L’ECONOMIE ESPAGNOLE A L’HEURE ELECTORALE


Nous voici à peine à un mois des élections législatives espagnoles (le 9 mars). C’est une échéance importante pour l’Espagne et le gouvernement socialiste de José Luis ZAPATERO joue sa survie après quatre ans de pouvoir. Or, contrairement à toute attente, l’élection ne se joue pas seulement sur les problèmes de terrorisme et de société, mais aussi largement sur les problèmes économiques. ZAPATERO se vante de son bon bilan, mais l’opposition a beau jeu de rappeler que la bonne situation économique vient de la politique libérale de son prédécesseur José Maria AZNAR, poursuivie en grande partie par ZAPATERO, et la dégradation récente est la conséquence de certaines erreurs économiques des socialistes.

 

Le retour de l’économie dans la campagne électorale

Pour comprendre la situation, il faut d’abord rappeler la situation politique de l’Espagne. Le libéral J.M. AZNAR a succédé en 1996 au socialiste Felipe GONZALEZ. Sa politique économique a été couronnée de succès et lui a valu la confiance des Espagnols, qui l’ont réélu en 2000. Au moment des élections du 14 mars 2004, il a souhaité se retirer de la vie politique espagnole, alors qu’il était encore très jeune (51 ans), et passer la main à Mariano RAJOY. Mais les tragiques attentats islamiques de Madrid et la gestion de la communication par le ministre de l’intérieur accusant à tort l’ETA, bien exploitée par les socialistes, ont renversé la tendance en deux jours et le socialiste ZAPATERO a emporté l’élection de 2004.

La campagne électorale a démarré sur deux questions non économiques. Le problème de l’ETA et plus généralement du terrorisme et de la lutte contre celui-ci, où la formation de droite, le parti populaire espagnol, accuse les socialistes de mollesse. Et les questions de société, sensibles dans une Espagne où l’Eglise catholique a joué longtemps un rôle majeur, à propos de la famille, de l’avortement, du mariage gay, pour lesquels le clivage gauche/droite est très sensible et où l’Eglise s’est fortement engagée pour défendre les valeurs familiales.

Or, contre toute attente, ces dernières semaines, ce sont les questions économiques, avec une dégradation récente des indicateurs, qui se situent au cœur de la campagne. La situation économique était très dégradée au moment où AZNAR avait été élu la première fois en 1996. Certes, l’économie espagnole avait connu des progrès spectaculaire par rapport à la période d’endormissement du franquisme et les frontières avaient peu à peu été ouvertes. Mais il y avait alors encore, selon les chiffres officiels, nettement plus de 20% de chômeurs.

 

D’AZNAR à ZAPATERO

AZNAR a mené une politique clairement libérale et, dans une Espagne en partie sclérosée, sa politique de rupture avec l’étatisme a été un événement aussi important que la rupture THATCHER en Grande-Bretagne ou la rupture REAGAN aux Etats-Unis.  Le marché du travail a été libéralisé (précarisé disent, bien entendu, les socialistes). Résultat, le taux de chômage a été, sous AZNAR, divisé par deux, tombant à 11% en 2004. L’ouverture vers l’Europe a joué à plein et l’Espagne s’est insérée dans le grand courant des échanges, participant avec succès à la mondialisation. La croissance a atteint des sommets, surtout grâce à une politique de l’offre et en premier lieu à des baisses d’impôts.

Le socialiste ZAPATERO, élu en 2004, a mené une politique très différente de celle d’AZNAR sur le plan des questions de société et de famille mais il a eu l’intelligence de ne pas rompre brutalement avec la politique libérale, un peu à l’image d’un travailliste comme Tony BLAIR en Grande-Bretagne par rapport à la politique THATCHER. Le chômage a continué à décroître, passant de 11% à 8%, trois millions d’emplois ont été créés en quatre ans. Les baisses d’impôts n’ont pas été remises en cause pour l’essentiel. Résultat :comme prévu par la courbe de LAFFER, les recettes fiscales ont augmenté (avec la baisse des taux d’imposition, donc le renouveau de l’activité, donc la hausse de la matière imposable), et comme les dépenses publiques étaient sous contrôle, l’Espagne s’est trouvée en situation d’excédent budgétaire (plus de 2% du PIB d’excédent, de quoi faire rêver les Français). L’endettement public est tombé à 34% du PIB.

 

Les baisses de l’impôt à l’encan

Mais aucune mesure économique nouvelle n’a été présentée. De plus, des maladresses ont été commises, comme la bataille contre les « emplois précaires », alors que c’était la flexibilité du marché du travail qui avait fait chuter le chômage. Mais les socialistes, même ouverts, n’aiment pas la flexibilité qu’ils assimilent à la précarité : aussi le chômage a-t-il augmenté de 8,3% à 8,6%. L’inflation, comme partout dans le monde, atteint des sommets (4,2% en décembre). La croissance à son tour donne des signes d’essoufflement. Il n’en fallait pas plus pour inquiéter les Espagnols et faire revenir l’économie au premier plan du débat politique.

Ce qui est intéressant, et très différent de ce qui se passe en France, c’est qu’il y a un vrai débat entre libéraux et socialistes, mais un débat moderne. Les uns et les autres veulent des baisses d’impôts. La différence, c’est que les libéraux en veulent plus que les socialistes. Heureux Espagnols : il y a encan pour savoir qui diminuera le plus les impôts ! 

En effet, que veulent faire les socialistes ? En bon social-démocrate ZAPATERO promet de porter en quatre ans le salaire minimum de 600 à 800 euros, alors que la faiblesse du SMIC espagnol avait contribué à faire chuter le chômage. Mais, en revanche, les socialistes veulent, dès leur éventuelle réélection, supprimer l’impôt sur le patrimoine (l’ISF espagnol) et ils n’excluent pas une nouvelle baisse de l’impôt sur le revenu (400 euros de moins dès juin 2008).

De leur côté les libéraux de Mariano RAJOY veulent aller plus loin dans la baisse des impôts. Par exemple, pour l’instant, ceux qui gagnent moins de 9000 euros sont exonérés d’impôts ; la barre serait portée à 16 000 euros, soit sept millions de contribuables en moins. En moyenne, baisse de 16% de l’impôt sur le revenu. Il y a même des propositions quelque peu démagogiques, et discriminatoires, mais pouvant stimuler l’offre, comme le fait de réduire l’impôt sur le revenu des femmes actives, pour les inciter à entrer plus nombreuses sur le marché du travail. L’impôt sur les PME passerait, lui, de 25 à 20%. Et on en reviendrait à la flexibilité sur le marché du travail.

En tous cas, voilà un choix intéressant pour les Espagnols, non seulement sur les questions de société, mais aussi en économie, entre une droite clairement libérale et une gauche, certes social-démocrate, mais moderne, ayant compris les réalités d’une économie de marché.

Le 5 février 2008

 


 

 

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