LIBERTE ECONOMIQUE :
LA FRANCE SOIXANTE-QUATRIÈME !
Chaque année, nous faisons le point
dans un article de conjoncture sur les indices de liberté économique et sur la
place de la France
dans ce classement. Dès la parution de cet indice, à la mi-janvier, Jacques Garello
publiait le classement des 179 pays concernés sur le site www.libres.org (rubrique « à la une »)
où nos lecteurs peuvent consulter la place de chaque pays. La France est classée 64ème,
en recul de 16 places en un an ! Cela en dit plus long que tous les discours
sur notre situation et éclaire d’un jour cruel le sort qui nous attend :
quand la reprise sera là, notre manque de liberté nous empêchera de suivre le
peloton. L’indice d’Heritage C’est Heritage Foundation et le Wall
Street Journal qui publient chaque année l’indice de liberté économique. Le rapport
complet, extrêmement détaillé et argumenté (410 pages), peut être consulté ou
demandé sur le site d’Heritage www.heritage.org/index. Pour chaque pays,
dix facteurs spécifiques de liberté économique sont retenus et calculés. La liste
est importante et significative de tous les aspects de la liberté économique.
On y trouve la liberté des entreprises, la liberté du commerce, la liberté fiscale,
la taille des pouvoirs publics, la stabilité monétaire, la liberté des investissements,
la liberté financière, la liberté de la propriété, la corruption et la liberté
du marché du travail. Chaque domaine est noté sur dix, la
note maximale signifiant une liberté totale et la note la plus faible une étatisation
totale du domaine. Cela donne ensuite une note globale sur 100. Bien sûr, aucun pays n’est totalement
libre, ni aucun totalement étatisé, il y a toujours quelques interventions publiques
ou quelques mini-espaces de liberté. C’est ainsi que le pays classé premier, donc
le plus libre, Hong Kong, a obtenu la note de 90 sur 100, tandis que le moins
libre, la Corée du Nord, a la note de 2 sur 100, ce qui n’est
guère surprenant. La fin du classement mérite d’être
connue : outre la Corée
du Nord, dernière, on trouve des pays sur lesquels nous avons attiré l’attention
en raison du déclin rapide des libertés : le Zimbabwe (178), Cuba (177) ou
le Venezuela (174), mais aussi la Libye (171), l’Iran (168) ou
la Belarus (167).
Tous ces pays ont de nombreux points communs : ils sont socialistes ou sont
en train de le devenir ; ils tiennent leur peuple en esclavage ; l’absence
de liberté économique va de pair avec l’absence de liberté politique ; ils
s’enfoncent dans la misère. Les premiers de la classe La tête du classement est également
intéressante. Les pays libres (note entre 80 et 100) sont peu nombreux. Dans l’ordre,
outre Hong Kong, numéro un, Singapour, l’Australie, l’Irlande, la Nouvelle Zélande,
les Etats-Unis, le Canada et c’est tout. On a ensuite les pays principalement
libres (entre 70 et 80), au nombre de 23, ce qui n’est pas négligeable. On y trouve
beaucoup de pays européens, comme le Danemark, la Suisse, la Grande- Bretagne,
les Pays-Bas, l’Islande, le Luxembourg, la Finlande, la Belgique, l’Autriche, Chypre, l’Allemagne, la Suède, la Norvège, l’Espagne,
donc une large majorité de pays de l’Europe de l’ouest, ce qui est plutôt rassurant.
Mais il ne faut pas se réjouir trop vite, car si en un an 21 pays d’Europe progressent,
20 autres régressent. Toujours dans ce groupe de pays principalement
libres, on trouve certains pays d’Europe de l’Est, comme l’Estonie ou la
Lituanie, mais aussi des pays extra européens : Japon, Chili,
Bahreïn, Macao, l’île Maurice, la
Barbade ou les Bahamas. Au-delà, dans le troisième groupe des
pays modérément libres (entre 60 et 70), on trouve beaucoup de pays d’Europe de
l’est, qui recouvrent peu à peu leurs libertés. L’Arménie, la Géorgie, la Slovaquie, la République Tchèque,
la Hongrie,
la Bulgarie, l’Albanie. Il
y a aussi bien sûr beaucoup de pays de l’ex-tiers-monde, comme la Corée du sud, le Mexique
ou l’Afrique du sud. La France ne cesse de reculer Et la France ? Elle se situe
au-delà de tous ces pays, en bas du groupe des pays modérément libres, avec 63,3,
tout près des pays principalement non libres, derrière l’Ouganda et juste à hauteur
de la Roumanie. Ce
qui est encore plus inquiétant, c’est l‘évolution de notre pays. D’une année sur
l’autre, notre note a baissé de 1,4 point. L’an dernier nous étions 48èmes :
16 places perdues en un an. Il y a dix ans, nous étions dans les 20 premiers.
Ce qui permet à Jacques Garello d’ironiser sur ceux qui attribuent les difficultés
de notre pays à « l’ultralibéralisme ». Nous sommes dans les derniers
en Europe, dépassés par la plupart des ex-pays socialistes, qui, eux, progressent.
Que nous soyons devant le Nicaragua, le Swaziland, l’Azerbaïdjan ou l’Algérie
ne suffit pas à nous rassurer vraiment. Il est vrai que l’Italie et la Grèce font plus mal
encore que nous. Mais nous ne saurions nous réjouir des malheurs des autres. Pourquoi faut-il nous inquiéter pour
ce mauvais classement et cette régression ? D’abord, parce qu’à l’évidence
les pays les plus libres économiquement sont ceux qui ont la croissance la plus
forte, et le niveau de vie le plus élevé. Ensuite, parce que la liste montre une
corrélation assez étroite, ce qui est logique, entre les libertés économiques
et les libertés civiles. Quand on n’est pas libre de choisir ses produits ou ses
investissements, on est rarement libre de se déplacer ou de s’exprimer. Mais il y a autre chose. La crise actuelle,
nous n’avons cessé de le démontrer ici même, marque dans de nombreux pays le « retour
de l’Etat ». Cette vague de dirigisme est particulièrement accentuée en France
cette année, avec les projets de nationalisation, le fonds souverain, les menaces
sur la liberté d’entreprendre, la progression massive des dépenses publiques,
de la dette et des impôts. Il est à prévoir que l’an prochain la note de la France sera abaissée. Ce qui signifie que nous aurons
plus de mal que les autres à sortir de la crise, et que le jour où la reprise
mondiale et européenne sera là, nous en serons tenus à l’écart. C’est une loi
simple et ancienne : quand l’Etat progresse, c’est toute l’économie qui régresse.
Jean-Yves Naudet Le 2 février 2009 |