes ont des effets pervers

 

L’administration des prix peut prendre la forme simple des « changes fixes » : un accord international établit une valeur « officielle » de chaque monnaie, les parités entre monnaies sont connues de tous. C’est sans doute ce à quoi rêvent les partisans d’un « nouveau Bretton Woods ». Mais précisément ces accords n’ont jamais été respectés, dévaluations et réévaluations se sont succédées pendant trente ans.  Est-ce ce retour à la souveraineté monétaire que l’on souhaite, avec son cortège d’effets pervers ?

Milton Friedman, entre autres, a  dénoncé les changes pseudo-fixes où finalement les banques centrales sont amenées à gonfler ou dégonfler la quantité de monnaie qu’elles mettent sur le marché pour faire monter ou descendre sa valeur et la ramener à sa parité officielle. D’une part elles n’y parviennent jamais : la pression de la demande internationale est plus forte que les manipulations des banques centrales, d’autre part elles perturbent l’économie nationale en faussant tous les prix, conduisant à l’inflation et au chômage.

Depuis le 1er avril 1978, les monnaies varient à chaque instant, comme par exemple le dollar par rapport à l’euro, reflétant les réalités des marchés. Les changes sont « flottants ». Cet environnement monétaire a été tout à fait propice au commerce mondial, aux investissements internationaux, et la croissance de l’économie pratiquant le libre échange a été spectaculaire.

 

Le retour des manipulations de change par les banques centrales

 

Quel est alors le problème ? C’est que certains pays ne jouent pas le jeu des changes flottants. En général, ils essaient, par des interventions sur les marchés des changes, mais sans fixer de parité officielle, d’empêcher leur monnaie de trop s’apprécier. C’est à l’évidence ce que fait la Chine. En effet, la bonne santé du pays et les excédents extérieurs devraient logiquement conduire à une appréciation du yuan. La monnaie chinoise devrait être recherchée par tous les opérateurs du monde entier, et son prix devrait monter. Mais le gouvernement chinois veut inverser cette tendance et fabrique chaque jour davantage de yuans et achète davantage de devises étrangères (ce qui gonfle ses réserves et alimente son fonds souverain). Elle essaie ainsi de favoriser ses exportations, la faiblesse de sa monnaie diminuant le prix de ses marchandises destinées à l’étranger.

Les Chinois ne sont pas les seuls tentés par cette opération. On dit que les Anglais pratiquent de même avec la Livre, qui a perdu en quelques semaines près de 30 % de sa valeur : acheter anglais devient une bonne affaire, et les Anglais devraient se détourner des produits importés. La Banque Centrale Européenne est pressée depuis des années de rompre avec « l’euro fort ». Enfin, dernier en date, le Japon est aussi suspecté de maintenir le yen à un niveau totalement artificiel.

 

Guerre des changes et  protectionnisme aggraveraient la crise

 

Reste le billet vert. Sa valeur n’a cessé de souffrir de la politique menée par la Réserve Fédérale depuis vingt ans. Pour l’instant, les Etats-Unis dénoncent la Chine : « Barack Obama pense que la Chine manipule sa devise » a déclaré Timothy Geithner, secrétraire au Trésor. Réplique dès le lendemain du ministère du commerce chinois : « Le gouvernement chinois n’a jamais eu recours à une supposée manipulation de devises pour engranger des bénéfices en matière de commerce international. Critiquer sans fondement la Chine sur la question des taux de change ne fera que servir le protectionnisme américain ». Et il est vrai que certains démocrates protectionnistes veulent que le plan de relance Obama précise que les investissements publics programmés ne pourraient être construits qu’avec de l’acier américain. Les Américains laisseraient-ils « filer le dollar » un peu plus pour protéger leur économie en difficulté ?

Si l’on se réfère aux années 1930, c’est le repli des économies nationales et la chute vertigineuse des échanges extérieurs qui ont aggravé la crise. La mondialisation est le vrai moteur de la croissance et la seule vraie chance de reprise. Compromettre la mondialisation par une guerre des changes menée par les Banques Centrales serait réellement suicidaire.

 

Jean-Yves Naudet

Le 10 février 2009
 

         
 


 

 

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