F.M.I : LE MAMMOUTH KEYNESIEN LIBERE DES GLACES


KEYNES n’a pas sorti les Etats-Unis de la Grande Dépression, bien au contraire le « New deal » qu’il a inspiré à partir de 1933 a déprimé un peu plus encore l’économie américaine. A nouveau, les erreurs de Keynes ont plongé l’économie mondiale dans la crise des années 1970. Mais au moins cette fois-ci la leçon avait-elle été tirée et, sur les conseils d’économistes comme FRIEDMAN et HAYEK, le keynésianisme semblait définitivement banni des politiques économiques. Les « Reaganomics » avaient-elles définitivement enterré KEYNES ?

Hélas, voici que le keynésianisme ressuscite. Il fait un spectaculaire retour aux Etats-Unis, dans le camp démocrate, mais aussi à la Fed. L’escalade la plus spectaculaire est cependant celle du Fonds Monétaire International, dont le nouveau directeur général, Dominique STRAUSS-KAHN, vient (à Davos) d’appeler à une relance mondiale, monétaire et budgétaire. Par comparaison, la Banque Centrale Européenne fait figure d’un bastion ultra-conservateur !

 

Pour une relance monétaire et budgétaire mondiale

Eléphant socialiste, Dominique STRAUSS-KAHN est un mammouth keynésien. Il veut donc changer le FMI, et l’engager dans une croisade néo-keynésienne. « Il y aura un ralentissement aux Etats-Unis et cela appelle une réponse sérieuse. La crise que nous vivons vient des Etats-Unis, mais c’est une crise qui doit être traitée au niveau mondial », dit-il, et il précise : « Nous devons avoir un système de consultation et de coordination plus fort. Il existe pour la politique monétaire. Nous en avons besoin aussi pour la politique budgétaire, car on ne viendra pas à bout de cette crise avec les seuls instruments de politique monétaire ». Comment ? « Les pays qui ont des difficultés budgétaires doivent continuer à améliorer leur situation, mais ceux qui ont une assez grande aisance budgétaire doivent voler au secours de la relance d’ensemble qui sera sans doute nécessaire ».

Voilà un sacré virage que le nouveau directeur fait prendre au FMI. Alors que cet organisme conseillait partout la rigueur monétaire et budgétaire, la lutte contre l’inflation, voire la réduction des dépenses publiques, voici que maintenant, sous l’impulsion de Dominique STRAUSS-KAHN, le FMI renverserait la vapeur. Il appellerait les pays qui, au prix d’efforts de maîtrise de la dépense, ont su redresser leurs finances publiques, à relancer la demande, c'est-à-dire à accroître les dépenses publiques et à revenir au déficit budgétaire.

 

Des plans d’irrigation pendant le déluge

Le FMI va donc lancer une procédure de « consultation multilatérale » pour coordonner cette action de relance. Certains Américains (de gauche) ont salué le fait que, pour la première fois, le FMI préconise la relance plutôt que la rigueur. En France, C. LAGARDE, a répondu aussitôt oui : « Nous avons besoin d’une combinaison de politique monétaire et budgétaire ». « Il faut envisager la politique monétaire en regardant la croissance et pas seulement la stabilité des prix ». Voici donc le keynésianisme devenu politique mondialisée.

Rappelons d’abord quelques principes de cette politique. Principalement, il s’agit de relancer la demande globale. Celle-ci est composée de la consommation, des investissements et des dépenses publiques. Relancer la consommation passe pour KEYNES avant tout par une hausse des dépenses de transferts, des dépenses sociales, donc par un déficit budgétaire ; relancer la dépense publique signifie pour l’Etat dépenser plus en fonctionnement ou en équipements et donc provoquer un déficit budgétaire massif. Relancer l’investissement passe avant tout par la baisse des taux d’intérêt, grâce à une création massive de monnaie.

La politique keynésienne est mauvaise en soi. Mais elle est encore plus inadaptée à la conjoncture actuelle, marquée par la stagflation. Dans les années 30, il y avait chômage sans inflation (et même avec déflation). KEYNES pouvait soutenir (à tort) que cela venait d’une faiblesse de la demande. Et il expliquait en sens inverse l’inflation par un excès de demande. Mais s’il y a chômage et inflation, c'est-à-dire stagflation, le keynésianisme n’a plus de raison d’être, pas davantage que la solution keynésienne : relancer dans une situation d’inflation, c’est créer plus d’inflation encore. Jacques RUEFF parlait à propos de cette politique d’un « plan d’irrigation pendant le déluge ». « Après nous le déluge a toujours été la devise des socialistes », a dit Ludwig von Mises.

 

On peut se passer du FMI

Depuis quelque temps, le déluge monétaire est organisé par la Fed : la banque centrale américaine ne cesse de baisser les taux d’intérêt (encore récemment de 0,75 points, puis de 0,5 une semaine après) au prétexte de prévenir le risque de récession. Le résultat est naturellement un dérapage de la masse monétaire qui à son tour va relancer l’inflation, tandis que l’impact sur la croissance sera nul, comme le montrent toutes les expériences précédentes. Par comparaison, la BCE, en refusant de baisser ses taux et en privilégiant la lutte contre l’inflation, conformément à sa mission, est plus rigoureuse. Elle a su résister aux pressions politiques. Mais sa gestion est loin d’être parfaite, puisque la masse monétaire (M3) progresse actuellement dans la zone euro de près de 12%, ce qui est clairement inflationniste.

Cependant, la nouveauté introduite aujourd’hui par le FMI concerne la politique budgétaire. Pour l’instant, la situation des divers pays est très contrastée ; certains, notamment en Europe, connaissent des excédents budgétaires, tandis que d’autres, comme la France, sont en déficit important. Toutefois, certains déficits ne sont pas inquiétants si, comme aux Etats-Unis, ils sont dus à une baisse des impôts : à terme l’effet LAFFER peut jouer car des taux d’imposition abaissés encouragent l’entreprise, l’épargne et le travail, et accélèrent la croissance, donc la matière imposable : les recettes fiscales augmentent ! Or, D. STRAUSS-KAHN veut régler tous les budgets sur la relance budgétaire, ce qui signifie la hausse des dépenses publiques et le retour général aux déficits massifs.

Le résultat est prévisible : jamais une relance de la demande, monétaire ou budgétaire, n’a créé un seul emploi ou le moindre point de croissance, mais elle a toujours créé un surcroît d’inflation. Par contraste, la rigueur monétaire améliore la gestion et rend le marché plus efficace, et la rigueur budgétaire comprime les dépenses publiques et stimule l’offre. Accompagnées de réformes structurelles, pour favoriser flexibilité et concurrence, ces mesures de rigueur assurent la croissance mondiale. Ce n’est pas la coordination des  politiques étatiques, proposée par D. STRAUSS-KAHN, qui préservera le dynamisme de la mondialisation, c’est la libre entreprise et le libre échange, et l’affranchissement de l’Etat, de ses prélèvements et de ses réglementations. Il est vrai qu’à ce jeu une organisation comme le FMI n’a pas vraiment d’utilité. Sans le FMI,  l’économie mondiale ne s’en porterait que mieux.


Le 12 février 2008
 

 


 

 

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